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Les limites de la méditation Vipassana
pour l’homme et la femme d’aujourd’hui ?

dessin de Deepa

Pour voir les instructions sur la méditation Vipassana, cliquez ici

Dans le passé, la méditation bouddhiste Vipassana pouvait suffire ; en observant le mental silencieusement, la méditation se produisait. Pour les hommes et les femmes des époques anciennes, particulièrement en Orient, ce n'était pas si compliqué de se relaxer, le rythme de vie était naturel, mais aujourd'hui, la mentalité occidentale s'est propagée dans le monde entier. Et observer le mental n'est plus un travail facile. Notre mental est aujourd'hui encombré, il est rempli de « saletés et de détritus » et observer le mental peut vous rendre littéralement fou ! Si vous êtes novice dans la méditation, si vous fermez les yeux, vous aurez l'impression d'observer un mauvais film de série B qui n'a aucune fin ! Et cela peut-être très perturbant !

C'est pour cette raison que dans les cas où vous auriez des difficultés avec la méditation Vipassana, je vous recommande d'essayer des techniques de méditation plus actives, qui incluent soit de la danse, soit de la catharsis (expression des émotions) ou encore d'autres types de phases pour pouvoir se débarrasser du gros de la poubelle du mental avant de l'observer. Ou encore, il peut-être judicieux de travailler sur d'autres domaines : votre alimentation (par la phytothérapie par exemple), sur votre corps (massage, soins holistiques, médecines douces), sur vos blessures intérieures (thérapie primale), sur votre famille (constellation familiale), sur votre stress quotidien (méditations actives)... etc.

Bien sûr, vous l'aurez compris, tout ceci est une contradiction. D'un côté, la méditation est simplement de la vigilance, de l'observation sans effort. En théorie, elle ne nécessite aucune méthode, aucun ajout. Vipassana est parfaite, c'est l'essence de toutes les méditations. Mais, de l'autre côté, notre mental est aujourd'hui tellement stressé, compliqué, rempli d'inhibitions et de connaissance intellectuelle, qu'il faut des techniques pour nous couper des rêves, du passé, du stress et nous ramener dans l'Ici et le Maintenant. Cela ne se fait plus automatiquement.
Pour beaucoup de gens, Vipassana ne peut pas suffire, elle peut même être dangereuse. Bien sûr, elle plaît, elle attire. Mais elle attire surtout notre ego. Il faut faire très attention car elle peut être négative. Surtout, si vous n'avez pas fait de travail thérapeutique sur vous-même ou encore si vous êtes nouveau dans la méditation.

Beaucoup de personnes verront en faisant Vipassana qu'ils s'endorment presque systématiquement, qu'est-ce que cela signifie ?
Comme c'est une méditation silencieuse où on se relaxe, le mental reçoit le message que c'est le moment de s'endormir. C'est ce qu'il connaît. Mais, le problème, c'est que Vipassana, ce n'est pas dormir, c'est la vigilance. Et du coup, on passe facilement à côté de la méditation. La pratique de Vipassana est difficile parce que le flux incessant de nos pensées nous envahit avec encore plus de force qu'à l'accoutumé (surtout au début). Une autre difficulté qui se manifeste plus tard est une léthargie sans contenu mental que plusieurs peuvent confondre avec la paix intérieure alors qu'il s'agit de découvrir un état d'éveil lucide, pétillant et spontané. Avec les méditations actives, vous ne vous endormez pas, vous vous relaxez mais vous restez conscient. En bougeant, votre corps, en bougeant votre énergie, vous vous apercevez que vous avez plein d'énergie. Vous êtes alors encore plus vivant, plus créatif, plus actif.

