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Le néo-chamanisme

Gislaine Duboc

Interview de Gislaine Duboc

Après une carrière en tant que psychologue et sexologue, un travail intérieur et de nombreux voyages auprès des chamans de Colombie, vous avez crée en France l'école de « néo chamanisme », qu'est-ce qui différencie le "néo chamanisme" du chamanisme plus traditionnel ?

La différence entre le chamanisme et le néo chamanisme est d'abord structurelle.

Le chamanisme est né pour permettre l'épanouissement d'une société où l'émergence de toute domination est considérée comme le mal. ( « la société contre l'état » voir pierre clastre)

Le néo chamanisme est issu d'une société qui a opté pour un positionnement inverse. Il incarne le rejet de cette structure qui aliène l'individu à la consommation et contribue à la destruction de la planète.

Ces deux structures sociales ont développé chez les individus des perceptions et des connaissances différentes et ont engendré deux réalités de l'univers.
Le néo chamanisme est la rencontre de ces deux réalités et sa pratique s'inspire de cette fusion.

La pratique chamanique traditionnelle s'épanouît dans des lieux ou la nature a gardé toute son intégrité. Les populations actuelles ont besoin de résister à la disparition de leur culture, de leur territoire, de leur savoir. Les pratiques chamaniques sont le ciment de cette résistance à un monde qui veut les broyer.

Le néo chamanisme se pratique dans les villes, dans les lieux sinistrés, C'est l'écoute et la capacité à se connecter aux blessures de la terre infligées par la surpopulation, la pollution, la déforestation, la sur densification, l'aridité des sols … puis c'est l'art de recevoir l'inspiration, d'une vision d'un futur diffèrent. C'est l'outil du résistant qui est tout à la fois un guerrier et médecin de l'âme.

Vous proposez un cycle sur 3 ans avec chaque année je crois un enseignement différent, pouvez-vous nous en parler ?

La première année c'est en priorité l'ouverture des sens. La capacité à voyager dans des états de conscience modifiés. L'aptitude à se connecter à des mondes vivants différents : animal, végétal, minéral…C'est la découverte des structures qui conditionnent le cerveau occidental. C'est la prise de conscience de leur pouvoir d'aliénation du monde marchand.

La deuxième année, c'est l'initiation à la culture des peuples premiers et l'expérimentation de rituels puissants. C'est aussi le métissage de la réalité du monde des peuples premiers et de la réalité des populations occidentales. C'est l'ouverture à la réalité néo chamanique : « la troisième voie » J'ai crée des outils inspirés de cette vision pour réaliser ce métissage.

La dernière année, c'est la mise en œuvre de la troisième voix face aux blessures de la terre, au conditionnement des populations urbaines… L'initié apprendra à calmer sa peur pour recevoir l'intuition du futur et l'inspiration à la médecine néo chamanique. Elle lui permettra notamment d'harmoniser des lieux abimés, de soulager l'âme en souffrance etc. c'est l'autonomie néo chamanique.

neo-chamanisme

"Devenir un homme ou une femme médecine c'est choisir d'être « un résistant » porteur d'espoir face à l'inacceptable."
Pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ou implique ?

Nous sommes heureux de pouvoir décoder l'ADN du mammouth mais on reste insensible au massacre des éléphants.

Nous possédons de merveilleux films sur le monde marin et nous ignorons l'agonie des espèces marines qui disparaissent à une vitesse incroyable !

Les futurs maitres de l'océan seront les méduses et les algues Etonnamment nous sommes métaphoriquement dans le monde mythologique des méduses qui changent en pierre l'espèce humaine et la fige derrière des écrans.

Ce n'est plus l'âge de Pierre c'est l'âge de l'Homme et peut être sa fin. L'idéologie du progrès, la tyrannie de l'évolution (vue par l'occident) a colonisé l'ensemble de la planète et détruit chaque jour la biodiversité environnementale, la biodiversité des espèces, des cultures, des spiritualités et des peuples.

Un résistant occidental c'est celui qui rejoint les représentants des peuples en voie d'extinction qui sortent des dernières forêts pour nous dirent sans colère ni rancœur, parlant avec leur cœur et leur esprit, que l'humanisme se nourrit de la diversité des formes de pensée sur les relations entre les hommes et la nature. Que leur disparition et celle de leur milieu sont autant de pertes irrémédiables pour l'avenir de notre humanité à tous.
Ils ont su, au bord du précipice de leur disparition, parler au nom du « nous» , les hommes.

Le résistant c'est celui qui se joint à eux, conscient du précipice dans lequel notre société se jette. Il pense au bien commun et nourrit l'âme de l'humanisme pour le garder vivant et contagieux par sa façon d'aimer et de protéger le monde réel.

Cela conduit à regarder en soi pour sortir du conditionnement des méduses et s'éloigner du chant des sirènes qui nous enferme dans un monde inhumain. Voici le travail que je propose de faire dans la formation de praticien néo chamane.

Qui sont les enseignants spirituels ou chamans qui vous ont inspiré dans votre chemin personnel ?

J'ai un maitre qui se révèle à moi à chaque instant, il s'appelle : La Vie.

Nommer des hommes comme enseignants marquants dans ma vie, c'est établir un ordre, c'est mettre une hiérarchie dans la connaissance, c'est ignorer la diversité de l'enseignement qui est présent dans tout et à tous les instants. C'est retourner à la verticalité qui exclut certains et encense d'autres.

Un néo chaman sort de ce schéma de pensée pour s'ouvrir aux multiples enseignements de l'ensemble du monde vivant et de son environnement sans en privilégier aucun mais en se laissant toucher par tous.

Merci pour cet entretien.

Réalisé par Emmanuel Moulin pour Meditationfrance.com

Site web de Gislaine Duboc :
www.ecoledeneochamanisme.com


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