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Un homme nouveau

nouvel homme

par Osho - 2ème partie
Pour lire la 1ère partie cliquez ici

J'ai fait l'expérience d'un nouveau type de bonheur, un bonheur qui ne vient jamais des autres. Le bonheur ne peut jamais venir d'autrui. Ce qu'on crée, c'est uniquement l'espoir d'un bonheur futur. En fait, on ne reçoit que l'ombre du bonheur.
La situation est exactement l'inverse quand on se rencontre soi-même pour la première fois.
Quand on se rencontre soi-même, au début, on fait l'expérience du malheur, mais progressivement, alors que ce face à face se poursuit, le bonheur authentique se déploie. Par contre, rencontrer l'autre procure du bonheur au début, mais le malheur suit.

Pour moi donc, être renvoyé à soi-même, c'est le début du voyage spirituel. La façon dont on est renvoyé à soi-même est une autre affaire. La vie nous en offre de nombreuses opportunités. Mais plus nous sommes malins, plus nous nous empressons d'échapper à de telles opportunités. Dans ces moment-là, nous sortons de nous-mêmes.
Si ma femme meurt, je me mets immédiatement à la recherche d'une autre et je l'épouse. Si je perds mon ami, j'en cherche un autre, je ne laisse aucun espace. En remplissant cet espace, je perds instantanément l'opportunité que j'aurais eue de revenir à moi-même, ainsi que les immenses possibilités que cela représente.

Si je m'étais intéressé à l'autre, j'aurais perdu l'opportunité de ce voyage vers moi-même. Face aux autres, je devins une sorte d'étranger. Généralement, c'est à cet âge tendre qu'on entre en relation avec les autres, qu'on est admis dans la société.
On pourrait dire que c'est à cet âge-là qu'on est initié par cette société qui veut nous absorber. Mais cela ne m'est jamais arrivé.
Cette initiation n'a pas été possible.

Quand je suis entré dans la société, j'y suis entré en tant qu'individu et je suis resté distant, séparé, comme une île.
Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu une quelconque amitié, même si ceux qui souhaitaient être mes amis étaient nombreux. Bien des gens se lièrent d'amitié avec moi, et ils aimaient le faire, car il était impossible de faire de moi un ennemi. Mais je ne me souviens pas d'avoir été vers quelqu'un de moi-même dans le but de m'en faire un ami. Si quoiqu'un m'approchait, c'était une autre affaire. Ce n'est pas que je n'aie jamais accueilli l'amitié. Si quoiqu'un faisait de moi son ami, je l'accueillais de tout mon coeur. Mais même dans ce cas-là, je ne pouvais pas devenir un ami au sens ordinaire. Je suis toujours resté distant.

En bref, même lorsque j'étudiais à l'école, je suis resté distant. Je n'ai jamais pu développer un type de relation qui puisse me noyer ou m'empêcher d'être une île, pas plus avec mes professeurs, qu'avec mes camarades étudiants, qu'avec qui que ce soit d'autre. Des amis sont venus et sont restés avec moi. J'ai rencontré beaucoup de gens; j'avais beaucoup d'amis. Mais pour ma part, il n'y avait rien qui puisse me rendre dépendant d'eux ou qui puisse faire que je me sou vienne d'eux.

Il est très intéressant de noter que je ne me rappelle de personne. Il ne m'est jamais arrivé de m'asseoir et de penser à quelqu'un en ayant le sentiment qu'il serait très plaisant de le rencontrer. Si quelqu'un me rencontre, cela me rend très heureux, mais ne pas rencontrer quelqu'un ne me rend pas malheureux. Je crois que seule la mort de mon grand-père est responsable de cet état de joie ultime. Cette mort m'a renvoyé à moi-même de façon définitive. Je n'ai plus été capable de revenir en arrière, je n'ai plus pu quitter le centre. Le fait d'être un étranger, quelqu'un d'exté rieur, m'a fait faire l'expérience d'une dimension nouvelle. Dans cette condition, bien que je sois au milieu de tout, je continue de rester à l'extérieur.
Je devins un univers à moi-même. Cette nouvelle expérience - étrange de surcroît - m'a procuré une sorte de douleur, mais cette douleur était joyeuse.

