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Êtes-vous attachés au fait d'être suisses, français ou allemands ?

Darpan

Etes-vous attachés à votre histoire personnelle et à votre passé ? Darpan décrit ici le lien profond qui existe entre nos conditionnements et notre sens d'identité.

« J’aimerais vous parler aujourd’hui du fait d'être suisses. Qu’est-ce qui fait de nous des suisses ? Est-ce notre passeport ou notre accent des campagnes ? Le cor des alpes ou le chocolat ? La raclette et le yodle, ou ne serait-ce pas plutôt notre propension à contrôler la vitesse des automobilistes et à tempérer tout vedettariat excessif ?

Vous vous demandez peut-être ce qui m’amène à aborder un thème si éloigné de la connaissance de soi et de la spiritualité mais vous comprendrez bientôt que tout ce qui se passe dans l’existence est toujours un reflet de notre univers intérieur.
Ce qui définit le Suisse est un mélange subtil d’histoire, de culture, d’éducation et de religion. On appelle cela un conditionnement. Dans ce pays de vignerons, on sait bien que le vin prend le goût du terroir dans lequel ses ceps ont grandi. De la même façon, chaque être humain s’imprègne de l’environnement et des personnes qui l’ont vu naître et se développer.

Une importante partie de nous-mêmes est ainsi modelée selon les us et coutumes d’une région, façonnée dans un moule qui a servit avant nous pour nos parents, génération après génération. Nous sommes amenés à penser selon des termes établis et à nous comporter en adéquation avec la morale et les règles maintes fois éprouvées par nos aînés. Notre société de suisses est ainsi construite par des gens qui perpétuent les croyances et les valeurs qu’ils ont héritées.

En termes informatiques, ce consensus équivaut au système d’exploitation de notre ordinateur. Quelques soient l’originalité des programmes que nous installons par la suite, ils ne peuvent être exécutés que dans le cadre de références établies et normalisées.

Tous les conditionnements ne sont pas néfastes. Lorsque nous apprenons à conduire, nous devons conditionner nos réflexes pour qu’ils épousent simultanément la tenue de route, le changement de vitesse et l’observation du trafic. C’est indispensable jusqu’à l’acquisition des automatismes. Mais lorsque les conditionnements déterminent notre attitude et notre façon de penser, ils nous privent d’être nous-mêmes et de suivre spontanément les indications subtiles et pertinentes de notre guide intérieur.

Les jeunes tentent souvent de se rebeller contre l’autorité, qu’elle provienne des parents, d’un professeur ou d’une administration. C’est un élan de l’intelligence encore fraîche qui s’efforce, comme une vague, de briser l’endiguement de la vie et la sclérose spirituelle des adultes. Mais à leur tour, le fait de vivre et l’accumulation des épreuves les conduisent progressivement, comme leurs aînés, à adopter des modes de fonctionnement similaires, ceux-là même qu’ils combattaient si farouchement autrefois. Les hippies deviennent des bourgeois et les révolutionnaires des dictateurs.

Comme leurs parents, ils aspirent maintenant à leur prochain repas et au week-end. Leur vie se résume à fonder une famille, à faire carrière et à gagner suffisamment d’argent pour se procurer tout le confort et les divertissements du monde moderne. Ils vont s’efforcer d’arracher leur part de gloire et de succès, de devenir quelqu’un de bien et de respectable et de s’assurer une retraite confortable.

Vivre dans la sécurité du lendemain et en conformité avec ce qu’on attend d’eux répond à l’idéal qu’ils se sont fait de la vie. Mais du point de vue d’un éveillé, de celui qui a réalisé sa vraie nature, cette vie là est une sorte de mort. Désenchantés, ils ont renoncé à suivre l’élan de leur cœur jusqu’à son plein épanouissement et vieillissent en tant que graines sans avoir jamais fleuris.

Les conditionnements sont un piège mortel pour l’intelligence qu’ils encapsulent. Ils nous transforment en robots ou parfois en morts-vivants qui s’accrochent à leur confort et à leur sécurité. Les conditionnements sont comme une camisole de force étouffante mais qui, à force d’habitude et de craintes, devient notre demeure. On peut changer le papier peint de cette maison, modifier l’agencement des meubles ou même repeindre la façade mais tous ces changements se font toujours dans le cadre restreint des mûrs de nos conditionnements.

Lorsque l’intelligence grandit et qu’elle perçoit une autre réalité derrière l’existence, elle entre en friction avec les conditionnements. Elle les perçoit alors comme une forme de manipulation qui l’a contrainte à l’obédience et privée de penser par elle-même. L’intelligence que nous sommes aspire alors à découvrir ce qui est vrai, par elle-même, hors des sentiers battus et en éprouvant chaque chose dans le creuset de l’expérience directe.

Être suisses n’est donc pas une spécificité que nous apportons avec nous à notre naissance. Personne ne naît avec du sang suisse pas plus qu’un italien ne naît avec du sang italien. Être suisse, c’est d’adhérer inconsciemment au moule caractéristique d’une région, d’une culture, d’une éducation et d’une religion et d’en revendiquer l’appartenance.

Ces moules varient d’une région à l’autre. On trouve ainsi le moule Suisse allemand qui ne correspond pas au moule Suisse romand mais ils s’emboîtent dans un moule encore plus grand à la façon d’une poupée russe ! Chaque moule possède ses spécificités. On peut être séduit par les qualités de l’un et excédés par les défauts de l’autre mais ce qui compte, c’est de découvrir l’Homme authentique qui demeure au-delà du moule de ses conditionnements.

Voyager est un merveilleux moyen pour prendre conscience des différentes manières de penser et de vivre qui existent sur notre planète. Je ne parle pas du voyage touristique mais du voyage initiatique, celui qui nous plume de notre prêt-à-penser. On découvre alors la couleur des mûrs dans lesquels chacun évolue et réalisons qu’au-delà des différences, aussi marquantes soient t-elles, demeure un esprit libre et inconditionné.
Notre sens d’identité n’est pas défini par notre lieu de naissance et le pays où nous vivons. Il n’est pas limité à notre sexe ou à notre religion. Tous ces éléments définissent un sens d’identité superficiel, appartenant à la personnalité qui masque l’être réel.

J’ai un passeport suisse mais je ne suis pas suisse. Je ne suis pas européen ni un citoyen du monde. Aucun de ces termes ne saurait me définir. Ce que je suis est au-delà de toutes les différences que nous cherchons à aplanir ou au contraire à défendre. Ce que je suis relie les Hommes au-delà de leurs attachements et de leurs différences »

Darpan


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