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Méditer avec les sons

- jazz et méditation
- deux techniques de méditation avec les sons

Par Patricia Menetrey

patricia Menetrey

Jazz et méditation

Dans le cadre du festival de Jazz à St Germain-Des-Prés à Paris, le lundi 30 mai 2016, une soirée événement mêlant jazz et méditation. Cet événement montre bien l’ouverture incroyable de la méditation pénétrant tous les domaines. Ici le jazz.

Dans le théâtre mythique du Lucernaire, les deux protagonistes: Elisabeth Petit-Lizop thérapeute formée à la peine conscience, et Frederic Charbaut journaliste musical chargé de la programmation du festival.
Le public est guidé par l’intervenante à écouter la musique de manière méditative.
Nous partons donc du corps, en observant ce corps et l’invitant à se détendre.
Peu à peu, chaque morceau nous invitera à entrer plus profondément dans ce type d’écoute-présence à soi..

Entre deux séquences, la voix de la thérapeute nous guide à conscientiser nos pensées et à choisir de les abandonner au profit des ressentis liés à la bande son.
Les morceaux choisis sont exceptionnels, que l’on soit connaisseurs ou simple novice en matière de jazz.

Peu à peu, le mental ralentit, la musique se fait invitation, et le silence dans la salle est palpable, une véritable qualité méditative s’est installée.
Dès lors, même l’intervention guidée semble de trop, les spectateurs-acteurs en témoignent lors du partage final : le silence entre les morceaux aurait pu durer bien plus longtemps.

Pour certains une véritable plongée dans le monde de la méditation.
Certains venaient pour l’écoute du jazz, d’autres pour la méditation.
Tous ont certainement vécu ce moment comme la découverte possible d’une écoute différente. L’invitation bien tangible de comprendre qu’un état méditatif ne dépend pas d’une posture en lotus, mais d’une conscience qui se tourne sur l’objet à observer.
A revivre…..

Et pour ceux qui désireraient méditer avec le son, voici quelques exercices :

Première technique

Plonge au cœur du son, comme dans le bruit continu d’une cascade. Ou bien, en te bouchant les oreilles, entends le son par excellence.

Cette technique peut être appliquée de multiples façons. Par exemple asseyez-vous en silence n’importe où, sur la place du marché ou dans une grotte himalayenne. Les vibrations sonores sont omniprésentes et ont quelques chose de très particulier : elles convergent vers vous, vous en êtes toujours le centre.

Plonge au cœur du son. Fermez les yeux, sentez le cosmos rempli de sons et aussi que vous en êtes le cœur. En soi, cela vous procurera un grand apaisement. L’univers devient la bulle qui vous nourrit de toute part.

Comme dans le bruit continu d’une cascade. Installé près d’une chute d’eau, fermez les yeux et percevez le son qui se précipite vers vous de partout, comme vers un goulot. Pourquoi faut-il que vous vous sentiez le centre ? Parce que dans le centre règne le calme, le silence. Sans ce silence, vous n’entendriez rien. Un son ne peut en capter un autre. Le centre est absolument immobile et peut dès lors voir les ondes entrer en lui. A cause de votre silence intérieur, vous êtes conscients des vibrations qui s’approchent et vous pénètrent.

Si vous découvrez le centre, le point qui reçoit tous les sons, un silence total surviendra soudain. Un retournement de la conscience s’opèrera. Vous percevrez un univers plein de sons, puis brusquement, votre attention fera une volte-face et vous connaîtrez la solitude silencieuse, le cœur ineffable de la vie. Plus aucun bruit ne pourra vous perturber.

Au Japon, où l’on étudie et expérimente les sons depuis longtemps, on sait que l’homme n’entend pas avec la tête, mais avec le ventre.
Les gongs et les cloches des temples étaient destinés à déclencher des vagues sonores autour des disciples….Chaque fois que des ondes sonores prenaient forme, ils rentraient en eux-mêmes, et contemplaient le centre vers lequel elles se propageaient. Ce centre était toujours la région ombilicale, jamais la tête. La vibration qui se loge dans votre tête n’est plus un son pur, vous l’avez interprété, vous l’avez transformé en mot, en pensée, en concept.

Les mantras sont des ondes sonores pures, dépourvues de sens. Si l’on vous fournit une explication, il ne s’agit plus d’un mantra. Psalmodier exerce un effet, mais cela ne peut par définition, signifier quelque chose. Le son agit en vous dans la mesure où il est vierge, déconnecté de toute manipulation cérébrale. C’est pourquoi le son AUM a acquis l’importance que l’on sait. Il ne veut rien dire, c’est une onde et rien d’autre.

aum

Deuxième technique

Produis lentement un son, AUM par exemple quand le son entre dans l’absolu : toi aussi.

Prenons la syllabe AUM. Prononcez-la lentement. Les trois sons de base A U M, se combinent en AUM. Toutes les tonalités sont constituées à partir d’eux ou dérivés d’eux. Tous les sons sont des combinaisons de ces trois-là. Ils sont fondamentaux.

