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Le Jeu du Roi/Reine, l’individuation et le Soi

Dominique Vincent

Par Dominique Vincent, créateur du Jeu du Roi/Reine et formateur

Le Jeu du Roi est une nouvelle approche qui s’inscrit naturellement parmi les thérapies transpersonnelles en ligne directe avec la pensée jungienne. Puissant outil thérapeutique de groupe, il peut tout particulièrement servir de formation au leadership. Il est surtout une voie de sagesse conduisant à l’individuation et à la réalisation du Soi.

Qu’est-ce que le « Jeu du Roi » ?

J’ai élaboré ce jeu après ma participation en 1995 à un groupe d’hommes qui utilisait quelques archétypes dans la tradition jungienne américaine dans le but d’aider les participants vers l’épanouissement de leurs énergies masculines. Chaque homme choisissait un archétype et explorait s’il lui convenait et l’aidait dans son évolution. Comme j’animais moi-même des groupes d’hommes en France et au Canada, j’ai repris cette approche. Immédiatement, j’ai pensé à faire jouer les archétypes dans la structure du conseil d’un royaume mythique. J’ai alors fait une découverte majeure : personne ne peut se définir selon l’un ou l’autre de ces archétypes en dehors de la configuration qui se crée instantanément en fonction de la personnalité de celui qui joue le rôle du roi ou de la reine. Par exemple, pour tel roi, je suis appelé à devenir guerrier et à jouer ce rôle selon différents ressentis, images et scénarii qui me viennent à l’esprit, alors qu’avec un autre roi ou une autre reine, j’ai envie d’être artiste et de jouer de la musique. En fait, la constellation et les interactions qui se créent autour de toute personne qui prend des responsabilités sociales se cristallisent en quelques secondes selon sa personnalité, ses intentions conscientes bien sûr, mais surtout selon ses scénarii inconscients. Le script est donné par le roi ou la reine et chacun se distribue dans le casting selon son propre monde interne. Il ne me restait plus qu’à mettre en place un cadre précis et sécuritaire de travail pour aider les participants à comprendre l’impact qu’ils ont sur les autres en particulier quand ils exercent une responsabilité familiale, sociale ou professionnelle. C’est ce que j’ai fait au cours des années en coopération avec ma compagne Marie-Anne Gailledrat en bénéficiant de son expérience de thérapeute et de pédagogue.

Les bénéfices potentiels sont multiples car ce qui se passe dans la salle de groupe est un jeu de miroir extrêmement précis et révélateur. Ce qui se joue dans un groupe est pour une grande part la mise en acte du conscient et de l’inconscient de son leader. Les participants deviennent le reflet et la manifestation de ses entités internes. Si le royaume intérieur du Roi ou de la Reine est en paix, le groupe a toutes les chances de coopérer harmonieusement. S’il est en guerre, les conflits vont éclater malgré toute la bonne volonté des membres du conseil. Ce qui émerge de l’imaginaire de chacun le renvoie tout autant à lui-même, à ses ressources actives ou ignorées qu’à celles du roi, souvent avec une précision stupéfiante. Le bénéfice est donc pour chaque participant , roi/reine ou simple membre du conseil.

Grâce à la dimension symbolique du Jeu et à la rigueur du débriefing, les participants se découvrent, se dévoilent aux autres et à eux-mêmes. Des émotions longtemps refoulées, retrouvent leur expression et leur voie de guérison. Les participants sont continuellement invités à mettre en relation ce qui se passe au cours du Jeu avec leur scénario familial de base, ce qui s’est joué avec leurs parents et leurs frères et sœurs, et ce qui s’est élaboré au cours des générations antérieures. Le Jeu permet de reconnaître et de rassembler des morceaux épars de soi, ce qui contribue à renforcer la cohérence du moi et à avancer sur le chemin de l’individuation, de la réalisation du Soi. Très concrètement, le jeu développe, de façon exponentielle, la faculté d’écouter, de reconnaître et de valider ses ressentis et ses intuitions se développent de façon exponentielle. Les croyances limitantes sont mises à jour. Les effets se font sentir sur la manière de se positionner par rapport aux figures d’autorité hiérarchiques et par rapport à sa propre capacité à prendre des responsabilités.

Les participants constatent sur le vif les archétypes qui ne sont pas activés et dont pourtant ils auraient besoin. Par exemple un participant qui a eu un père violent ou qui a souffert de situations de guerre peut avoir beaucoup de mal à accepter le guerrier en lui alors qu’il aurait cruellement besoin de son énergie pour se positionner dans sa famille ou dans son travail. Tel autre découvre qu’il a délaissé l’artiste, la peinture et la danse et que sa vie est devenue terne et sans saveur. Le Jeu révèle absolument sans aucune exception que nous avons besoin d’activer tous les archétypes pour nous épanouir.