À ce jeune âge, j'ai commencé à faire l'expérience d'une sorte de maturité, je me sentais plus âgé. Dans cette expérience, l'ego n'était pas impliqué, mais une individualité était toujours présente. Cela m'a mis dans des situations embarrassantes.
Par exemple, je ne pouvais accepter personne comme professeur, alors même que j'étais toujours prêt à être un étudiant. Mais je ne trouvais personne que je puisse appeler mon maître. Tous ceux que j'ai trouvés étaient très impliqués dans la vie. Quelqu'un qui n'avait pas fait face à la mort n'aurait jamais pu devenir mon maître. Je voulais éprouver du respect, mais je n'y parvenais pas. Je pouvais respecter les rivières, les montagnes et même les pierres, mais pas les êtres humains. C'était une situation très embarrassante et cela me causa de grandes difficultés.

Je n'ai pas rencontré de maître que je puisse respecter spontanément, car je n'ai jamais eu le sentiment que quel qu'un connaissait une vérité à telle point absolue que sans elle, la vie ne pourrait pas avoir de sens. Souvent, j'ai eu le sentiment que des maîtres faisaient et disaient des choses qui me semblaient infantiles - des choses que même moi, à cet âge-là, je n'aurais jamais faites ou dites. C'est pourquoi, je n'ai jamais senti que j'étais un petit enfant ni que je devais rester sous la protection, la guidance de quelqu'un. Ce n'est pas que je n'allais pas vers les autres: je me suis approché de bien des gens, mais j'en suis toujours revenu les mains vides et avec le sentiment que je connaissais déjà tout ce qu'ils avaient à partager. Il n'y avait rien que je puisse apprendre d'eux.

C'est pourquoi, une difficulté s'est présentée: les autres avaient souvent le sentiment que j'étais égoïste. C'était naturel qu'ils ressentent cela, car je n'étais pas capable de respecter, d'honorer, ni d'obéir aux ordres de qui que ce soit. Tout le monde avait l'impression que j'étais un rebelle séditieux qui manquait de modestie.
Jusqu'à un certain âge, j'ai été pris pour quelqu'un de discourtois, rebelle, séditieux et égoïste par mes maîtres, mes aînés, par tout le monde, et ils n'avaient aucun espoir que je puisse être d'une quelconque utilité à qui que ce soit dans la vie.

Je ne pouvais octroyer aucune confiance à ce à quoi ils faisaient tout simplement confiance et je mettais toujours en doute ce en quoi ils n'avaient jamais douté. Je ne pouvais même pas joindre mes mains là où ils avaient toujours incline leur tête en pranam. Je ne me suis jamais senti de le faire. Je n'ai jamais tenté de me trahir moi-même et je n'ai jamais appris à être hypocrite. Si je n'avais aucune confiance, c'était comme ça, je ne pouvais rien y faire. Je n'essayais pas de faire semblant de croire à quelque chose qui ne me semblait pas vrai.

Cela a donc créé des difficultés, mais cela a également eu ses avantages. J'étais de nouveau renvoyé à moi-même, mais je n'ai jamais cru ou senti que les autres pouvaient nous apprendre la vérité. Il n'y avait qu'une seule façon d'apprendre: apprendre par moi-même. Je n'ai donc jamais eu de gourou. J'étais mon gourou et mon disciple du même coup. Si je ne pouvais pas suivre qui que ce soit aveuglé ment, la seule alternative, c'était de chercher par moi-même. Il n'y avait personne pour me montrer une voie que je puisse suivre. J'ai donc dû cheminer tout seul.

