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Interview de Lee Lozowick sur la relation maître- disciple

Lee Lozowick

A cœur ouvert, Lee Lozowick, disciple de Yogi Ramsuratkumar et représentant de la tradition Bâule en Occident, nous parle ici du chemin spirituel et du rôle du maître authentique.

Avons-nous besoin d'un maître spirituel ?

Mon maître est mort l'année dernière et je n'en ai pas trouvé d'autre. Pour moi, mon maître est toujours vivant. Une chose à considérer, c'est que j'ai passé 27 ans auprès de mon maître, et que pendant toutes ces années, j'ai eu le temps d'apprendre à faire la différence entre ce qui venait de lui et ce qui venait de mon propre mental.
Ce point est fondamental. Je ne suis pas très optimiste quand à la capacité qu'a l'être humain de faire preuve de discernement. Notre ego est tellement complexe et sophistiqué qu'il peut nous convaincre de n'importe quoi. J'avais l'habitude d'être cynique face à la condition humaine…mais pas autant qu'aujourd'hui.

Comment savoir si un maître a de l'intégrité ?

Il n'a pas d'autre vie que celle du Travail. Une fois franchie la ligne de démarcation, on ne peut plus rester centré sur soi même. L'ego n'est pas écrasé, brisé, tué. L'ego est tourné au service du divin, il n'est plus tourné exclusivement au service du soi séparateur.

Les soufis disent qu'il existe trois types d'élèves, et que chaque type a ses motivations propres.
Le premier type d'élève part du principe que l'instructeur possède certaines informations et peut les lui transmettre. Il entre en relation avec l'instructeur pour obtenir ces informations. Il réalise rapidement que l'instructeur ne sait pas tout, il se sent déçu tout, se met à le critiquer, devient agressif, et finit par partir à la recherche d'un autre instructeur qui, lui, saura tout. Ce type d'élève n'est jamais satisfait.

Le deuxième type d'élève entre en relation avec l'instructeur car celui-ci répond à l'image qu'il se fait d'un instructeur authentique. Mais, tôt ou tard, l'instructeur fera quelque chose qui ne correspondra pas tout à fait à l'image de l'élève.
Celui-ci sera déçu et partira, cherchera un autre instructeur qui correspond mieux à son image. Ce type d'élève n'est jamais satisfait.

Le troisième type d'élève entre en relation avec un instructeur parce qu'il veut la vérité. Il refuse de laisser quoi que ce soit créer un doute dans son esprit ou faire obstacle à la vérité. Même le manque de foi de son instructeur n'influencera pas la foi de l'élève. Ces élèves sont satisfaits dès le début, et ils le restent.

Question : Une certaine dimension de nous-même possède une intelligence divine. Il y a d'autres dimensions en nous prêtes à nous emmener en enfer. Comment faire la différence entre les dimensions subjectives et objectives ?

bouddhaLa différence, c'est le maître vivant. Mais, c'est le boulot de l'élève de surpasser le maître. Ce que le maître veut pour chacun de ses disciples, c'est qu'ils soient complètement indépendants de lui. Une indépendance parfaite équivaut à l'union à Dieu.

Le disciple doit donc découvrir le véritable guide intérieur. Sinon, il dépendra du maître pour les compliments que celui-ci lui fait, la sécurité qu'il représente. Nous devons finir par quitter le maître tout comme nos enfants finissent par quitter la maison familiale. La relation avec le maître ne se termine pas. Elle ne peut pas se terminer. Le maître reste le maître, et en même temps, c'est notre boulot de devenir complètement indépendant du maître.

Il y a quatre type d'instructeurs.

Le premier type d'instructeur est le seul authentique. Ce type d'instructeur peut offrir ce qu'un véritable instructeur est censé offrir.

Le deuxième type est quelqu'un de bien. Ce type d'instructeur fait preuve d'une solide intégrité dans toutes ses relations. Il essaie honnêtement d'aider les gens. Il s'imagine être beaucoup plus avancé qu'il ne l'est en réalité. Il est sincère, mais n'a pas les compétences requises pour réellement faire de ses élèves des disciples.

Le troisième type d'instructeur, le plus courant, est tellement inconscient des motivations négatives qui l'animent que même lorsqu'il pense avoir de l'intégrité et aider les gens, il les manipule, en fait, inconsciemment, et essaie de leur imposer son pouvoir.

Le quatrième type d'instructeur - assez rare - ment intentionnellement, trompe les gens, les vole, les manipule.

Il y a deux façons de trouver un maître. La première est de nous mettre à en chercher un.
Nous avons fait un certain travail sur nous-même, et nous réalisons que nous avons besoin d'un guide. La deuxième est d'en rencontrer un à l'improviste. Nous cherchons autre chose.
Nous restons stupéfaits : chaque mot qui sort de sa bouche résonne en nous complètement.
C'est fou, mais nous avons le sentiment d'avoir attendu cette rencontre depuis toujours.
Notre mental nous crie : " Non ! Non ! S'il te plaît, ne ressens pas cela ! "
Mais nous ne pouvons pas nous empêcher.

Tout maître cherche une chose et une seule chose : des disciples. Malheureusement ce qu'il trouve, ce sont des élèves. Les disciples sont plutôt rares. De temps en temps, comme par magie, un élève se transforme en disciple. Un jour c'est un élève, le jour suivant c'est un disciple ! Si vous êtes déjà un bon disciple, le maître vous trouvera. Lorsque l'élève est prêt, le maître apparaît. Il est vrai également que lorsque le maître est prêt, l'élève apparaît. La relation maître-disciple est une relation de complète réciprocité.

Question : Qu'est-ce que cela veut dire que d'être un bon disciple ?

Cela veut dire tenir ses promesses. Ne vous engagez pas à faire quelque chose si vous ne pouvez pas le mener à bien. Soyez capable d'agir rapidement. Soyez capable de vous réduire ou de vous élargir rapidement selon de ce que les circonstances demandent.
Lorsque vous faîtes une erreur, n'essayez pas de la réparer. Dans la plupart des cas, lorsqu'on nous essayons de réparer nos erreurs, nous ne faisons qu'empirer les choses. Ne tirez pas des conclusions soudaines. Au lieu de tirer des conclusions sur le maître, contentez-vous de lui demander ce qui se passe dans cette tête-là !
Avant de tirer des conclusions que vous avez en compagnie du maître, assurez-vous de la justesse de vos perceptions. Développez votre pouvoir de discernement. Les gens pensent que les élèves qui sont proches de moi parlent en mon nom. Ils leur posent des questions à eux au lieu de me les poser à moi. De nombreux maîtres passent la moitié de leur temps à s'assurer que les erreurs de leurs élèves ne posent pas trop de dégâts. Ce n'est pas parce qu'un maître éprouve beaucoup d'estime et de respect pour quelqu'un que cette personne sait toujours faire la différence entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas.
Comment arriver à développer la discrimination nécessaire ? Acceptez de tirer les leçons de vos expériences. C'est aussi simple que cela.


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