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La naissance d’un homme nouveau

par Osho

Première Partie

Quel est l'événement qui vous a fait vous tourner vers le spirituel ? Quel fut ce miracle ?

Un tel événement n'a jamais eu lieu. Souvent, un événe¬ment se produit et il provoque un tournant dans la vie d'une personne. Il arrive aussi qu'un tel changement de vie soit le résultat de l'effet collectif de nombreux événements. Dans ma vie, il n'y a jamais eu un événement unique dont on puisse dire qu'il ait causé un tel changement. Cependant, il y a eu de nombreux événements dont l'impact collectif pourrait avoir provoqué un tournant, mais on ne peut pas déterminer le moment où cela s'est produit. De plus, je ne pense pas que je me sois un jour tourné vers le spirituel. J'étais déjà dans cette direction. Je ne me souviens pas d'un seul jour où je n'aie pensé au spirituel.
Aussi loin que je m'en souvienne, j'y ai toujours pensé.
Il s'est produit de nombreux événements dont il faut considérer l'effet collectif. Je ne me souviens d'aucun événement qui ait été exceptionnel. D'ordinaire, il suffit parfois d'une excuse pour détourner subitement le mental. Cependant, je crois que lorsqu'un seul événement peut détourner le mental, ce dernier peut se retourner à nou¬veau. Mais si ce tournant est le résultat collectif de nombreux événements, alors il n'y a pas de retour en arrière, car ce tournant est plus profond, il a pénétré dans de multiples couches de la personnalité. Tout comme d'une seule poussée, vous pouvez vous retrouver dans une certaine direction, une poussée dans la direction opposée peut vous faire y retourner.
De nouveau, ce tournant résultant d'une seule poussée est un type de réaction. Il est possible, mais vous n'êtes pas totalement prêt pour cela et vous êtes tout simplement distrait. Quand l'effet de cette poussée disparaît, vous pouvez revenir en arrière. Mais si chaque moment de la vie vous entraîne lentement mais régulièrement vers un état ou vous-même n'êtes plus capable de déterminer comment vous êtes arrivé là, alors il n'est plus possible de revenir en arrière par réaction - parce qu'alors, on pourrait même dire que cet état fait partie de votre respiration.

Cependant, il y a dans ma vie une mémoire dont il est bon de se souvenir, c'est celle de la mort. Il est difficile de dire ce que j'ai bien pu penser ce jour-là. Ma tendre enfance s'est passée dans la maison de mes grands-parents maternels et j'éprouvais pour eux un grand amour. À cette époque-là, je n'habitais pas avec ma mère et mon père mais avec mes grands-parents maternels. Ma mère était leur seul enfant. Ils se sentaient très seuls, ils voulurent donc m'élever. C'est pourquoi je suis resté avec eux jusqu'à l'âge de sept ans. Je les avais pris pour père et mère. Ils étaient très riches et avait tout le confort possible, c’est pourquoi j'ai été élevé comme un prince. Je n'ai été en contact avec mes parents qu'après la mort de mes grands-parents maternels. Leur mort et la façon dont elle s'est produite fut mon premier souvenir précieux, car je n'avais aimé qu'eux et n'avais reçu d'amour que d'eux. Leur départ fut très étrange. Le village dans lequel ils habitaient se trouvait à environ trente deux miles d'une ville quelconque. Il n'y avait ni docteur ni vaidya, celui qui pratique la médecine ayurvédique.
La première fois que la mort attaqua mon grand-père, il perdit la parole. Pendant vingt-quatre heures, nous attendîmes au village que quelque chose se passe.
Cependant, il n'y eut pas d'amélioration. Je me souviens qu'il se débattait pour dire quelque chose, mais il n'arrivait pas à parler. Il voulait dire quelque chose, mais n'y parvenait pas. Nous dûmes donc l'emmener en ville dans un char à boeufs. Lentement, l'un après l'autre, ses sens le quittèrent. Il ne mourut pas d'un coup, mais lentement et douloureusement. D'abord, il cessa de parler, puis d'entendre. Puis il ferma aussi les yeux. Dans le char à boeufs, j'observais tout attentivement, et la distance était longue, il nous fallait parcourir trente-deux miles.
Tout ce qui se passait semblait au-delà de ma compréhension. C'était la première mort dont j'étais le témoin, et je n'ai même pas compris qu'il était en train de mourir. Tout doucement, ses sens le lâchaient et il devint inconscient. Alors que nous venions à peine de quitter la ville, il était déjà à moitié mort. Il respirait toujours, mais tout le reste était perdu. Il ne reprit pas conscience, mais il respira encore pendant trois jours. Il mourut inconscient.
Cette lente perte des sens et finalement sa mort se sont profondément gravées dans ma mémoire. C'était avec lui que j'avais ma relation la plus profonde. Pour moi, il était le seul objet d'amour. Peut-être est-ce à cause de sa mort que je n'ai jamais été capable de m'attacher à ce point à quelqu'un d'autre. Depuis lors, j'ai été seul.