Le résultat le plus précieux, c'est que j'ai dû paver mon propre chemin, suivre ma propre discrétion et prendre mes propres décisions pour tout. Il n'était pas question d'utiliser l'aide de quelqu'un. Le fait d'être renvoyé constamment à moi-même s'avéra très précieux.
Cela ne signifie pas que je me méfiais de tout le monde ou que je faisais preuve de mépris ou de manque de respect envers les autres. Je ne pouvais tout simplement pas res pecter qui que ce soit. Il en résultat naturellement que mes doutes devinrent de plus en plus forts. Je doutais de tout.
Cette attitude devint également utile quand j'ai commencé à lire et à écrire. Que j'étudie la Gita, le Coran, la Bible, ou que j'étudie Bouddha ou Mahavira, ce doute instinctif ne me quittait jamais. Il ne m'est jamais arrivé de mettre Krishna un petit peu au-dessus des autres dieux et que cela tue tous mes doutes. Le doute m'a toujours accompagné. En conséquence, il ne put en résulter aucun fanatisme, aucun aveuglément, aucune consécration ou dévotion à une religion particulière et unique.

Le résultat ultime de tout cela, c'est que je suis resté sans aucune conclusion, les questions et les doutes m'envahissaient toujours plus. Rien n'avait de réponse finale. Toutes les réponses qui se présentaient appartenaient aux autres, et je ne pouvais pas faire confiance aux réponses des autres. Les réponses des autres n'avaient qu'un seul effet, celui de donner naissance en moi à dix questions supplémentaires. Pas une seule de leurs réponses ne pouvait devenir mienne.

Ainsi, dès le départ, cette situation fut dangereuse, car vivre sans but était très peu sécurisant. Je n'étais même pas sûr de ce qui se trouvait juste à quelques centimètres devant moi. Car cela, seuls les autres pouvaient me le dire. On peut être positivement sûr du chemin que l'on a par couru soi-même, mais pour ce qui est du chemin que l'on n'a pas encore parcouru, on ne peut connaître que ce que les autres en disent. C'est pourquoi il n'y avait pas de chemin clair pour moi. Tout était obscurité. Chaque pas suivant se trouvait dans l'obscurité - sans but et ambigu.
Je vivais dans une condition pleine de tension, d'insécurité et de danger. C’est pourquoi tous mes parents et intimes pensaient que j'étais quelqu'un de rebelle et de séditieux. Dans une telle situation, peu à peu, les gens se mirent à penser que je pourrais devenir fou.

Je n'avais que des doutes et rien d'autre. Tout était question, et ces questions restaient sans réponse. Dans un certain sens, j'étais comme fou. Moi-même, j'avais peur de devenir fou d'un moment à l'autre. La nuit, je ne parvenais pas à dormir. Nuit et jour, les questions me tournaient autour. Aucune question n'avait de réponse. On pourrait dire que je me trouvais sur une mer profonde sans bateau ni rive où que ce soit. Los bateaux qui s'étaient, présentés, je les avais moi-même fait couler ou n'avais pas voulu les prendre. Il y avait de nombreux bateaux et de nombreux marins, mais j'avais toujours refusé de monter sur le bateau de qui que ce soit d'autre. J'avais le sentiment qu'il était préférable de me noyer plutôt que de monter sur le bateau d'un autre. Si c'était là que la vie devait me conduire, alors je sentais qu'il me fallait aussi accepter cette noyade.
J'étais dans une obscurité totale. C’est comme si j'étais tombé dans un puits sombre et profond. À cette époque, j'ai souvent rêvé que je tombais. Je tombais et sombrais de plus en plus, dans un puits sans fond.
Bien des fois, je me suis réveillé en nage, je transpirais abondamment, car la chute était sans fin, il n'y avait aucun sol, aucun espace où poser mes pieds.
A part l'obscurité et la chute, il ne restait rien, mais tout doucement, j'ai même accepté cette situation. Souvent, j'ai eu le sentiment que j'aurais pu être d'accord avec quelqu'un, que j'aurais pu m'accrocher à quelque chose, j'aurais pu accepter une réponse. Mais ce n'était pas dans ma nature. Je n'ai jamais été capable d'accepter les pensées de quelqu'un d'autre.

