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Emmanuel MoulinHommage à Arnaud DESJARDINS

Le message spirituel transmis par Arnaud Desjardins

par Emmanuel Moulin

« Soyez audacieux. Soyez fous à votre façon, de cette folie aux yeux des hommes qui est sagesse aux yeux de Dieu. Prenez des risques, cherchez, cherchez encore, cherchez partout, cherchez de toutes les manières, ne laissez échapper aucune occasion, aucune possibilité que le destin vous donne, et ne soyez pas chiches, mesquins en essayant de discuter le prix. »
Arnaud Desjardins - L'audace de vivre

J'ai entendu parler d'Arnaud Desjardins par mes parents il y a bien longtemps. C'était à la fin des années 70, nous habitions alors à Kaboul en Afghanistan et une disciple proche d'Arnaud, Monique Bessis est venue habiter chez nous quelques semaines. Son humour, sa joie de vivre, ses explications non dogmatiques et pertinentes et son amour pour Arnaud les avait marqués. Mes parents avaient fait sa connaissance par l'intermédiaire de leur professeur de dari, Mohammed Ali Raonaq, le guide-interprète qui avait accompagné Arnaud Desjardins lors de ses rencontres en Afghanistan avec des maîtres soufis. A la suite de sa visite, nous sommes allés séjourner en Inde dans un ashram auprès d'Osho, un maître éveillé et c'est bien plus tard que je comprendrai que toutes ces rencontres influenceront ma vie jusqu'à aujourd'hui.

J'ai lu mon premier livre d'Arnaud Desjardins au début des années 90, lorsque je terminais mes études d'économie internationale et que je commençais mon cheminement spirituel. Ce 1er livre, je m'en rappelle très bien, c'était : Pour une vie réussie, un amour réussi. Un livre qui a parlé à ce jeune homme que j'étais, en recherche d'amour et d'harmonie. J'ai tout de suite senti que cet homme savait de quoi il parlait, ce n'était plus de la philosophie ou de la théorie mais bien de la pratique. Dans l'introduction de ce livre, Arnaud écrit : « … Mon expérience personnelle, celle d'un homme qui est entré dans les secrets de plusieurs centaines de cœurs humains, m'a montré, année après année, que la frustration profonde, latente ou manifeste, de mon prochain naissait avant tout des échecs amoureux et sexuels… C'est la simplicité d'une vie de couple réussie qui, plus que tout, fait une vie réussie. Cette réussite se gagne. Les causeries réunies dans ce livre peuvent aider celui qui veut être heureux… Le « sexe » implique les organes génitaux et les zones érogènes mais il concerne surtout un être humain total, corps, tête et cœur, un être humain appelé à recevoir, à donner et à transcender toutes les dualités. »

Arnaud parle sans tabou et avec un style direct et j'étais surpris de voir que la spiritualité qu'il décrit est non répressive, non ascétique.

Il existe toutes sortes d'enseignants spirituels et beaucoup malheureusement s'inscrivent dans les traditions répressives ou encore l'ésotérisme ou la pensée New Age. Il y a beaucoup de charlatans… Arnaud n'en fait pas partie. Son message pointe du doigt la même chose que les grands enseignants ou maîtres spirituels indiens que je découvrais aussi à cette époque comme Gurdjieff, J. Krishnamurti ou Osho.

Leur message fondamental est le même : Soyez vigilant, soyez conscient.

Ce passage D'Arnaud extrait de A la recherche du Soi , volume 3:
"Le Vedanta et l'inconscient en est l'expression : « Si vous regardez bien, vous verrez combien de gestes vous faites sans avoir décidé de les faire : pratiquement tous. Combien de paroles vous dites sans avoir décidé de les dire : pratiquement toutes. Combien de conversations commencent, sans décision consciente de se mettre à parler. Et puis regardez, non plus dans le détail de la vie quotidienne où c'est parfaitement perceptible mais dans les grandes orientations de votre existence, comment tout s'est déroulé. Vous pouvez toujours justifier, croire que vous êtes libres ; mais, si vous vous éveillez tant soit peu, vous verrez que ce n'est pas vrai. Vous vous rendrez compte: «Mais qui me dirige ? Qui me donne ces ordres ? Je suis comme le sujet hypnotisé qui commence "librement", vers quinze heures à organiser son expédition à Saint-Gervais pour pouvoir décider non moins librement de dîner chez Mme Lafont .
La vigilance est exprimée en anglais par les mots awareness, mindfullness, collectedness, self-remembering et, en français, par recueillement, ou conscience, ou, selon la vieille expression chrétienne : présence à soi-même et à Dieu. Il n'y a pas de présence à Dieu sans présence à soi-même et il n'y a pas de réelle présence à soi-même sans présence à Dieu, si vous voulez utiliser le langage religieux. »

méditerLa méditation est aussi me semble-t-il au cœur des enseignements de Arnaud Desjardins. Dans ses livres, il s'adresse à tous les chercheurs que la méditation attire, il explique certaines techniques de méditation et leurs objectifs et on sent bien qu'il tente de combattre les idées reçues pour tenter d'expliquer la méditation de la façon la plus claire, de la plus scientifique et de la plus universelle possible. Ses deux ashrams, en Ardèche et au Québec permettent d'expérimenter la méditation et le silence intérieur.