Un autre point : en faisant Vipassana, des internautes écrivent à la rédaction de meditationfrance pour dire qu'ils passent à travers des dépressions ou de phases sans énergie ou qu’ils ressentent certaines tensions. Ce n'est pas étonnant, Vipassana peut vite se transformer en quelque chose de négatif. Le mental et l'ego modernes sont tellement puissants qu'ils peuvent nous submerger, ils peuvent nous illusionner avec Vipassana que nous sommes maîtres de nous-mêmes. La méditation peut devenir une forme de concentration, d'introspection ou de contemplation sérieuse. On peut commencer à devenir un fanatique de la pleine conscience, un « control freak » comme on dit en anglais. Donc, là aussi, il faut être vigilant. Si vous vous sentez bien avec Vipassana, plus calme, plus joyeux, aucun problème, vous êtes sur la bonne voie. Vipassana est alors pour vous un plaisir : s'asseoir - ne rien faire - juste être simplement - revenir vers son centre en utilisant l'observation. La méditation, c'est juste la cessation du mental. Quand on est bien, c'est que le mental n'est pas là. Mais si vous ne vous sentez pas très bien, alors, sachez qu'il faut arrêter cette technique et faire à la place des techniques différentes et commencer d'abord à faire ce que j'appellerais un nettoyage énergétique et thérapeutique.

Bonne médit' ! Emmanuel Moulin

Pour me contacter : redaction@meditationfrance.com

Voyez la page des méditations du site

Petite mise au point: J'ai reçu des critiques pour cet article, certains lecteurs trouvant très regrettable que je parlais de "dangers " pour Vipassana au risque de décourager des personnes qui la pratiquent ou qui voudraient la pratiquer.
Je voudrais être clair: il ne s'agit pas d'attaquer cette méditation, il est d'ailleurs écrit sur le site en page vipassana " c'est l'essence de toutes les méditations".
Simplement, selon mon expérience, il ne me semble pas facile pour la plupart des gens de notre époque d'utiliser d'emblée cette méditation sans "déblayer le terrain". Si vous la faites et qu'avec cette pratique vous vous sentez plus vivant, plus alerte, plus présent alors c'est très bien. Mais si vous sentez quelques-uns des symptômes dont je parle alors essayez les pistes que je donne. D'ailleurs ceci serait valable pour n'importe qu'elle autre méditation ou même activité : est-ce que ceci m'ouvre à moi même, aux autres, à la vie, au présent? Si oui c'est bon, sinon alors il faut regarder autrement.
Ce n'est pas facile de sentir réellement tout ceci parce qu'en plus, cela ne veut pas dire que tout est tranquille et facile et que la méditation serait forcément un "bon moment où l'on flotterait dans un espèce de nirvana super cool". Non. Des émotions ou des humeurs pas forcément agréables vont sans doute remonter. Cela peut même être difficile mais est-ce que le bilan de tout ça " va vers l'ouverture"? Ne pas refuser la difficulté mais ne pas non plus s'enfermer dans une impasse. (l'ego sait bien faire cela : combattre et faire du sur place... vous voyez ce que je veux dire?...en tout cas, moi je le vois pour moi...).
Puisque cet article a soulevé un débat, n'hésitez à nous envoyer votre témoignage.
Et si Vipassana vous va, continuez...

Commentaires que nous recevons suite à cet article :

reçu le 26 avril 2017
Bonjour, Je viens de finir mes 10 jours à Vipassana et honnêtement je suis d’accord avec vous, cette technique est peut être bonne pour ceux qui ne se posent pas trop de questions et qui acceptent facilement la discipline. Mais pour quelqu’un qui se questionne un peu et qui n’a pas la foi ce n’est pas évident. Dans mon cas les 500 mètres de boisé à coté m’ont permis de tenir les 10 jours mais je n’ai pas été capable de rester assise sur mon derrière pendant 10 heures comme ils le demandaient. Dans le bois, j’ai beaucoup marché, je me suis beaucoup parlée à moi-même et j’étais heureuse avec les bruits des oiseaux et des petits animaux en observant les changements de la nature faute d’observer ceux de mon corps, « anicha » quand même. La salle de méditation et le compartiment cloisonné sans fenêtres qui m’a été assigné comme chambre étaient étouffantes et il était une torture pour moi d’y rester. J’ai quand même participé à toutes les méditations de groupe et j’ai fait des petits buts des méditations individuelles.
J’ai observé quand même quelques bienfaits après avoir subi tout cela. Sont-ils durables? Sont-ils réels? C’est à se demander si on ne peut obtenir le même résultat avec quelque chose de moins exigeant. En tout cas, pour moi, la technique n’a pas encore fait ses preuves et rien ne me garantit qu’elle soit la bonne technique. Après tout, dans les discours on n’arrêtais pas de nous répéter que Bouda a passé sa vie sous un arbre et personnellement je me concentre plus facilement dans la nature que dans une salle remplie de gens et leurs bruits corporels même s’ils ne parlent pas. Alors la question que je ne peux pas poser à M. Goenka serait : Si Bouddha était toujours dans la nature et que Vipassana c’est « la » technique bouddhiste, pourquoi ils nous tiennent enfermés?
Voici le fond de ma pensée
Claudia, PhD