…AUM est le son extrême. Impossible d’aller plus loin. C’est pour cela qu’il est tellement utilisé et pas seulement en Inde. L’amen des chrétiens est une variante qui contient les mêmes notes de base. Le préfixe omni que l’on retrouve dans les termes omnipotent, omniprésent, et omniscient vient d’AUM. Omniprésent est ce qui est présent dans l’ensemble d’AUM, dans tout ce qui existe. Omnipotent signifie ce qui possède le pouvoir absolu.

Amen clôt la prière du chrétien, mais les hindous ont fait d’AUM une science complète, la science du son et de la transcendance de celui-ci. Si le mental est fait de sons, le non-mental doit être le son absolu, ou le silence absolu, c’est la même chose.
Comprenez bien. L’absolu peut-être appréhendé de façon soit négative, soit positive.

…En essayant d’exprimer symboliquement l’inexprimable, l’Un, l’Absolu, il faut nécessairement choisir parmi ce qu’offre le langage humain. La préférence donnée à l’expression négative ou positive n’est qu’une question de tempérament.
Bouddha disait « absence de son » et jamais « plénitude de son » La vision tantrique est positive et préfère donc le terme « plénitude » ou « tonalité absolue »

Le Tout, l’Absolu. Cela veut dire la même chose.

Faites résonner la syllabe AUM, la bouche ouverte. Oubliez tout, résonnez, devenez entièrement le son AUM. Ce n’est pas difficile. L’onde sonore fait vibrer votre corps, votre cerveau, votre système nerveux. Sentez la réverbération d’AUM dans chacune de vos cellules.
Quand une profonde harmonie se sera installée entre vous et AUM, vous sentirez naître une réelle affection pour cette syllabe tellement belle et musicale. Continuez jusqu’à ce qu’une douceur très subtile vous gagne, c’est la tonalité la plus pure.

Puis, fermez la bouche et faites AUM de façon toujours audible. Il faut que vous sentiez les sondes résonner dans tout votre organisme. Votre corps sera vivifié, rafraîchi, car c’est un instrument de musique. Il a besoin d’harmonie.

Produisez le son AUM au fond de vous-même. Subtilement, votre corps se mettra à danser, il sera nettoyé, rajeuni. Ralentissez progressivement au fur et à mesure que l’écho s’intensifie en vous, car plus elle est lente, plus l’onde sonore vous pénètre, un peu comme en homéopathie où la puissance du remède augmente avec sa dilution. AUM ira d’autant plus loin en vous qu’il sera plus éthéré. Les sons bruyants et brutaux ne touchent pas votre cœur. Ils vous encombrent et vous assourdissent, mais ne peuvent aller bien loin. Le passage vers le cœur est extrêmement fin et délicat, il ne peut être parcouru que par des sons primordiaux, très légers, au rythme très lent. Or un mantra n’a de sens que s’il accède au cœur, au noyau central de votre être.

La lenteur et la délicatesse sont nécessaires pour une deuxième raison. Plus le son est subtil, plus votre attention devra être éveillée pour le laisser retentir en vous.

…Vous devez être présent, vous devez écouter avec une vigilance pleine et entière. Sinon vous vous endormirez.… Pour que cela devienne une véritable technique de méditation, deux règles sont à observer. Réduisez progressivement la sonorité du mantra. Qu’il soit de plus en plus lent et de plus en plus subtil. Et simultanément, aiguisez votre attention.
Les deux choses vont de pair, pour autant que la subtilité grandissante du son affine votre vigilance. Au moment où surviendra l’absence de son (le silence, l’anti-son, ou le son absolu) vous entrerez dans la plénitude de la conscience (l’anti-mental, le non-mental)

Produis lentement le son, AUM par exemple. Quand le son entre dans l’absolu : toi aussi.


Le retour d’un son au silence est une des plus belles choses que l’homme puisse expérimenter. Vous ne savez pas où le son est parti, soudain il n’est plus. Un instant auparavant, l’écho murmurait en vous : AUM, AUM, AUM … Puis plus rien, vous êtes sorti de l’univers des sons. Le tantra appelle cela le « son des sons », la plénitude du son. Bouddha parle de l’absence de son, du silence absolu. C’est une technique magistrale.

Osho « Techniques ésotériques secrètes » aux éditions du Gange

Vous voyez mes cinq doigts, pourtant il est possible de voir l’espace entre mes cinq doigts. Cet espace est bien plus réel, mes doigts vont et viennent, l’espace demeure.
Entre deux notes de musique, il y a un espace de silence. Une véritable musique ne consiste pas uniquement de sons, mais de silence entre les sons. C’est la raison pour laquelle la musique est proche de la méditation.
Osho

Lors des retraites de zazen les méditants chantent cette formule qu’on appelle un mantra, c’est -à dire « une parole qui engage » :
GYATEI, GYATEI, HARA GYATEI, HARA SO GYATEI
Cela signifie : Ensemble, tous ensemble,
Nous devons passer sur l’autre rive.

Je vous souhaite avec les sons le plus beau des voyages….afin de traverser et atteindre l’autre rive.
Mais souvenez-vous que c’est le voyage qui est le but. Et non le but lui-même, qui s’est dissous dans l’expérience de cette extraordinaire traversée qu’est votre vie

Patricia Menetrey

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