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Interview exclusif de Rakendra

ex cadre à Air France qui un jour a tout quitté pour mieux se consacrer à son cheminement personnel et qui aujourd'hui est devenu directeur de communication d'un des plus grand centre de croissance spirituelle au monde, le Club méditation Osho situé en Inde à 180 km de Bombay.

Meditationfrance : Comment êtes-vous arrivé dans ce lieu?

afRakendra: Je travaillais à Air France mais je voulais arrêter et passer à autre chose car c'était trop éreintant. Et puis, un jour, j'ai arrêté, j'ai dû lâcher un salaire important, ce n'étais pas évident... mais c'était impossible de continuer. J'étais en conflit entre l'acteur dans mon travail et moi même, et j'avais besoin de prendre du temps pour moi.
J'ai du faire face aux collègues de travail, au jugement de la société, aux peurs de ma famille... et j'ai dû faire face à tout cela et à garder la barre...
Et aujourd'hui, je sens que c'était le bon choix...
C'est en venant ici que j'ai eu la force intérieure... j'ai reçu le nom de Rakendra... " pleine lune d'amour "... et souvent je regardais justement la pleine lune... cela m'a soutenu...
Au départ j'avais un problème avec le financement de ce lieu... puis, un jour, on m'a proposé de m'occuper des finances du lieu... c'est un joli clin d'œil... et depuis, je travaille dans la direction de ce centre de méditation.
Manager ce lieu, c'est comme manager une petite ville... avec la différence, qu'il y a des va-et-vient de personnes et de tous les pays !

MF : Ce centre de méditation ne ressemble pas à un ashram indien " traditionnel ", il ressemble plus à une forme de " Club Med spirituel ", pouvez - nous en parler un peu plus ?

la piscineR : Absolument... ce n'est pas du tout un ashram traditionnel, c'est un véritable paradis de verdure, il y a des arbres exotiques, une piscine superbe, des restos bio et végétariens japonais, italien, indiens, des terrains de tennis, de volley ball, un Dojo pour les arts martiaux, une salle de remise en forme, des dizaines de salles pour les thérapies, pour les médecines douces, les ateliers de créativité (peinture, sculpture, poterie... ), une salle de cinéma, des espaces pour le théâtre, plusieurs espaces pour la méditation, des fontaines japonaises, un parc écologique et des chambres d'hôtes...
Bref, c'est un lieu hors du commun où on peut commencer ou approfondir sa connaissance de soi, sa recherche spirituelle... je ne connais personnellement aucun autre lieu de ce type où environ 7000 personnes viennent chaque jour participer à tant d'activités pour se libérer du mental !

MF : Quel type de personnes vient ici ?

R : Il y a plusieurs aspects. Les gens viennent par curiosité... .ils ont entendu parler de ce lieu hors du commun et veulent savoir ce que c'est... et en même temps, il y a eu un désir de développement personnel et de croissance spirituelle... les gens savent qu'il y a eu un maître, Osho et qu'il est mort... et les gens veulent aujourd'hui découvrir sa vision moderne de la méditation.

MF : Pouvez-vous nous parler de cette vision ?

MéditerR : Ici, on propose des méditations actives et des stages de thérapie pour aller en soi.
Avant de pouvoir entrer dans l'état de méditation, il faut vider ce qui encombre la tête... c'est ce qui fait la spécificité de ce lieu... c'est en cela bien différent de toutes les voies traditionnelles soufies, chrétiennes ou même bouddhistes.

MF : En lisant Osho, celui qui a inspiré ce lieu, on comprend qu'il attaque toutes les grandes religions et les systèmes politiques... pourquoi ?

R : Pour lui, toutes les croyances et les habitudes qui viennent d'une institution ou des autres sont à remettre en cause... elles nous enferment. Que ce soit un enferment politique religieux ou de comportement familial peu importe... pour Osho, seule notre expérience fait foi et l'individu est ce qui est le plus important... et de là viennent la responsabilité et la liberté !
Ce lieu est un incroyable soutien pour le dé-conditionnement de l'individu, pour perdre son masque, ses croyances, ses schémas inconscients... pour revenir à son visage originel, à ce que nous sommes réellement... nous sommes trop souvent devenus ce que les autres ont voulu faire de nous... ici, la méditation nous reconnecte à notre être profond !

MF : Quels sont les enfermements, les conditionnements aujourd'hui ?

R : Toujours les mêmes ! Les egos des nations sont toujours là, les religions sont toujours dans l'inconscient... le sexualité s'est peut-être libérée mais en fait pas réellement... la pornographie, le sexe sans amour sont une réaction et n'amèneront jamais le bonheur !
Les gens sont pris dans les histoires de famille, dans le stress de la vie moderne... aujourd'hui, il y a un vrai conflit entre l'individu et l'environnement économique !
Les entreprises marchent au rendement... aujourd'hui, on produit pour produire et non pour répondre à une demande ! Mais l'individu, lui ne marche pas au rendement il a besoin d'amour, de joie de vivre, de se sentir créatif, aimé et respecté !

MF : Et le problème central n'est-il pas le fait que nous apprenons tous à créer notre personnalité, notre ego ?