reçu le 13 décembre 2016
Bonjour, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article sur les limites de la méditation Vipassana! Il a répondu à pas mal de mes questions. je trouve qu'avec la méditation allant dans le "mainstream" il est difficile de trouver les informations utiles, surtout si l'on rencontre des problèmes avec la méditation. Votre article est un des rares articles qui en parte ouvertement.
Moi même j'ai pratiqué le tai-chi pendant les années , j'ai fait des retraites et je me suis sentie bien et épanouie! J'ai décidé alors d'essayer la retraite de méditation Vipassana de 10 jours. Au début ça allait bien mais le 7ème jour j'ai commencé de sentir énormément de tensions dans tout le corps, les tremblements et mouvements involontaires, ainsi que plein d'émotions très fortes (peur, confusion). je ne me suis jamais sentie si mal dans ma vie! l'enseignant de la méditation me disait de continuer, en m'assurant que cela allait passer après la retraite. or, après 1 an ça continue toujours! c'est vrai les émotions se sont calmées entre temps (même si je me sens toujours un peu plus "fragile"), mais mon corps continue à trembler (ou plutôt certaines parties du corps), ce qui me gêne parfois dans ma vie quotidienne. J'ai arrêté la méditation après la retraite car je sentais que cela augmentait tout ces symptômes. J'ai commencé à pratiquer la dance libre qui me fait du bien. D'où ma question, comment gérer les "effets" de la retraite de méditation comme ça, surtout quand cela persiste? Est-ce que les tremblements du corps vont se calmer un jour? j'ai du mal à retrouver mon état antérieur de bien être... où trouver les conseils?
merci d'avance, amicalement,
Ana (Bruxelles)

reçu le 19 octobre 2016
Bonjour, j'ai lu un de vos articles sur le site méditation France concernant la méditation Vipassana et ses limites.
J'ai découvert la méditation de pleine conscience il y a environ 5 mois à travers un livre.
Pendant des années j'ai pratiqué une méthode personnelle de relaxation qui était un mix d'expériences que j'avais vécu , training autogène, relaxation de yoga , séances de rebirth et j'ai aussi suivi une psychanalyse pendant de nombreuses années.
A la suite d'une accumulation d’événements stressants depuis 2 ans , ma technique de relaxation ne m'apportait plus la détente , alors je me suis intéressé à des techniques comme l'hypnose puis j'ai découvert ​​ la méditation de pleine conscience à travers un livre des Nuls . J'habite une région ou il n'existe pas de stage sur la méditation et je me suis lancé seul.
La 1ère séance de méditation a été assez époustouflante en appliquant seulement la concentration sur le souffle et l'observation . j'ai retrouvé mon calme et en même temps l'impression de vie intense en moi et autour de moi, d'une fusion avec l'univers. Je dirais la grande claque, et je me suis retrouvé par la suite plein d'énergie mais en même temps un peu inquiet par les changements que cette méditation me laissait entrevoir. j'avais l'impression d'avoir accès enfin à une complétude , de m'être trouvé, je dirai même une phrase qui m'est revenue souvent: bienvenu chez moi.
Le 1er mois les quelques phobies récalcitrantes qui m'avaient titillées durant ma psychanalyse se sont pratiquement volatilisées. J'ai retrouvé un plaisir intense avec ma femme et durant 2 mois j'ai eu une grande forme physique et mentale et tout était plus beau qu'à l'ordinaire. J'ai lu plusieurs articles consacrés à cette technique et sur laquelle il est fait de nombreux éloges et bénéfices.Et je n'étais pas avare d'en faire moi aussi autour de moi.
Les situations stressantes étaient toujours là , mais elles ne m'atteignaient plus de la même façon, un peu comme si elles passaient à travers un filtre de détente.
Habitué à ma relaxation, j'ai pratiqué la méditation allongé sur mon lit 2 fois par jour, une fois le matin ou j'ai grignoté sur mon sommeil durant 45 mn à 1 heure, puis l'après midi durant aussi 45 mn à une heure.
Puis courant l'été une personne de ma famille est venue passée ses vacances chez nous comme tous les ans et un vieux conflit familial récurant a refait surface.
J'ai pensé que la méditation allait enfin m'apporter une solution.
En plus des 2 séances, il m'arrivait de me réveiller la nuit et de partir presque automatiquement en méditation.
Je dirai que la méditation m'a permis d'aborder plus facilement ce conflit avec les personnes concernées et même si le conflit n'est pas réglé on a pu en discuter ce qui n'avait jamais été le cas auparavant , ou j'avais le plus grand mal à en parler.
Toutefois à partir de cette période, les méditations sont devenues un peu plus compliquées, et bien souvent je perdais la notion du temps et les méditations me laissaient plus une impression de rêve éveillé que d'hyper lucidité que j'avais ressenti avant.
La personne source de ce conflit est repartie, ses vacances finies et je me suis retrouvé avec une impression de lassitude.
La méditation , même si je me sentais plus calme n'avait plus le même effet puissant que les 2 premiers mois.
Puis j'ai traversé une période de fatigue sur laquelle s'est greffé un zona qui a durée un mois et qui s'est enchainé avec des vertiges causés par des cristaux dans l'oreille interne.
J'étais plutôt dubitatif car lorsqu'il est question de méditation de pleine conscience il est toujours fait part de sa faculté à augmenter les défenses du système immunitaire et je sais que le zona se développe lors d'un moment de baisse immunitaire.
Je me suis dit que j'en avais trop fait et depuis quelques jours du coup j'ai une certaine appréhension à méditer et j'ai réduit à une seule séance d'une heure par jour.
j'ai l'impression que la technique n'est pas si anodine que l'on veut la présenter et en même temps je serai très déçu de l'abandonner.
Voilà , si vous avez un avis à me communiquer. Bien cordialement.
Jean Paul