Compréhension de l’inconscient personnel et collectif, des archétypes et de la réalisation du soi

Au départ, même si j’utilisais des archétypes, je n’avais qu’une idée très vague de la psychologie analytique jungienne. Au cours des années d’expérimentation et de pratique du Jeu du Roi/Reine, j’ai cherché à comprendre ce qui s’y passait, essentiellement pour affiner mon approche thérapeutique. Comme le Jeu fait intervenir des figures archétypales, j’ai commencé par cet aspect. Selon Jung, les archétypes sont des programmes fondamentaux communs à tous car présents dans l’inconscient collectif, des préformes qui structurent l’expérience individuelle. Les archétypes sont des réalités tout autant physiques que biologiques, émotionnelles, mentales et spirituelles. Ils se trouvent dans les fondations de notre expérience personnelle et collective, directement à la source mystérieuse de notre être. Ils donnent une forme à notre énergie vitale. Ils possèdent une dimension imaginaire en relation avec l’inconscient collectif mais ils provoquent aussi une posture corporelle et un ressenti émotionnel. Présents chez tout le monde, les archétypes ne sont pas nécessairement actifs, ceci étant dû à de multiples facteurs de notre histoire personnelle et collective. Pour être complètement soi-même, il est très utile de les amener à la conscience et de les activer pour l’épanouissement de notre plein potentiel.

Les nombres, les lettres, les mots, les figures géométriques, les créations artistiques, tout cela possède une valeur archétypale qui oriente ressenti et action. Prenons quelques exemples fondamentaux : Représentez-vous le chiffre « I » romain et observez ce qui se passe immédiatement dans votre attitude intérieure et physique. Puis le « II ». Ressentez comment le « II » appelle le « III » pour se compléter. Le vécu corporel et la posture changent immédiatement. Vous pouvez faire la même chose en regardant un triangle puis un carré et enfin un cercle ou en prononçant intérieurement les mots amour puis haine. Pour des figures archétypales plus complexes, vous pouvez vous représenter un terroriste puis un Bouddha. L’imaginaire et le corps réagissent immédiatement de manière plus ou moins subtile, posture, émotions et pensées.

Le corps humain

Au cœur du processus du Jeu du Roi, le corps humain se révèle comme l’archétype fondamental. Il est le microcosme à l’intérieur duquel se retrouve et se joue tout l’univers. Sa structure anatomique, toutes ses parties avec leurs fonctions spécifiques sont autant des réalités physiologiques, énergétiques que psychologiques. Ce corps émerge peu à peu de la vie animale, ramper, marcher à quatre pattes, puis se mettre debout, l’homo erectus. Le corps, cette merveille qui tant de fois se retrouve abusé, écartelé, explosé, empoisonné, irradié… Ce corps si fragile, si tendre, ce corps de caresse, de plaisir, d’amour, d’extase, de lumière… Ce corps à habiter, à exercer, à rassembler, à soigner, à accomplir avec toute la bienveillance, le courage et la compassion dont nous sommes capables. Le premier apprentissage du Jeu du Roi consiste à écouter attentivement tous les messages sensoriels, à intégrer ses éléments, à lui permettre d’être animé d’émotions, à découvrir ses dimensions physiques, énergétiques et spirituelles, à l’expérimenter dans les dimensions horizontale et verticale qui fusionnent au centre du cœur, à se laisser étonner et à faire confiance à tout ce qui se manifeste en lui.
 
Dans les traditions occidentales et orientales, le corps est considéré comme un microcosme où se joue le drame de l’univers tout entier. Il est le lieu de tous les mystères et de toutes les transformations. L’intégrer est synonyme de s’intégrer. C’est l’individuation selon Jung ou la réalisation du Soi. « L'individuation est le processus de création et de distinction de l'individu. Dans le contexte de la psychologie analytique, il se rapporte à la réalisation du Soi par la prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels qui forment la « totalité » psychique, consciente et inconsciente, du sujet. » (Wikipédia article Individuation) C’est exactement le processus du Jeu du Roi.

La posture royale interne est directement proportionnelle à une conscience et à une mise en équilibre du corps. Il y a l’équilibre entre le bas et le haut du corps, les deux pieds bien ancrés et le trône bien solide, la colonne vertébrale qui s’aligne en rapport avec la force de gravité sur un bassin stable. Il y a l’équilibre entre la réceptivité sensorielle et émotionnelle du devant du corps et la puissance des muscles du dos qui permettent de garder la tête droite et le regard lucide, prêt à la prise de décision et à l’action. Il y a tous les équilibres entre alignement et fluidité, entre présence à l’intérieur et présence à l’environnement, et bien sûr entre le cerveau droit et le cerveau gauche, l’intellect et l’intuition, le cœur et la raison.