Inévitablement, il arriva qu'il n'y eut plus de place en moi pour une quelconque pensée. Maintenant, je réalise que toutes les réponses ne sont rien d'autre que des pensées. S'il n'y a que des questions, alors on peut devenir sans pensées.
Une conclusion est une pensée. S'il n'y a pas de conclusion, alors un vide se crée automatiquement. A l'époque je ne le savais pas, mais une sorte de vide est venu tout seul. De nombreuses questions tournoyaient. Mais comme il n'y avait pas de réponse, on pourrait dire qu'elles tombèrent d'épuisement et qu'elles moururent. Je ne parvins pas aux réponses, mais les questions furent détruites.

Un jour, je me suis retrouvé sans question.
Ce n'est pas que j'aie reçu les réponses - non. Mais toutes les questions s'effondrèrent et cela créa un grand vide. C'était une situation explosive. Dans ces conditions, vivre ou mourir, c'était pareil. Alors, la personne qui avait posé les questions mourut. Après cette expérience de vide, je n'ai plus posé de questions. Tous les sujets à propos desquels on pouvait poser des questions devinrent non-existants. Auparavant, il n'y avait que question sur question. Après, il ne resta plus rien qui puisse ressembler à un questionnement.

A présent, je n'ai ni questions ni réponses. Si quelqu'un pose une question, la réponse émane de mon vide intérieur. Je ne puis pas dire que c'est ma réponse, car je n'y ai jamais pensé auparavant. La réponse n'est pas préparée à l'avance. Moi aussi, j'écoute la réponse pour la première fois en même temps que celui qui m'écoute. Comme moi, il l'entend pour la première fois. Ce n'est pas que je sois l'orateur et qu'il soit l'auditeur, ce n'est pas non plus que je sois celui qui donne et qu'il soit celui qui reçoive. La réponse arrive, nous sommes tous deux des auditeurs et nous la recevons.
C'est pourquoi, si ma réponse de demain diffère de celle d'aujourd'hui, je n'en suis pas responsable, car ce n'est pas moi qui ai donné la réponse. Ce même vide d'où elle a surgi est responsable du changement. Je n'y puis rien. C'est pourquoi vous me trouverez très inconsistant. Je ne puis être consistant que si c'est moi qui répond. S'il y a inconsistance, c'est dû au vide qui se trouve en moi. Je n'ai aucune connaissance de la réponse. Quelle qu'elle soit, ce n'est pas moi qui la donne. Depuis cette expérience, je n'ai ni posé de question, ni cherché de réponse. Dans cette explosion, le vieil homme d'hier mourut. Le nouvel homme est absolument neuf.

Vous m'avez demandé s'il y avait eu un tournant décisif . Il n'y en a pas eu, mais il y eut la mort. Ce que cela signifie, c'est que l'homme qui marchait sur un chemin n'a pas pris de tournant. Mais il est mort, il n'est plus. Ce qui est, c'est un tout nouvel homme. C'est pourquoi la question de reve nir en arrière ne se pose pas. Il n'y a personne qui ait pris un tournant. Si cela avait été le cas, il serait également pos sible de revenir en arrière.
Mais le vieil homme n'est plus là. Par exemple, à cent degré, l'eau devient de la vapeur. L'eau ne reste pas de l'eau, il s'agit de quelque chose d'autre, de quelque chose de neuf.

À présent, en ce qui me concerne, je ne pense plus. Si quelqu'un demande quelque chose, tout comme vous l'avez fait, alors je parle. Je ne pense même pas; je parle directement. En ce qui concerne la mémoire, je ne pense pas non plus qu'elle soit mienne. Il semble qu'elle appartienne à quelqu'un d'autre. Ce que je veux dire, c'est que les choses dont je vous parle et qui se sont produites dans la période précédant l'explosion ne sont pas miennes; elles semblent même appartenir à quelqu'un d'autre. C'est comme si je les avais simplement entendues, lues dans un roman ou vues dans un théâtre, quelque part.

