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Interview de Maître Kohrogi-San

Kohrogi-San

Retour à votre originalité

Cet été, du 4 au 6 août, le maître japonais Kohrogi-San revient en France pour un stage « Natsukashi » pour enseigner la voie de la méditation…

Interview réalisée par Champaka YOSHIE

Champaka :
Vous avez de nouvelles idées pour le groupe Natsukashi de cet été. Pouvez-vous nous en parler ?

Kohrogi San :
Ces derniers temps au Japon, on parle de “ Quaria ”. Cela veut dire que notre sensibilité est différente d'une personne à l'autre. Par exemple, quand je regarde une rose rouge, je reconnais bien sûr la couleur rouge. Et vous pouvez aussi voir cette couleur rouge. Mais ma façon de reconnaître le rouge et votre façon de reconnaître le rouge sont différentes.

Ou bien, quand je touche quelque chose de lisse et doux. La façon dont je le ressens est différente de celle dont vous le ressentez. Ceci est très important. Chacun a sa manière propre de sentir les choses. J'aimerais que vous le réalisiez et que vous commenciez à accepter votre propre façon de sentir et ressentir les choses au travers du groupe Natsukashi. À cause de l'éducation et des conditionnements que vous avez eus, vous avez été forcés de « sentir » d'une certaine manière. On a corrigé votre originalité et l'on vous a donné des règles standard. Cet écart a créé inconfort et des difficultés dans votre vie.

Champaka :
Pouvez-vous poursuivre vos explications sur la manière dont notre `Quaria’, notre originalité peut être supprimée par la discipline et l'éducation ?

Kohrogi San :
Pourquoi voulez-vous éduquer votre enfant ? pourquoi voulez-vous le discipliner ?
Parce que vous avez reçu la même chose quand vous étiez enfant. Vous avez envie d'éduquer votre enfant pace que l'enfant est né. Si vous n'avez pas d'enfant, vous ne pouvez rien faire. Vous ne pouvez pas discipliner les enfants des autres. Certaines personnes, appelées "professeurs", croient même qu'elles peuvent et doivent éduquer les enfants. C'est un métier très étrange. Alors, pourquoi un enfant vient-il au monde ? Le but essentiel est de commencer une nouvelle vie. La vie a l'élan de se reformer, de se renouveler elle-même.

Mais, en disciplinant, en éduquant votre enfant, vous lui donnez du vieux. Par exemple, on va vous apprendre à l'école à nommer "rouge" une certaine apparence d'une couleur. Le langage est appris. Il y a différentes nuances de rouge. Certains rouges ressemblent à du sang, d'autres à un coucher de soleil, ou d'autres encore sont un peu plus mandarine. La façon dont vous reconnaissez le rouge est différente d'une personne à l'autre. C'est notre originalité. Mais alors, vous ne pouvez pas être ajusté à la société. Les gens croient qu'en disciplinant et en éduquant votre individualité, votre originalité sera soutenue. Mais en réalité, vous perdez votre originalité dans le processus d'éducation et de discipline. C'est très insidieux.

Pourquoi êtes-vous né en premier lieu ? Afin d'avoir une chance de réaliser votre propre Etre. Vous êtes né physiquement en tant que bébé, mais vous devez naître à nouveau (en tant que votre véritable Etre). Réaliser le fait d'être votre Etre, peut se ressentir dans la vie quotidienne. Quand vous sentez le vent, quand vous sentez le coucher du soleil, pendant votre sommeil, le matin quand vous vous réveillez, quand vous avez faim… Votre manière originale de faire l'expérience de votre vie. En d'autres mots, reconnaître le fait qu'être naturel est le mieux, c'est naître pour la seconde fois.

En général, on vous a dit qu'il vous manque quelque chose. Vous avez besoin de vous souvenir de ceci, d'apprendre cela… Vos parents croient aussi qu'il leur manque quelque chose. Mais vous êtes né pour réaliser que vous êtes déjà plein et accompli. Vous avez été déçu d'avoir besoin d'argent, d'éducation et d'appréciation des autres pour ressentir cette plénitude. Toujours avec la carotte et bâton, "fais un effort, alors tu auras de bons résultats et tu seras plus heureux…".
J'aimerais que vous reconnaissiez Maintenant, ce moment intensément et que Maintenant soit si plein.

Champaka :
Ceci me rappelle qu'en thérapie ou en méditation, j'avais certaines attentes : ressentir comme ceci, éprouver ceci ou devenir comme cela… Et quand je ne faisais pas l'expérience attendue, cela créait un problème.