L’intégration

Le groupe se cristallise immédiatement en fonction du degré d’intégration du leader comme une substance chimique en présence d’un catalyseur. Le champ du groupe devient la résultante entre le principe organisateur du leader et les structures de chacun des autres participants, un peu comme les configurations variées d’un kaléidoscope qui pourtant contient toujours les mêmes éléments de base. Les archétypes qui se sont définis peu à peu au cours de ma pratique sont à dominante Yin ou Yang et se distribuent dans la salle du conseil à la droite ou à la gauche du Roi selon la structure latéralisée des hémisphères cérébraux et du corps : bâtisseurs et guerriers à droite, sages et artistes à gauche. En face du roi se disposent ceux qui n’arrivent pas à se déterminer et qui représentent plus particulièrement la part inexplorée de la personnalité de celui-ci, l’inconnu et l’inconnaissable à comprendre selon la dynamique de l’ombre selon Jung. En chacun de nous, il y a une polarisation et une tension constante entre le contenu de l’ombre avec énergie vitale, programmes, filtres et obstacles, et le Soi, la conscience supérieure qui appelle à la réalisation de notre chemin de vie. Sur le plan de la réalité actuelle, les quatre archétypes du compagnon-bâtisseur, du guerrier, du sage et de l’artiste-amoureux permettent l’émergence de nos forces et ressources. Il apparaît que l’ensemble de notre vie intérieure consciente et de nos actions dans le monde extérieur peut se répartir selon ces quatre pôles. Le roi quant à lui symbolise le moi, l’entité interne qui fait de son mieux pour rassembler tous nos fragments et en faire une unité fonctionnelle harmonieuse capable de négocier avec la réalité extérieure pour le plaisir et pour la joie, la sienne et celle de autres.

Dans sa conférence au forum du Grett de mai 2013, Georges Didier a magnifiquement mis en valeur ce qui empêche la manifestation complète de la puissance créatrice que nous sommes fondamentalement : le tragique et l’inachevé ou inaccompli. Dans le tragique, se trouve tout ce qui a été traumatique dans nos vies, particulièrement les évènements de notre enfance, abus, abandons, accidents, maladies, deuils, séparations… La liste est longue. Dans l’inaccompli, il y a le poids des générations antérieures et du destin inachevé de nos ancêtres, à commencer par celui de nos parents. La mise en scène du Jeu du Roi, pour peu que le thérapeute-formateur accompagne adéquatement les manifestations de tout ordre dont les participants sont le lieu, images, postures, mouvements, paroles et surtout le ressenti toujours présent et révélateur, permet l’émergence et la reconnaissance de ce tragique et de cet inaccompli. Le « processing » de ce qui émerge est rendu possible si l’animateur a su créer un climat d’amour, de bienveillance immense et tangible pour l’ensemble du groupe. Cela signifie évidemment qu’il doit être lui-même une personne suffisamment intégrée, individuée, comme dirait Jung.

Les champs

Le Taoïsme et le Tantra-Yoga ont tous deux mis en évidence l’existence de différents centres énergétiques qui sont les éléments clés du champ  informé qui constitue chaque personne, corps, émotions et esprit. Je considère chacun de ces centres comme une porte d’accès et une voie d’émergence de l’inconscient personnel et collectif. J’en mets trois particulièrement en valeur pour le Jeu du Roi. Le premier se situe au milieu de l’abdomen en relation avec l’intestin grêle, c’est le Hara des arts martiaux japonais. La présence au Hara augmente la charge électromagnétique générale du corps humain, donc son potentiel de rayonnement. Nous y sommes en contact avec les énergies de vie fondamentale de nos entrailles, fécondité, sexualité et production d’énergie à partir de la nourriture et de la respiration. Le deuxième se trouve au milieu de la poitrine en relation avec le cœur. Le troisième est le point entre les sourcils en relation avec la glande pinéale. Cette glande contient curieusement des cellules photosensibles identiques à celles de la rétine. Cette particularité est très probablement en lien avec la circulation des biophotons découverts par F. A. Popp, avec la capacité à porter son regard à l’intérieur du corps et avec le processus « d’illumination » des orientaux, phénomène de transformation radicale du corps humain par la lumière intérieure.