Ici, tant de gens me demandent d'écrire mon autobiographie. C'est très difficile, car celui à propos duquel j'écrirais, ce n'est pas moi. Ce que je suis maintenant n'a pas d'histoire. Après cette explosion, il n'y a plus d'histoire, plus d'événements. Tous les événements se trouvent avant l'explosion. Après l'explosion, il n'y a que le vide. Ce qui était avant, ce n'est pas moi, cela ne m'appartient pas.
Quand quelqu'un écrit à propos de lui-même, c'est une autobiographie; quand une personne écrit à propos de quelqu'un d'autre, c'est une biographie. Si j'écris une biographie, ce ne sera pas la mienne. Cela ne peut pas être une autobiographie, parce que le ‘je’ n'est plus là. Cela peut être la biographie de quelqu'un que j'ai connu un jour, mais qui n'est plus. Cela peut être à propos d'une personne que j'ai été un jour, mais qui a cessé d'être à présent. Ce serait comme d'écrire à propos de quelqu'un que j'ai connu, dont j'ai entendu parler, que je voyais, mais qui est mort à pré sent.

Je n'ai jamais su que les événements qui ont eu lieu constituaient une quête spirituelle. Je n'ai su que, plus tard, ce qui s'était passé représenterait une "connaissance spi rituelle". Mais la vérité, c'est que ceux qui m'ont connu depuis mon enfance n'auraient jamais pu croire que la reli gion et moi puissent jamais aller de pair. C'était au-delà de leurs attentes, car je m'étais toujours battu contre ce qu'ils qualifiaient de religion, ce qu'ils connaissaient en tant que religion.

Pour moi, ce qu'ils qualifiaient de culte était un tel non-sens ! Celui qu'ils appelaient un sannyasin n'était rien d'autre qu'un fuyard. Ce qu'ils appelaient des Écritures et qu'ils vénéraient en se prosternant, n'étaient pour moi que des livres ordinaires que j'aurais pu piétiner. Tout ce qu'ils affirmaient être au-delà du doute, je le traînais dans l'incertitude et la suspicion. Leur Dieu, leur âme et leur salut n'étaient pour moi qu'objets de blagues et d'amusement.
Leur sérieux me semblait infantile. Quand je les voyais assis les mains jointes devant leur Dieu, je me mettais à rire et je les dérangeais. Tout cela me semblait si infantile qu'ils n'auraient jamais pu imaginer que quelqu'un comme moi puisse jamais devenir religieux.

Si ceux qui m'ont connu avant l'explosion, et qui sont morts depuis, pouvaient revivre, et si ceux que je n'ai plus vus depuis longtemps me voyaient aujourd'hui, ils ne seraient même pas capables de me reconnaître, ni d'imagi ner que je puisse être la même personne que celle qu'ils ont connue.
Ils ne pourraient jamais y croire, car pour moi, ce qu'ils prenaient pour de la religion était tout sauf ça. Dans leurs esprits, j'étais un athée, un athée absolu de surcroît.
Pour les membres de ma famille, pour mes amis et mes collègues, j'étais un grand athée.

'est pourquoi, ceux qui me rencontreront tout à coup aujourd'hui, vingt ou vingt-cinq ans plus tard, auront le choc de leur vie. Il arrive que ceux qui sont devenus athées en ma compagnie, ou à cause de moi, soient embarrassés, car ils sont tous restés athées.
Récemment, je me suis rendu dans un village où j'ai rencontré un homme qui était devenu athée à cause de moi. Il est toujours athée, et il a pris très peur. Il m'a dit qu'il a continué de croire jusqu'à aujourd'hui que ce que je lui avais dit alors était vrai. Je n'avais pas la moindre idée que ce que je faisais alors puisse jamais me conduire à l'illumination.