Kohrogi San :
En ce qui concerne la thérapie et la méditation, certaines personnes peuvent faire l'expérience d'une profonde relaxation et d'autres peuvent ressentir peu de relaxation mais éprouver de très subtiles sensations intérieures. Cette différence est importante. Mais si on commence à se poser des questions sur soi et à se comparer avec les autres, alors on éprouve de l'insécurité. N'est-ce pas ? Cet été, j'aimerais que vous suspendiez vos questions. Laissez simplement vos questions de côté, sans aucun jugement. Quelle que soit votre expérience vécue dans le groupe, il se peut que vous ne puissiez pas avoir de réponses pendant ces trois jours. Alors, vous pouvez simplement rapporter cela à la maison. L'important, c'est votre expérience originale.

Souvent les gens disent que les humains sont des animaux sociaux. Nous appartenons à l'école, ou nous appartenons à une organisation, etc.… Nous nous identifions à l'idée que nous sommez des hommes, des femmes, vieux, jeunes, … Nous adorons appartenir à quelque chose. Mais nous appartenons déjà tous au genre humain. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'appartenir à quoi que ce soit de plus. Quand nous observons plus profondément, nous appartenons à la vie. Nous pouvons vivre un bonheur et une joie immenses (« Ureshii » en japonais). Autrement dit, la vie est « Ureshii » (joie et bonheur). La voie vers « Ureshii » et la manière dont chacun le vit est différente. J'aimerais que vous le ressentiez, selon votre propre façon originale.

Champaka :
Je pense que chacun recherche « Ureshii » consciemment ou inconsciemment. Tout d'abord, nous croyons que nous pouvons atteindre l'état de « Ureshii » en ayant plus d'argent, un meilleur statut ou une maison... Ensuite nous réalisons que ces choses extérieures ne nous donnent pas de réelle satisfaction. Les personnes qui viennent à Natsukashi le savent et recherchent « Ureshii » à l'intérieur. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Kohrogi San :
Je vous ai dit que vous êtes déjà plein et accompli. Les pierres, les fleurs et les plantes, tout ce qui vous entoure attend en silence que vous le réalisiez. Mais, vous cherchez « Ureshii » au mauvais endroit. Vous apportez plus d'attention aux événements exceptionnels ou aux choses inhabituelles de votre vie, pendant que « Ureshii » vous attend dans votre vie ordinaire.

Champaka :
Nous ne pouvons pas sentir cette plénitude dans notre vie ordinaire. Il semble impossible de rester ici maintenant et presser le jus de la vie. Nous ne pouvons apprécier ce que nous avons, là où nous sommes, tel que nous sommes. Nous avons été conditionnés pour devenir quelqu'un et chercher à être heureux autre part, ailleurs. La principale motivation de la vie semble être fondée sur l'ambition. Je pense que la condition primordiale pour sentir la plénitude de la vie est d'être ici et maintenant. Mais nous sommes toujours dans le passé ou dans le futur.

Kohrogi San :
C'est vrai.

Champaka :
Beaucoup d'entre nous ont le sentiment que notre mental agité est l'obstacle pour rester ici et maintenant.

Kohrogi San :
Il y a deux ans, quelqu'un avait posé une question à propos du mental agité.

Champaka :
Oui, et vous l'avez à nouveau mentionné l'année dernière : ne pas essayer de réguler le trafic du mental. Nous le comprenons bien, mais quand nous revenons à notre vie quotidienne, nous retrouvons ce mental toujours aussi agité. Certaines personnes se plaignent de leur puissant mental occupé.

Kohrogi San :
Quand vous dites que votre mental est spécialement fort et puissant, vous en faites un mental particulier. Cela circule vite dans le mental de tout le monde. Mais quand vous voyez quelqu'un de silencieux, vous vous consolez en disant que son mental ne doit pas être si fort, alors que le vôtre est extraordinairement fort. Vous avez décidé que votre mental est incapable d'être contrôlé. En même temps, vous voulez toujours le contrôler avec une aide puissante. Si vous voulez une aide, il vous faut vous abandonner totalement. Comme Maître Shinran (un maître bouddhiste) enseignait à s’abandonner complètement entre les mains de l'existence. Si vous pouvez faire cela, vous allez réaliser que vous êtes absolument choyé par l'existence. En Occident, cela paraît absurde. Et la plupart d'entre vous ne peuvent pas le faire. Vous pouvez penser que vous aller être délaissé, ou que vous ne serez plus personne, si vous suivez un tel conseil.

Vous avez été éduqués à ne pas suivre le courant de la vie. Par exemple, vous vous battez avec votre mental agité. Vous essayez cette thérapie et cette méditation pour améliorer ceci ou cela. Et vous pouvez en avoir marre et vous effondrer en cours de route, mais bien vite vous vous relevez et recommencez à vous battre à nouveau.

Si vous observez ce que vous faites avec un peu de distance, vous allez voir que c'est exactement le déroulement de votre vie. Vous êtes en train de suivre le courant de la vie. Évidemment, votre vie devient un courant rapide dans ce cas. Quand je parle du courant de la vie, je parle d'un courant beaucoup plus lent, plus calme d'une immense rivière. Vous y flottez tout simplement.