Arnaud, « le maître » nous met en garde : « Ne croyez pas aux résultats rapides, parce que vous serez tôt ou tard déçus - si ce n'est dans six mois, ce sera dans deux ans ».

Dans la lignée de Swâmi Prajnânpad, Arnaud Desjardins parle des quatre grands domaines d'attachement, à savoir la sexualité, l'argent, le pouvoir et la soif de reconnaissance : quatre énergies "passionnelles" par lesquelles l'être humain se trouve naturellement fasciné; quatre dynamismes puissants et, en tant que tels, causes potentielles de « perdition ».

Ne plus « être esclave de » ou « attaché à » l'argent ou à la sexualité par exemple n'implique pas, souligne-t-il, que l'on s'abstienne de gagner de l'argent, ni d'avoir une vie sexuelle !

Arnaud ne prône en rien la répression ou la voie monastique mais bien une voie que l'on pourrait qualifier de « tantrique » et moderne.

Arnaud a toujours voulu aussi, me semble-t-il, favoriser le dialogue interreligieux. C'était un point important pour cet homme qui a été éduqué dans un milieu chrétien protestant. Il existe d'ailleurs dans son centre à Hauteville parmi les différents lieux de méditations, un bâtiment regroupant les trois grandes religions monothéistes. Un même mur pour trois différentes portes : celle d'une mosquée, d'une chapelle chrétienne et d'une salle de lecture juive (Beth Hamidrach). A ceci, s'ajoute aussi une chapelle tibétaine.

Ceci dit, Arnaud précise très clairement qu'il ne se réclame d'aucune religion et que ce dialogue interreligieux, tel qu'il le conçoit, ne vise pas du tout à créer une sorte de syncrétisme de toutes ces religions.

Je me permettrais de dire que c'est la partie qui me touche le moins chez Arnaud, peut-être parce que je n'ai pas grandi dans la religion ou parce que j'ai fait des études dans une université socialo-marxiste. Le dialogue interreligieux, c'est une très belle expression mais personnellement je ne vois pas quelle confiance je pourrais donner à ces religions au regard de leurs positions actuelles rétrogrades dans certains domaines. Et même si je reconnais qu'Arnaud n'élude pas du tout ce problème (par exemple, il n'hésite pas à parler de crimes pour certaines actions de l'Eglise; on retrouve bien là l'homme de vérité…) je ne sens pas de m'investir dans cette démarche. Même si ces religions ont des aspects positifs, comment se débarrasser de ce qui ne l'est pas ? Je pense plutôt qu'il faut créer une nouvelle spiritualité, une nouvelle conscience adaptée à l'homme et à la femme d'aujourd'hui.

Un des grands apports d'Arnaud est d'avoir expliqué l'importance du maître spirituel pour celui qui veut se désidentifier du mental. En France, on aime à affirmer fièrement « ni Dieu, ni maître » mais Arnaud explique que l'expérience de l'humanité à travers les siècles prouve que, à de très rares exceptions près, nous ne pouvons pas, seul, sans un maître voir la vérité sur nous-même; nous sommes trop prisonnier de nos illusions.

l'ami spirituelDans le livre d'Arnaud Desjardins et de Véronique Loiseleur L'ami spirituel, Arnaud écrit :

« Les critiques formulées à l'encontre des maîtres - et là je parle des maîtres qualifiés pour jouer le rôle qu'ils assument - s'exercent selon quatre ligne principales qui correspondent aux domaines dans lesquels l'ego s'enracine. Le premier domaine tourne autour de la notoriété : orgueil de la réussite ou humiliation de l'échec. Le deuxième domaine est celui du pouvoir que l'on peut exercer; vous avez plus de pouvoir, même en démocratie si vous tutoyez deux ou trois ministres que si vous êtes, comme disent les polytechniciens, le citoyen "lambda" qui ne connaît personne.
Le troisième domaine est l'argent et le quatrième, la vie affective et sexuelle.
Ces quatre grands secteurs autour desquels s'organisent harmonieusement ou douloureusement nos existences sont au cœur de toutes les voies. (...)
Depuis que j'entends dire du bien et du mal de tel ou tel maître, quel qu'il soit, c'est toujours dans ces différentes lignes. Le maître gagne de l'argent, il s'enrichit. S'il est célèbre, il roule en Rolls, il possède un hélicoptère, on lui bâtit des appartements luxueux. »

Grâce à ces écrits et à ces interventions orales, aujourd'hui, les français sont plus en plus nombreux à admettre l'idée qu'un maître spirituel puisse avoir accompli un parcours tel que son niveau d'être et de conscience est supérieur à celui qu'ils peuvent avoir eux-mêmes et que le maître est une aide pour grandir en conscience et non une sorte de dépendance malsaine.