D'après moi, on ne peut pas y aller en le sachant par avance. C'est quelque chose d'inconnu. Comment pourrait-on en connaître l'adresse ? Cela ne se trouve pas dans un endroit particulier que l'on peut atteindre en connaissant l'adresse. Celui qui en fixe l'adresse ne sera pas quelqu'un de religieux. Comment peut-on le faire sans la connaître. Ce que fera un esprit non-religieux ne sera pas religieux. C'est pourquoi, on ne peut pas en faire un but et on ne peut pas l'atteindre sciemment.
Oui, il est possible qu'une personne vivant de manière irréligieuse puisse simplement s'en fatiguer, et son irréli gion s'effondrera. Alors la religiosité ne surgira pas, mais son irréligion s'effondrera simplement. Elle s'ébranlera et disparaîtra complètement. Et un jour, il pourra tout à coup découvrir qu'il est nu. Les vêtements de l'irréligion seront tombés et à sa grande surprise, il s'exclamera: "Aha! Ceci est quelque chose de neuf ! Ce qui est arrivé, c'est une expérience religieuse."

Ainsi, l'expérience religieuse est un happening, un événement non planifié, ce n'est pas un accomplissement planifié à l'avance, une réalisation que l'on atteint progressivement.

Personne ne peut l'atteindre pas à pas, comme sur une échelle. Mais en vivant - en vivant de façon irréligieuse - cette irréligion peut tout simplement voler en éclats. Je dis que la connaissance suprême ne peut pas être un but, mais l'ignorance et le faux savoir peuvent se désin tégrer. Et au moment où l'ignorance se désintègre, ce qui reste, c'est la connaissance suprême.
Ma façon de voir est la même à propos de tout. Aucun être violent ne peut devenir non-violent. Comment un être violent pourrait-il devenir non-violent ? Tout ce qu'il fera sera violent. Dans sa tentative d'être non-violent, il de viendra violent. II est violent, et s'il se pose comme non-violent, il restera parfaitement violent intérieurement. Il utilisera la violence pour devenir non-violent.

Mais ce qui est possible, c'est qu'un jour, une personne soit fatiguée de la violence. Que quelqu'un qui est rempli de tensions - accablé de douleur et affligé par sa souffrance - se retrouve à tel point rempli d'un malheur insupportable qu'il fasse un saut hors de la violence. C'est comme de sauter brusquement quand on voit un serpent mortel traverser son chemin ou comme de courir hors d'une maison qui a pris feu. On peut devenir si violent, la violence elle-même peut générer tant de souffrance que l'on atteint un point de non retour, on ne peut plus jamais redevenir violent. Quelque chose peut se briser, s'effondrer à l'intérieur et on découvre tout à coup que l'on est devenu non-violent.

C'est pourquoi, devenir non-violent est un happening, ce n'est pas un processus ou une réalisation progressive où l'on grimpe pas à pas. Qui va grimper ? Cette personne vio lente ? Elle ne grimpera qu'avec sa violence; elle ne peut pas atteindre la non-violence. Peu importe le nombre de pas que puisse faire un menteur, ces pas ne seront que ceux d'un menteur : il ne pourra jamais atteindre une quelconque vérité. Mais si le mensonge tombe tout à coup, alors là où se trouve cette personne, on trouvera la vérité.
Ainsi, ce qui est important dans la vie, ce qui est suprême, ne peut pas être réalisé à travers nos efforts. C'est pourquoi je n'ai pas su ce qui allait se produire jusqu'à ce que cela se produise, et même à ce moment-là, je ne l'ai pas compris comme un événement religieux. Comment aurais-je pu le comprendre? La reconnaissance et la compréhen sion concernent toujours ce qui est connu par avance. Quand vous êtes arrivé ici, j'ai reconnu que vous étiez Tandonji, mais je n'ai pu le faire que parce que je vous avais rencontré hier. Si je ne vous avais pas connu auparavant, si nous nous étions rencontrés pour la première fois, nous aurions fait connaissance, mais je ne vous aurais pas reconnu.