Le fait de la solitude m'a saisi à l'âge de sept ans. La solitude devint ma nature. Sa mort m'a libéré à jamais de toute relation. Pour moi, elle devint la mort de tout attachement. Après ça, je n'ai plus été capable d'établir le lien de la relation avec qui que ce soit. Quand ma relation avec quelqu'un devenait trop intime, cette mort-là me regardait fixement. C'est pourquoi, chaque fois que j'éprouvais une forme d'attachement, j'avais le sentiment que cette personne pouvait mourir, si ce n'était pas pour aujourd'hui, ce serait pour demain.
Une fois qu'on devient clairement conscient de la certitude de la mort, la possibilité d'attachement diminue proportionnellement. En d'autres termes, nos attachements se fondent sur l'oubli du fait de la mort. Qui que nous aimions, nous persistons à croire que la mort n'est pas inévitable. C'est la raison pour laquelle nous parlons de l'amour comme de quelque chose d'immortel. Nous avons tendance à croire que celui que nous aimons ne mourra jamais.
Mais pour moi, l'amour était invariablement associé à la mort.
J'étais incapable d'aimer sans être conscient de la mort. Il pouvait y avoir de l'amitié, de la compassion, mais je ne me laissais prendre par aucune infatuation. La mort m'a touché très profondément - tellement intensément, que chaque jour, plus j'y pensais, plus cela devenait clair.
La folie de la vie ne m'a donc pas affecté. La mort m'a dévisagé avant que le jeu de la vie ne commence. Cet événement peut être considéré comme le premier qui ait laissé un impact profond, une influence dans mon esprit. Depuis lors, chaque jour, à chaque instant, la conscience de la vie s'est invariablement associée à celle de la mort. Depuis lors, être ou ne pas être a eu pour moi la même valeur. À cet âge tendre, la solitude m'a saisi.
Dans la vie, tôt ou tard - dans la vieillesse - la solitude s'empare de chacun. Mais elle s'est emparée de moi avant que je ne sache ce qu'était la compagnie. Je peux vivre avec tout le monde, mais que je sois dans une foule, dans un groupe, avec un ami, ou quelqu'un d'intime, je suis toujours seul. Rien ne me touche; je ne suis pas touché.
Comme ce premier sentiment de solitude devenait de plus en plus profond, quelque chose de nouveau se produisit dans la vie. D'abord, cette solitude m'avait uniquement rendu malheureux, mais tout doucement, elle s'est transformée en bonheur - car c'est une règle, quand on s'attache à quelqu'un ou à quelque chose, d'une façon ou d'une autre on se détourne de soi-même. En fait, le désir de s'attacher à quelqu'un ou à quelque chose est une façon de se fuir soi-même. Et plus l’autre devient important pour nous, plus il devient notre centre et plus nous passons à la périphérie.
Toute notre vie, nous resterons centrés sur l'autre. Alors notre propre soi ne pourra jamais devenir le centre. En ce qui me concerne, la possibilité que qui que ce soit d'autre devienne mon centre a été détruite lors de mes premiers pas dans la vie. Le premier centre qui s'était formé s'effondra, et je n'eus pas d'autre choix que de me retourner vers mon propre moi. J'étais pour ainsi dire rejeté vers moi même.
Tout doucement, cela me rendit de plus en plus heureux. Après coup, j'ai eu le sentiment que cette observation intime de la mort à un âge tendre avait été une bénédiction cachée. Si une telle mort s'était produite plus tard, peut-être aurais-je trouvé d'autres substituts à mon grand-père.
Ainsi, plus un esprit est immature et innocent, plus il est difficile de remplacer un objet d'amour. Plus un esprit est malin, habile, rusé et calculateur, plus il est facile de remplacer, de substituer un être perdu par un autre. Plus vous le remplacez rapidement, plus vous vous libérez rapidement du malheur occasionné par le premier. Mais pour moi, il ne fut pas possible de trouver un substitut le jour même où cette mort a eu lieu.
Les enfants sont incapables de trouver facilement un substitut. La place de l'objet d'amour perdu reste vide. Plus vous êtes âgé, plus vous pouvez remplir ce vide rapidement, parce que vous pouvez penser. Un espace dans la pensée peut être vite rempli, mais un vide émotionnel ne se comble pas rapidement. Une pensée peut vite vous convaincre, mais le coeur n'en est pas capable. Et à cet âge tendre, où l'on n'est pas encore capable de penser mais où on peut seulement sentir, la difficulté est plus grande.
C'est pourquoi l'autre n'a pas pu devenir important pour moi, au sens où il aurait pu me détourner de moi-même. J'ai donc dû vivre uniquement avec moi-même. D'abord, il semble que cela m'ait rendu malheureux, mais lentement, cela m'a donné l'expérience du bonheur. Après cela, je n'ai plus souffert du malheur.
La cause du malheur réside dans notre attachement à l'autre, dans l'attente face à l'autre, dans l'espoir d'obtenir le bonheur de l'autre. En fait, vous n'obtenez jamais le bonheur, mais l'espoir est entretenu. Et quand cet espoir se perd, la frustration commence.

Fin de la première partie

Texte pris dans le livre en français actuellement en librairie :

La vague et l'océan - vous n'êtes pas la vague, vous êtes l'océan (Osho) Editions Almasta (2005)
Dans ce livre sont recensés quelques entretiens donnés en hindi au début des années 70 où Osho parle de sa vie, son éveil, la nature, les différentes phases et le but de son travail, mais il s'exprime aussi sur des thèmes plus ésotériques tels que la réincarnation, l'espace entre deux vies, la médiumnité et le monde des esprits et l'immortalité.
Pour en savoir plus sur ce livre

Qui est 0sho ?
Osho est reconnu comme l’un des maîtres spirituels du 20ème siècle et l’Inde, son pays de naissance, lui accorde maintenant une grande considération. N’appartenant à aucune tradition, il est considéré par beaucoup comme un véritable maître tantrique. Ses enseignements sont d’ailleurs étudiés dans certaines écoles bouddhistes et le Dalaï Lama lui-même a déjà exprimé la grande estime qu’il avait pour l’oeuvre d’Osho.
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