Au-delà la profondeur et de la richesse de ces enseignements, j'ai été touché par la grâce, la compassion et la simplicité d'Arnaud Desjardins lors de ses interventions.

Gilles Farcet raconte dans son livre La transmission selon Arnaud Desjardins qu'en 1990 il avait demandé à Arnaud comment est-ce qu'il gérait son propre statut de maître dans les conditions de notre société actuelle. Gilles Farcet écrit: « Ayant à cette époque, fréquemment l'occasion de passer du temps en sa compagnie en dehors des circonstances spécifiques de l'ashram, j'avais remarqué qu'il se comportait différemment selon le contexte : à Font-d'Isière, tout en restant très sobre, il assumait pleinement la fonction de maître spirituel. En dehors de l'ashram, par contre, au restaurant, dans le train, ou même au cours d'un entretien radiophonique au sujet de ses livres, il rentrait dans le rôle d'un monsieur ordinaire, bien éloigné des grandes figures de l'Inde qui, en toutes circonstances, restaient dans leur rôle de mahatma…

Il semblait donc qu'il y eût, pour ainsi dire, « l'Arnaud de la scène et l'Arnaud de la ville », comme si cela procédait, de sa part, d'une volonté délibérée… »

Il y a comme vous le dîtes, m'avait-il répondu, une volonté délibérée de rester « ordinaire », de vivre la situation dans toute son exactitude. Si je me trouve au restaurant avec quelques personnes, je puis être attentif sans que cela doive se voir. Je prends des moments de détente, de récréation, durant lesquels ce que l'on pourra appeler la vigilance intérieure, si elle ne disparaît jamais complètement, se fait plus ou moins aiguë, plus ou moins intense, selon la nécessité liée aux circonstances.

Quand j'anime une réunion, conduis une méditation dirigée ou donne un entretien, je joue effectivement un certain rôle. Si je me trouve dans un contexte différent où la demande de ceux qui m'entourent n'est pas la même, le rôle à jouer est également autre. Lorsque le chirurgien a sa blouse et opère, il remplit sa fonction de chirurgien, ce qui n'est plus le cas lorsqu'il joue au tennis. De ce point de vue-là, je ne me considère pas comme jouant le rôle de maître si je me trouve invité par un ami sur un voilier entre Fréjus et Saint-Tropez, même si l'ami en question est un élève. Cela dit, reste à l'arrière-plan une disponibilité par laquelle le « maître » est toujours prêt à surgir en cas de nécessité. Si la conversation prend par hasard une certaine tournure, je change à nouveau de rôle. Mais il faut que ceux qui m'approchent dans un contexte quotidien et me considèrent par ailleurs comme un guide puissent se sentir tout à fait à l'aise. Je les laisse être naturels et détendus.

Une chose est claire, avait-il poursuivi, je ne suis ni un swâmi hindou ni un moine zen comme Sensei Deshimaru. Je suis un homme dans le siècle. L'enseignement par essence impersonnel qui passe à travers moi se sert donc de la forme particulière d'Arnaud Desjardins. C'est une certaine coloration, un style, une apparence, décevante pour les uns, pleine d'espérance pour les autres dans la mesure où ils peuvent davantage se reconnaître en Arnaud qu'en un gourou oriental. Le chemin D'Arnaud, ses difficultés passées, son accomplissement présent leur indiquent une possible mise en pratique, un chemin applicable dans leur vie quotidienne ainsi qu'une réalisation dégagée de tout exotisme et par là même accessible. »

Arnaud Desjardins ne peut en effet que nous inspirer… nous montrer que nous aussi, nous pouvons trouver la paix intérieure…

J'ai été marqué par les dernières paroles de Swâmi Prajnânpad à Arnaud avant qu'il revienne en France. Au moment de le quitter, à la fin de sa première visite, il lui a juste dit : « Be happy ! »

En effet, être simplement heureux…que cela parait si simple et parfois si compliqué !

Comme le rappelle Arnaud, « un être spirituel est avant tout un être qui vit dans le climat général du oui. Oui à soi-même… »

Amour et Silence,
Emmanuel

Quelques liens pour aller plus loin

- Site de Hauteville
- DVD récent « Récit d'un Itinéraire Spirituel Entretien avec Arnaud Desjardins »
- Plus d'informations sur Arnaud Desjardins
- La transmission selon Arnaud – Article de Nouvelles Clés


Les articles du dossier spécial, Hommage à Arnaud Desjardins:

- A la recherche du Soi... par Arnaud Desjardins
- Sa biographie... par Jacques Mousseau
- Retour sur le message spirituel transmis par Arnaud Desjardins par Emmanuel Moulin
- Connecté à Arnaud Desjardins…. le témoignage de Carl De Miranda
- Est-ce que Arnaud Desjardins a un successeur ?