Imaginez : vous nagez dans la rivière et soudain vous avez une crampe à la jambe et au bras. Quand vous paniquez et essayez de faire quelque chose, alors vous avez une autre crampe dans votre ventre. J'ai vécu une fois cette expérience. Si vous continuez à vous battre contre les crampes, alors tout votre corps devient tétanisé et vous allez mourir. Mais si vous vous relaxez tout simplement et flottez dans la rivière, sans rien faire d'autre que d'observer la douleur, alors la crampe va disparaître en 5 à 10 secondes. C'est la même chose avec votre mental. Si vous commencez à lutter contre votre mental, alors vous allez avoir plus de crampes, et si vous continuez à vous battre (car vous ne voulez pas perdre votre bataille), vous allez devenir un gros morceau de mental.

Revenons à l'originalité – chacun est unique et original. Vous pouvez l'apprécier encore plus. Mais, cela peut paraître trop ordinaire pour que vous l'appréciez. Vous pouvez me demander: "qu'est-ce que j'apprécie à propos de moi-même ? ou "je ne peux voir aucune évolution ou progrès en moi ". Vous avez l'habitude de reconnaître votre originalité comme ceci.

Tout d'abord, vous accomplissez quelque chose, vous regardez autour de vous et vous vous comparez, et ensuite vous pouvez reconnaître que vous êtes supérieur à d'autres; vous ressentez votre originalité. Vous jugez votre propre mental également. Ce mental est hésitant, mal! Ce mental est stable, bien! À nouveau, vous créez une pyramide. Après tout, je ne peux pas être vraiment en paix, à moins que tout le monde ne devienne pacifié. Quand je deviens pacifié, silencieux, c'est naturel que je veuille que tout le monde éprouve cette paix. Tous ceux qui y sont arrivés voulaient la même chose. Comme ce processus peut être ardu et que vous voyez beaucoup de personnes s'acharner sans y parvenir, vous pouvez les juger en disant : ceci n'est pas pour les idiots. À nouveau, vous créez une pyramide. Le mental est bruyant. C'est sa nature.

Je me souviens : j'ai travaillé dans un café. Pendant le travail, je choisissais mon programme de rock et de pop music préféré à la radio. Et je l'écoutais un peu plus fort pour apprécier la musique. Les clients sont alors arrivés. Ils venaient au café pour parler de leurs affaires ou discuter. Naturellement, ils ont commencé à parler d'une voix plus forte, puisque la musique était forte. Alors, je ne pouvais pas bien écouter la musique et j'ai monté le son. Ensuite, les clients se mirent à parler encore plus fort. Ainsi la musique et les voix sont devenues de plus en plus fortes. Finalement, on avait l'impression que les clients se criaient dessus.

De la même manière, si nous commençons à lutter contre le mental, le mental est content de devenir le centre de votre attention. Comme je vous l'ai dit auparavant, laissez simplement le mental passer. Laissez le mental participer. Votre mental aussi veut participer à votre vie. Vous l'accueillez. Et le karma va commencer à se dissoudre, car il n'est pas repoussé. C'est comme quand on a à faire avec un petit enfant. Vous commencez souvent par donner des ordres et essayer de contrôler. "Ne fais pas ceci. Combien de fois dois-je répéter la même chose". Vous êtes pris dans une lutte pour contrôler l'enfant. Mais si vous comprenez la situation plus profondément, vous remarquez votre erreur.

Premièrement vous n'avez pas compris le besoin de l'enfant correctement. C'est pourquoi, il l'exprime de cette manière. Si vous pouvez laisser toute chose (y compris votre mental) participer à votre vie - vos traumatismes, vos souvenirs difficiles, vos émotions vont être harmonisées et assimilées dans ce monde avec joie. Sans vivre cette expérience, on ne peut pas avoir de compassion pour les autres. Imaginez que quelqu'un naisse avec un mental silencieux et qu'il soit simplement silencieux. Il ne pourra jamais comprendre la difficulté des autres personnes.

Quand vous participez au groupe Natsukashi, vous vivez une expérience de silence et de joie. Cela peut durer encore pendant quelques temps après le groupe. Ensuite, vous éprouvez à nouveau votre mental agité. Beaucoup d'entre vous peuvent avoir vécu cette expérience et avoir eu des difficultés à l'accepter. Je vous recommande de le prendre légèrement : quand cela arrive, dites vous que c'est un jour actif pour le mental. Laissez le participer. Le mental va revenir encore et encore, d'une manière ou d'une autre. Notre corps physique est un media pour que l'esprit s'exprime. Une attitude de lutte envers le mental crée des tensions en vous.

Champaka :
Pouvez-vous parler des méditations de Mu cette année ? c'était très puissant et intense l'année dernière.

Kohrogi San :
Je vais introduire des méditations avancées de Mu cette année. Je ne sais pas si "avancé" est le bon terme. Vous allez avoir une expérience plus claire à travers les méditations de Mu. Cela sera plus simple également.


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