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Dalai Lama

Une éthique pour le 3e millénaire

Conférence du 26 septembre 2000 au stade Charléty

Je ne suis pas un Bouddha vivant mais un moine. En tant que moine, j'expérimente que la pratique a une grande importance.

Il est important de prendre conscience de l'interdépendance, c'est à dire qu'un phénomène a des causes et conditions si nombreuses. Au contraire, il ne faut pas réduire un phénomène à une cause unique, ce qui aboutirait à une fragmentation de la réalité.

Si on a conscience de l'interdépendance, cela aboutit à terme à une diminution de notre violence. De plus, si on se place dans un contexte plus vaste, on devient moins vulnérable aux circonstances extérieures, et on acquiert un jugement plus sain.

La non-violence ne se réduit pas à une absence de violence, mais il s'agit d'une attitude active motivée par le désir d'apporter du bien à autrui. Elle se ramène à l'altruisme.
L'amour altruiste est souvent mal compris. Ce n'est pas se négliger au profit des autres. En effet, lorsque l'on fait du bien à autrui, on se fait du bien à soi-même en raison du principe d'interdépendance.

J'attire encore votre attention sur l'intérêt d'élargir son esprit, et de porter sur soi les souffrances des autres. L'altruisme modifie le tempérament, l'humeur, la façon de percevoir les choses. On peut espérer à terme un tempérament plus serein, plus égal. Le contraire expose à la vulnérabilité aux circonstances extérieures.

Cet enseignement que je vous donne résulte de ma pratique et de mon expérience personnelles. Ne changez pas de religion, mais approfondissez la tradition dans laquelle vous êtes né. Il existe des différences marquées dans les théories philosophiques et métaphysiques des différentes religions. Cependant, la mise en pratique vise toujours à l'amélioration de l'homme et au développement de l'amour altruiste , de la tempérance.
Toutes les religions ont la capacité de réaliser cette transformation intérieure. La plus efficace est celle qui est la plus en harmonie avec nous et notre nature. On ne peut pas juger à priori de la profondeur d'une religion.
Il n'y a profondeur que par rapport à une personne donnée. Il n'y a pas qu'une seule vérité mais plutôt une multiplicité de vérités uniques pour chacun. Par exemple, Le christianisme s'intéresse aux causes premières, le bouddhisme à l'interdépendance.

Le prosélytisme n'est pas souhaitable, mais en revanche, la connaissance mutuelle des autres religions peut beaucoup nous apprendre. Par exemple, les moines chrétiens ou l'engagement de chrétiens laïques peuvent intéresser le bouddhiste. De même, Le chrétien peut tirer profit des techniques de pacification de l'esprit bouddhistes, du développement d'une concentration précise.

Le simple respect ne suffit pas, mais c'est la connaissance mutuelle qui est le vrai respect. Sans ce vrai respect, la religion peut contribuer à diviser les êtres.
Pour ceux qui ne croient pas, il est important de ne pas se dire que l'altruisme et la tolérance sont du domaine de la religion. Nous avons tous le pouvoir de développer ces qualités. La nécessité de les développer nait de notre désir d'éviter la souffrance. Personne ne souhaite sciemment souffrir. L'égocentrisme est contre-nature car il va à l'encontre de l'interdépendance.

C'est fermer toutes les portes. Toutes les circonstances vont créer une tempête dans ce tout petit univers. Alors que l'altruisme développe la vision en perspective. Les circonstances se noieront alors dans notre compréhension de l'interdépendance. L'égocentrisme aboutit à un sentiment d'isolement, de solitude. Il peut même nuire à la santé. Lors d'un dialogue avec des chercheurs en sciences cognitives il y a quelques années, j'ai appris qu'une étude a révélé que ceux qui utilisent le plus les mots " je ", " moi " sont plus vulnérables aux attaques cardiaques.
Il faut distinguer les désirs qui naissent des 5 sens et ceux qui naissent de l'intelligence humaine. L'intelligence est neutre : elle a le pouvoir de nous détruire nous-même et peut mener à un altruisme infini. Les désirs qui naissent des 5 sens se ramènent aux plaisirs, ceux qui naissent de l'intelligence sont la plénitude ou au contraire les tourments.
Il ne faut pas espérer trop du progrès extérieur, et développer les valeurs humaines. Savoir allier les deux permettrait de dissiper un grand nombre de souffrances créées par l'homme. La grande disparité des richesses est inacceptable. De plus, comment souhaiter la paix si on fabrique tant d'armes. Le désarmement extérieur doit commencer par le désarmement intérieur.

Il faut développer le sentiment d'appartenir à une grande famille humaine. Les causes et conditions du futur sont pour la plupart entre nos mains. C'est là qu'il faut utiliser l'intelligence, et développer le courage.

Traduit par PierreJean Lahaye

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