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Qui suis-je vraiment ?

Kamala

Autrice : Kamala Phonphibsvads, enseignante d’Eveil et de la Non-dualité

Introduction : À la recherche de soi

Depuis toujours, l’être humain se pose une question qui semble simple et pourtant reste souvent insaisissable : Qui suis-je? On répond d’ordinaire en mentionnant un nom, une histoire personnelle, une profession, des rêves, parfois des blessures. Mais dès que l’on regarde avec un peu plus d’attention, ces définitions personnelles apparaissent fragiles, changeantes, incapables de saisir ce que nous ressentons vraiment au plus profond de soi-même au cœur de notre être. Nous pressentons que notre identité ne se limite pas à ces formes et conceptions mouvantes.

Dans cet article, explorons ensemble cette intuition : que notre « vraie identité » ne se trouve pas dans le personnage que nous incarnons, mais dans la conscience même qui en fait l’expérience. À travers les thèmes de l’éveil, de la conscience et de la non-dualité, il ne s’agit pas d’ajouter de nouvelles croyances mais de mettre en lumière un espace intérieur d’être que nous portons déjà tous en soi, mais que le voile mental nous a empêché de voir.

L’identité ordinaire : une construction du mental

Dès l’enfance, nous apprenons à nous définir : un prénom, un genre, une date de naissance, un visage, une famille, des rôles, des préférences, des croyances. Notre identité semble être un assemblage de spécificités personnelles, familiales et collectives. Nous nous vivons comme un « moi » distinct, séparé du monde, doté d’une histoire unique. Cette identité psychologique est structurée par ce que nous pensons et croyons que nous sommes et alimentée par notre mémoire, nos relations, nos réussites et nos échecs.

Chaque élément ajoute une couche à cette identité psychologique : ce que je fais, ce que j’aime, ce que je crois, ce que les autres pensent de moi. L’ensemble de toutes les couches crée un moi ou une identité « psychologique » qui devient le personnage central de notre vie, celui que nous protégeons, justifions, mettons en scène.

Pourtant, cette identité s’avère instable. Les goûts changent, les certitudes se fissurent, les rôles évoluent, les situations de vie s’effondrent. Les événements de la vie — une rupture amoureuse, une perte d’emploi, une maladie, une prise de conscience intérieure — peuvent en quelques instants ébranler ce que nous pensions être.

Surtout, cette identité séparée crée non seulement un espace d’opposition, « moi » d’un côté, « les autres » de l’autre, mais aussi une impression tenace de quelque chose qui manque dans notre vie. Elle s’accompagne d’un besoin constant de protection, de comparaison, de validation. C’est précisément cette fragilité qui engendre peur, jalousie, frustration, attachement et inquiétude. Le sentiment d’incomplétude pousse à toujours chercher à l’extérieur de soi de quoi combler son vide intérieur, dans les relations, les addictions, les possessions. Une course au « devenir quelqu’un » qui n’en finit plus.

On sent alors que cette identité, bien que fonctionnelle au départ, ne peut pas être notre réalité ultime. Elle est trop changeante, trop dépendante des circonstances et de nos croyances pour constituer le cœur stable de notre être.

Dès cette prise de conscience, une quête vers notre vraie identité peut commencer. Un autre type d’exploration, cette fois-ci dirigée vers notre dimension intérieure de conscience prend place.

La conscience : un espace d’être au-delà du “moi”

Si nous observons attentivement notre expérience, quelque chose de remarquable nous apparaît : les pensées, les émotions, les sensations vont et viennent, mais cela même qui en est conscient demeure. Il y a toujours un arrière-plan silencieux qui perçoit, qui sait, qui prend note qu’il y a. Cette conscience, qui est aussi présence, n’a pas de forme, pas de nom, pas d’histoire. Elle ne naît pas ni ne disparaît avec les pensées qui elles vont et viennent. De la même manière, elle ne naît pas ni de disparaît avec les sensations et les autres perceptions qui elles vont et viennent.

Nous passons souvent notre vie à donner notre entière attention au contenu de la conscience — idées, sensations et perceptions — sans jamais nous tourner vers ce qui perçoit ce contenu. Pourtant, c’est là où se trouve un indice essentiel : ce que nous sommes réellement ne peut être un objet observé qui va et vient. Ce que nous sommes vraiment est cette dimension éternelle et stable en soi qui est témoin de l’expérience du moment présent.

L’éveil, tel qu’il est décrit dans de nombreuses traditions, n’est pas un phénomène mystique réservé à quelques êtres exceptionnels. Il s’agit de la reconnaissance que la conscience est notre véritable nature, notre vraie identité. C’est aussi la réalisation que la conscience est aussi ce qui permet l’expérience : sans conscience, peut-il même y avoir expérience ?