C'est pourquoi je ne pouvais pas reconnaître cet happe ning quand il explosa en moi. La seule chose que j'ai pu res sentir, c'est que quelque chose de nouveau était arrivé, quelque chose que je ne connaissais pas auparavant. J'ai ressenti que ce qui était là n'était plus et que ce qui venait d'arriver n'était pas là précédemment.

Il fallut du temps pour en prendre connaissance et pour se familiariser. Cette connaissance ne s'effectua qu'en posant la question: "Qui es-tu et qu'es-tu?" De nouveau, cette connaissance était très étrange en ce sens qu'elle ne se produisait qu'avec moi-même. Rien que je puisse recon naître ne m'était venu de l'extérieur. Quelque chose m'avait plutôt quitté. Ce qui restait était inconnu, et je devais me familiariser avec cela. Là encore, cette connaissance n'est jamais complète, car cela se renouvelle quotidiennement. Au moment où on le connaît, cela devient encore plus neuf. C'est le voyage infini de la connaissance du soi. C'est sans fin, sans commencement et infini.
La religiosité n'est pas une fin morte, mais une fin suprême. C'est comme une rivière qui coule: chaque jour, le paysage de la rive change, chaque jour l'alignement des arbres change. De nouveaux rochers, de nouvelles collines apparaissent, on voit une nouvelle lune et de nouvelles étoiles. Ce que l'on a connu hier est perdu aujourd'hui. Dans cette expérience suprême, on ne peut jamais dire: "J'y suis arrivé", "J'ai réalisé", "J'ai totalement connu ce qu'il y avait à connaître."

Si quelqu'un parle en ces termes, c'est qu'il n'a rien atteint du tout.
On ne peut qu'entrer dans cette expé rience. On n'atteint pas la fin, car c'est sans fin. Si quel qu'un entre dans l'océan, il peut dire qu'il y est entré, qu'il a quitté la rive, mais il ne pourra jamais dire qu'il a ren contré l'océan - car on ne retrouve jamais une nouvelle côte et partout, tout autour, il y a l'océan.
Une personne religieuse ne peut donc pas écrire un mes sage à propos de ce qu'elle a atteint et de sa réalisation. Elle peut seulement dire que l'ancien n'est plus là et que ce qui se passe à présent change à chaque instant, chaque jour. En tant que tel, c'est nouveau et toujours nouveau. Il n'est pas possible de dire comment ce sera demain, car ce qui était hier n'est plus aujourd'hui. Ce qui est aujourd'hui se désin tègre lentement.
Ce vivant sans limite qui se renouvelle à chaque instant, qui ne devient jamais stagnant, c'est l'expérience religieuse. Nous ne pouvons jamais faire d'efforts pour l'atteindre, et nous ne pouvons jamais l'atteindre totalement non plus.

Ainsi, celui qui dit qu'il l'a atteint ne peut pas l'avoir atteint. Mais celui qui dit qu'il l'atteint de plus en plus chaque jour, mais qu'il n'est jamais capable de l'atteindre totalement, ou que quand il l'aura atteint totalement, il le dira, ou que le tout n'est toujours pas atteint, celui-là est le seul qui ait réellement atteint. La vérité est telle qu'il reste toujours quelque chose à connaître, et pourtant on a le sen timent de l'avoir toujours connu. C'est pourquoi notre lan gage exprime faussement les choses. Ceux qui traversent la vie avec un but - et ils sont nombreux - ceux-là n'atteignent jamais.

Récemment, quelqu'un vint me demander s'il pouvait devenir un sannyasin. Je lui ai dit: "Ne deviens pas un sannyasin tant que tu as besoin de le demander, car à ce moment-là, une chose est certaine, c'est que ce sannyas n'est pas spontané. Le sannyas n'est pas quelque chose que l'on puisse prendre; on ne peut pas le prendre. Un jour, cela t'arrivera. Tout à coup, tu réaliseras que tu es un sannyasin et que tu n'es plus ce que tu étais." Alors, il m'a dit que beaucoup de gens prenaient le sannyas.