Pour ce qui est de la présence au centre de la poitrine, la science actuelle rencontre nombre de traditions anciennes dont le christianisme. Les travaux scientifiques démontrent que le cœur, qui possède un système nerveux et une mémoire autonomes, émet un champ 5000 fois plus puissant que celui du cerveau qu’il domine et dirige. Cela rend justice entre autres aux Taoïstes qui affirment depuis la nuit des temps que le cœur, non le cerveau, est le roi dont la fonction est d’harmoniser le fonctionnement de l’ensemble des organes. « On ne pense bien qu’avec le cœur », disent les indiens Hopi, alors que le maître Zen Matzu enseigne : « Le sage doit chercher l’origine de tout désordre. Où ? Tout commence par le manque d’amour. »

Les constellations familiales et le biologiste Rupert Sheldrake nous ont familiarisés avec les champs morphogéniques du vivant, ces champs d’énergie et d’informations qui parlent et qui interagissent continuellement. Des chercheurs tels que les professeurs Fritz Albert Popp, Peter Garaiev, Konstantin Korotkov, Vlail Kaznacheyev et bien d’autres, mettent en évidence la nature des champs spécifiques que sont chaque être vivant ainsi que leurs relations entre eux et avec l’ensemble des champs électromagnétiques constitutifs de l’univers. Les archétypes sont une façon de comprendre et de décrire le contenu informatif du champ humain. Le cœur est le point focal du champ de chaque personne pour la communication, l’harmonisation et la guérison.

lotus

Le Tantra

Parmi toutes les traditions que j’ai visitées, le Tantra me parait particulièrement en accord avec la pensée jungienne en général et avec le Jeu du Roi en particulier. Il nous apprend que retourner notre attention consciente à l’intérieur de notre propre corps, c’est plonger au cœur de l’ombre, tant pour reconnecter avec notre force vitale que pour discerner et transformer les obstacles qui obstruent le passage à son jaillissement. Le Tantra présente les choses de façon très simple : il suffit de retourner radicalement les sens des objets externes vers l’intérieur du corps, la vue, l’ouïe, même le toucher, la proprioception et la perception des mouvements du corps. Nous sommes invités à porter le regard sur des points précis, en particulier les chakras. Dès qu’un endroit du corps est touché par le regard intérieur, il commence à se réchauffer, à s’animer et à dévoiler ses secrets. Le Tantra parle du réveil de la déesse Kundalini qui attend ce regard pour se dresser à l’intérieur du corps. Il parle d’épousailles entre la conscience pure et la matière dense. Ce sont les noces du Dieu Shiva, la conscience, et de la déesse Shakti, la nature. Ces noces se réalisent à des niveaux de plus en plus élevés en partant de nos énergies sexuelles au périnée jusqu’à la reconnaissance de notre divinité à la couronne au sommet de la tête. Selon le Tantra, ce qui doit se passer à l’intérieur de chacun entre le féminin et le masculin compris selon cette symbolique est en corrélation directe avec ce qui se passe dans toutes nos relations, même amoureuses. Une sexualité consciente et pleine d’amour active le processus d’éveil de toutes nos forces vitales et conduit à la connaissance de soi.

Chaque chakra est encombré ou même bloqué par une catégorie spécifique de blessures, de conditionnements, d’évènements de notre histoire personnelle et collective. Y porter son attention les dévoile et nous devons accepter de les regarder, de les souffrir et de les guérir. Ainsi telle personne en abordant le chakra du cœur a rencontré et ressenti les émotions de ses ancêtres gazés à Auschwitz, ce qui a contribué à la guérison de son cancer des poumons.

L’ombre est là en nous qui nous attend jour et nuit avec ses ressources et ses souffrances cachées. Regarder en soi est un très grand acte d’amour et la source de notre transformation personnelle et collective. Nous pouvons devenir Gou-Rou, ce qui étymologiquement signifie obscurité et lumière, ou celui qui dissout l’obscurité. C’est l’aboutissement du processus quand nous sommes devenus complètement lumineux, ce qui laisse la place au jaillissement de toutes nos forces vitales et qui nous fait rayonner l’amour et la conscience autour de nous. N’est-ce pas une belle description de la réalisation du Soi ?

En conclusion il semble que la technique du Jeu du Roi soit en accord complet avec la science émergente du champ biomagnétique humain au sein de la biophysique et de la physique quantique. Il en est une application particulièrement utile et puissante. Nous sommes tous en bio-résonnance. Nous pouvons apprendre de manière précise et riche sur nous-mêmes en utilisant une telle situation de groupe. La symbolique utilisée permet une restructuration de la psyché de chaque participant avec au centre, son cœur avec sa puissance d’amour, qui coordonne les quatre pôles que sont les archétypes du compagnon-bâtisseur, du guerrier, du sage et de l’artiste-amoureux. Le Jeu nous donne une vision claire du chemin à parcourir dans la recherche du Soi. Nous pouvons alors laisser s’épanouir notre leadership naturel, un leadership humain et éclairé dont le monde a tant besoin.
Article paru dans le journal du GRETT Synodes.

Pour en savoir plus sur le Jeu du roi : https://jeuduroireine.fr/