reçu le 27 juin 2016
Merci pour cette page de mise en garde, je la trouve très utile, c'est rare qqn qui parle de cette façon d'une pratique qu'il trouve lui-même excellente, ça fait du bien de ne pas être, pour une fois, dans le monde de la pub
ne changez surtout pas cette page elle est parfaite! elle donne envie ET de faire du vipassana ET de pratiquer d'autres choses comme vous le conseillez..............bravo!
Helene

reçu le 05 sept. 2015
Bonjour, Je viens de vous lire.
Je rentre d'un séjour de 10 jours où j'ai pratiqué la méditation plusieurs heures par jour où le noble silence était requis.
Ca n'a pas été forcément une expérience des plus agréables mais intéressante.
Méditer à Champignelles m'a semblé "plus facile".
Il a été conseillé de méditer 2heures/jour. J'essaie et j'ai énormément de mal avec un mal-être qui s'installe et je culpabilise de cet état.
Vous lire va me faire réfléchir. Je vous remercie.
Bien à vous,
Virginie

reçu le 18 mai 2011
Bonjour, je souhaite vous adresser un grand merci pour l'article que vous avez écrit sur les limites de la méditation vipassana. C'est même un grand soulagement pour moi que de le lire: depuis des années, j'ai cherché à pratiquer cette médiation. Habitant dans un endroit assez isolé, je suis toujours partie de livres "expliquant" la pratique de la méditation et n'ai jamais pratiqué en groupe. J'ai tenté à de nombreuse reprises de méditer de cette manière mais je n'ai eu que des désagréments. C'était parfois violent, fatigant, angoissant. J'ai eu aussi l'impression de devenir folle. J'essayais pendant plusieurs semaines, plusieurs mois et puis je finissais par abandonner tristement. Et je recommençais l'année suivante. Intuitivement, je comprenais que quelque chose ne collait pas avec cette méditation mais je ne voyais pas comment faire autrement. A la lecture de votre article, je comprends que cette voie n'est pas la mienne et que d'autres chemins sont possibles. Les méditations actives sont bien plus adaptée à mon tempérament et je suis heureuse de faire cette découverte.
Alors, je vous remercie infiniment.
Hélène Géhin


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