Dans des moments de calme ou d’émerveillement, chacun peut sentir cet espace clair, ouvert et paisible en soi où les pensées se taisent et où demeure une sorte d’évidence silencieuse. Cet espace intérieur fondamental n’est pas quelque chose à atteindre mais à reconnaître, il est déjà là. L’éveil consiste simplement à reconnaître comme sa véritable identité ce qui a toujours été présent en soi et qui est éternel, immuable : la présence-conscience ou l’être.


La non-dualité : l’identité sans séparation

La non-dualité nous emmène plus loin encore. La non-dualité est la réalisation que la conscience qui perçoit n’est pas distincte du monde perçu. L’observateur et l’observé ne font qu’un. En d’autres termes, il n’existe pas un « moi » d’un côté et un « univers » de l’autre : il n’y a qu’une seule réalité s’exprimant sous d’innombrables formes.

Dans cette perspective, la « vraie identité » n’est pas le corps ni le mental, mais la conscience universelle qui se vit à travers la forme humaine et toutes les autres formes. Cette conscience n’est pas limitée par les frontières physiques ou psychologiques : elle est l’arrière-plan de toute expérience, elle est le « maintenant » où tout se déroule, absolument tout.

Autrement dit, ce que nous sommes véritablement est tout et partout. La conscience est tout ce qui est. Ainsi, la non-dualité c’est l’expérience et la compréhension que tout est véritablement et absolument un.

Lorsque cette compréhension n’est plus seulement intellectuelle mais vécue, la séparation se dissout naturellement. Le « moi » apparaît pour ce qu’il est : une construction mentale fonctionnelle, utile dans la vie quotidienne et les rapports humains, mais dépourvue de réalité propre en dehors des pensées qui l’entretiennent.

L’expérience alors devient plus fluide : les sons, les images, les sensations, les émotions et les pensées surgissent dans un même champ de présence-conscience. Ce que l’on tenait pour un centre personnel se révèle être une simple habitude mentale. En transparence, il n’y a qu’un espace conscient et paisible, vivant et ouvert dans lequel la vie danse à l’infini.

Vivre depuis la vraie identité

Kamala

Reconnaître que notre vraie identité n’est pas le personnage, mais la conscience qui en fait l’expérience, change profondément notre façon d’être. La peur existentielle n’a plus de fondement, car il n’y a plus un «moi» séparé à protéger contre tout. Le mal être se dissout, car il n’y a plus un vide à combler.

Les relations deviennent plus profondes et authentiques : l’autre n’est plus perçu comme un adversaire potentiel ou comme un sauveur, mais comme une expression de la même conscience. L’action devient plus spontanée, moins gouvernée par l’angoisse du résultat. Nos décisions reflètent de plus en plus la paix et l’unité ressentie au cœur de soi. La compassion envers tous les êtres et le service à ce qui est vrai, bon et beau se développent et s’expriment aussi de plus en plus dans la vie. Le rapport au monde change radicalement : tout nous semble familier, comme un terrain amical où le corps déambule. La proximité est ressentie avec les plantes, les arbres, les animaux, le ciel, tout. C’est la reconnaissance que tout est expression de soi-conscience universelle, et de là découle un sentiment de lien intime avec tout.

Reconnaître la vraie identité ne dissout pas les responsabilités ni les particularités individuelles. On continue de jouer un rôle dans le monde : travailler, prendre soin, créer, interagir, communiquer. La différence est que ce rôle n’est plus pris pour une définition absolue de notre identité.

Le « moi » psychologique est reconnu comme un simple instrument, comme un personnage temporaire sur une scène, utile mais non ultime. La liberté intérieure naît de ce renversement : ne plus se confondre avec ce que l’on joue, mais être consciemment notre nature de présence-conscience. Cette sagesse révèle un espace d’être, naturellement paisible et accueillant, où le manque n’existe pas. C’est la plénitude.

Conclusion : Nous sommes ce que nous recherchons

À travers le questionnement de l’identité construite et la reconnaissance de la conscience, nous découvrons cette évidence: la vraie identité ne se trouve pas en cherchant, mais en cessant de s’identifier avec ce qui n’est pas nous de manière absolue. Ce que nous sommes réellement — la conscience éternelle, créative et vivante — ne peut être perdu ni gagné. Nous sommes déjà ce que nous cherchons.

La question « Qui suis-je ? » cesse alors d’être un problème à résoudre et devient une invitation à revenir à la source même de l’expérience, là où rien ne manque, là où tout prend vie.

Email: kamala@omkamala.com et Site: https://omkamala.com
Activités de Kamala: accompagnement individuel (Zoom ou présentiel Chatou/Paris 11), cours en ligne, ateliers à Paris, retraites et formation annuelle.