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Au nom du père, ou non au père

Géraldyne Prévot

Les changements de prénom, les changements de nom sont parfois symptomatiques d'un mal être. Ils peuvent aussi être le seul moyen de se construire, de devenir réellement soi.

Cherche Papa désespérément
C'est au bout d'une dizaine de séance que Claire m'apprend que son prénom de naissance est Sophie. Fille unique, elle est élevée dans un milieu hautement bourgeois par une mère anxieuse et un père absent pour raison professionnelle.

Après avoir rencontré de légères difficultés dans son couple et une longue période de chômage, Claire se consacre aujourd'hui pleinement à son travail. Trop : de retour chez elle aux alentours de 22heures, stressée, tendue, en quête de reconnaissance, elle veut se prouver à elle même qu'elle vaut quelque chose. Ce poste n'est pourtant qu'un CDD mais décroché grâce à son père.

Revenons au changement de prénom. Claire n'aime pas son prénom de naissance : Sophie. Elle ne le trouve ni rond, ni lumineux et accueillant.
Mais ce prénom, Claire, est celui de sa mère ! C'est là que tout prend du sens, surtout si on l'envisage sous l'angle oedipien. Claire, la fille, anciennement Sophie, ne souhaite-t-elle pas inconsciemment prendre la place de Claire la mère pour se rapprocher de son papa ? D'autant qu'elle porte le nom de son père, il y a donc deux Claire Dumont. Claire « fille » devient le petite femme de papa, rêve de toutes petites filles en pleine crise oedipienne.

Sophie est devenue Claire depuis presque vingt ans et a construit sa personnalité sur cette nouvelle identité. Pour elle cela n'a rien a voir avec papa ou maman. Cependant les conflits subsistent entre elle et sa mère. Claire « mère » continue à appeler sa fille Sophie : comment interprète-t-elle ce changement, cette volonté de prendre un autre prénom et surtout le sien ? Le père, lui, prend cela pour une lubie de sa fille.

Claire « fille », s'étant structurée sur cette nouvelle identité, elle gardera toujours ce prénom. Mais pour se libérer et dépasser les blocages présents dans sa vie, il sera nécessaire qu'elle prenne conscience de cet amour oedipien pour papa et qu'elle en fasse le deuil afin de devenir réellement une femme, et non une copie de sa mère. Ainsi elle trouvera un positionnement sain professionnellement et dans sa vie de couple.

Le non au père

Agnès, elle, a décidé de porter le nom du père et le nom de la mère. Ses parents étant divorcés, sa mère a donc repris l'usage de son nom de jeune fille. Agnès a 18 ans lorsqu'elle décide de porter les deux noms et d'apposer le nom maternel en premier. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui son identité professionnelle est le nom de la lignée maternelle.

Est-ce pour s'unir à la mère ? Nostalgique de la période fusionnelle de sa vie de bébé ? Peut-être, mais c'est surtout pour se rapprocher du grand-père maternel qu'elle a tant aimé (d'autant que c'était son unique grand-père ne connaissant pas le grand-père paternel).

Elle a abandonné le nom du père : inconsciemment elle a rejeté le père s'étant sentie rejetée par lui au moment du divorce.
Mais 20 ans plus tard, la thérapie ayant fait son oeuvre ainsi que la maturité, Agnès a repris l'usage du nom du père, en second certes mais repris tout de même.

La relation avec son père s'est peu à peu améliorée, la communication s'est rétablie entre eux accompagnée d'une nouvelle complicité.

Certaines femmes sont ravies de se marier et notamment de changer de nom afin de quitter une famille conflictuelle. Elles accueillent cela comme une nouvelle vie, elles se sentent une nouvelle femme. D'autres deviennent épouse comme si elles prolongeaient la relation père-fille ; le mari remplaçant le père. Protecteur, décisionnaire, un peu autoritaire et parfois plus âgés.

Par contre si l'oedipe est bel et bien achevé, les jeunes mariées vivront ce changement comme une étape vers l'épanouissement. La relation avec le mari sera alors plus équilibrée : prise de décision en commun, soutient apporté à tour de rôle, ect.
Nom du père, nom de la mère. Nom qui, indéniablement, nous lie à une lignée. Nom qui nous nomme, qui nous donne une identité, une place dans la société familiale, dans la Société tout court.

Le nom que nous portons en dit long sur notre histoire et peut parfois être un « non » au père.

Géraldyne Prévot
Conseil en développement Personnel
Psychothérapeute
Praticien certifié en Hypnose Ericksoniènne et en P.N.L
Son site web

Geraldyne Prevot


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