Pour moi, ce qui peut être pris à volonté est faux. Une religiosité dont on puisse se revêtir est fausse; une religio sité que l'on essaie d'atteindre est fausse. La vie, la mort, la haine, la violence, le malheur, la douleur et l'anxiété - nous ne prenons pas ces choses-là, elles nous arrivent. Vivons les totalement, et en en faisant l'expérience, en les vivant tota lement, la transcendance commence à se produire.

Plus nous vivons totalement, plus nous découvrons que nous allons plus loin et au-delà. C'est quelque chose comme ça : une personne se noie dans une rivière. Si elle essaie de s'en sortir, peut-être qu'elle se noiera. Si elle coule, alors qu'elle coule totalement ! Si elle n'essaie pas de nager, alors, après avoir touché le fond, elle découvrira qu'elle commence à remonter à la surface. Celui qui est prêt à être noyé sera sauvé et celui qui a peur de se noyer, qui se débat, se noiera sûrement. Les morts flottent sur l'eau et les vivants s'enfoncent dans l'eau. Le talent du corps sans vie tient au fait qu'il ne fait rien du tout, et cela le maintient à la surface de l'eau.
J'ai donc refait surface comme un corps sans vie. Je n'ai rien fait pour ça, je ne savais pas où j'allais. Aujourd'hui non plus, je ne sais pas où je vais et je ne me pose même pas la question. Désormais, où que j'aille, c'est là qu'est le but, et où que j'arrive c'est là où je devais arriver. Désormais, il n'y a plus de but. Désormais, il n'y a rien à atteindre. Désormais, il n'y a plus de quête. Mais tout cela ne s'est pas produit à cause d'un tournant quelconque. Ceci est, je n'ai jamais pris de tournant, il n'y a aucun événement qui puisse être considéré comme la cause de l'explosion.
Bien des événements ont aidé collectivement - puis c'est arrivé.

Dans ce monde, la religion est devenue un grand mensonge, car les gens disent qu'on peut l'adopter. Ce que l'on peut adopter ne peut pas être plus grand que nous. Après tout, c'est le je qui va l'adopter, n'est-ce pas ? Et si je l'adopte, comment cela pourra-t-il être plus grand ou plus infini que moi ?
Quand cela arrive, nous ne sommes pas là pour le sai sir. Cela ne vient que quand ce nous est perdu. Peu importe le nom qu'on lui donne - appelez-le vérité, Dieu ou illumi nation - dans de tels moments de vacuité, cela descend tout simplement.
Celui qui le reçoit a le sentiment que c'est la grâce de Dieu. On l'exprime ainsi, parce que ce n'est pas le résultat de nos propres efforts. On ne le reçoit pas uniquement par sa grâce, mais il semble qu'il en soit ainsi, car il n'y a aucun effort de notre part.

C'est la raison pour laquelle j'ai commencé par dire que nous ne pouvions pas le rechercher. Comment pourrions-nous rechercher un Dieu dont nous ne connaissons ni le nom, ni l'adresse, un Dieu que nous ne pouvons pas reconnaître, puisqu'il n'était pas connu jusqu'ici ? Comment serions-nous capables de le rechercher ? Si nous le connais sons et si nous le reconnaissons, alors il n'y a aucun besoin de recherche. C'est pourquoi, je ne peux pas le rechercher. Mais si en le cherchant le je se dissout, alors il me trouvera. Il me connaît suffisamment.
Peut-être qu'il m'a déjà trouvé, mais je suis le genre de personne qui n'arrête pas de courir, je ne suis pas encore fatigué. Je ne suis toujours pas fatigué, mais il attendra jus qu'à ce que je m'effondre d'épuisement. Et alors, je m'effondrerai en son sein.

Osho

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