R : Oui, tout à fait, il faut savoir développer son monde intérieur, se connecter à son être profond mais cela ne va pas forcément avec les goûts du jour, avec les lois, avec ce que les gens pensent !
Il faut apprendre à être soi même, à aller au de là des peurs du rejet des autres et en cela, ce centre de méditation permet de prendre confiance en soi et de vivre plus libéré et plus en accord avec soi-même !

MF : La plupart des gens viennent combien de temps ?

R : De 2 jours à 10 ans (rire... )... il y a tous les cas... mais la plupart viennent pour 1 mois environ.

MF : Il n'y a jamais eu beaucoup de français ici, comment expliquez vous cela ?

les jardinsR : D'abord, je remarque qu'il y en a de plus en plus, je crois même qu'il n'y en a jamais tant eu !!! Cela étant c'est vrai qu'il y a beaucoup plus d'américains, d'allemands, d'hollandais, d'israéliens, des japonais... et puis du monde entier !
Pour les français, il y a très certainement un facteur de langue... ici la langue est l'anglais... et ce n'est pas toujours aussi facile pour nous les français de parler cette langue (même si il y a des traducteurs pour les stages pour ceux qui demandent).
Et puis il doit y avoir un facteur de conditionnement social français... la France c'est le pays du " moi-je ", c'est le pays du roi soleil, du " je pense, donc je suis " de Descartes.
Le conditionnement français, c'est on est les meilleurs, on est les plus intellectuels, on a la meilleure bouffe, et on est les meilleurs amants du monde. On est les meilleurs dans ces trois domaines, donc pourquoi changer ?

MF : Et en même temps, si on n'intègre pas une démarche spirituelle à notre vie, celle ci reste souvent plate et morne ?

R : La France est en fait un grand pays spirituel... mais c'est devenu intellectuel... la laïcité reste un phénomène intellectuel. Pour pas que cela reste intellectuel, il faut faire du travail sur le corps (c'est là qu'on porte surtout nos tensions), il faut aussi purifier le cœur ou l'âme... c'est d'ailleurs certainement un peu la même chose... c'est une ouverture au monde.
Le mental français s'est à mon sens perdu dans la philosophie mais qu'est-ce qu'un philosophe ? C'est celui qui cherche en pleine nuit un chat noir dans la rue, sachant qu'il n'est pas là... et il le trouve quand même ! Ca c'est le mental... de ce point de vue, le français est très fort mais cela l'empêche de vivre totalement !

MF : Il y a eu aussi en France la chasse aux sorcières contre les sectes et tous les mouvements spirituels... comment percevez-vous cela ?

R : Je suis triste de voir cela dans notre pays... ceux qui font la chasse aux sorcières sont souvent les plus sectaires ! L'église est totalement respectée et reconnue par l'Etat et pourtant c'est la plus grande secte !
Et puis, je crois qu'il existe beaucoup de personnes qui se sentent mis en danger avec la spiritualité... le pouvoir se sent dérangé qu'on puisse sortir des sentiers battus et puis cette histoire des sectes détourne l'attention des gens et arrange le monde politique... on crée un faux problème... en attendant on ne s'occupe pas des vrais problèmes : le chômage, la pollution, les inégalités... aux Etats-Unis, on fait des guerres à l'étranger pour détourner l'attention et en France on fait peur aux gens avec les sectes !
Bien sûr il y a eu quelques abus... .mais c'est surtout une mauvaise foi ou une méconnaissance ...
Même Arnaud Desjardins qui est "très calme" par rapport à Osho... qui est dans un tradition védique, qui est reconnu par les soufies, les bouddhistes... a eu énormément de problèmes en France !

MF : Je sais que l'ambassadeur français en Inde, à New Delhi est venu dans ce centre et a beaucoup aimé...

R : Oui... malheureusement, il ne peut pas faire grand chose... en France, la spiritualité est trop facilement condamnée !

MF : Que pensez-vous de la politique française ?

R : Je ne la suis plus... je sens qu'ils ne peuvent pas faire grand chose qu'ils soient de gauche ou de droite... il y a trop d'intérêts économiques ! On fait croire aux gens que la démocratie c'est le pouvoir du peuple mais les choses sont beaucoup plus compliquées...
Ici, on croit surtout en l'homme et en la femme... le changement est à l'intérieur et non pas tant à l'extérieur. C'est le fameux " connais-toi toi même "... on doit commencer à ce changer et le centre de méditation Osho est un lieu fait pour cela, pour la transformation intérieure !

MF : Comment expliquez vous le rôle du maître et la relation entre Osho et ses sannyas (disciples) ?

oshoR: Osho a réellement été à mon sens un maître authentique... il a toujours dit : " Ne soyez pas dépendant de moi " ; " si ce que je dis vous semble bon, faîtes le, sinon, non, ne le faîtes pas ".
Osho c'est je crois, un compagnon sur le chemin de la vie... dans lequel je peux me voir... c'est souvent plus facile avec un maître que sans... en rentrant en contact avec soi, on rencontre des phases de son inconscient qui ne sont pas évidentes... on a besoin de quelqu'un qui a eu l'expérience de l'éveil et qui nous guide, qui nous aide vers plus de liberté intérieure.
Osho comme le Bouddha a dit " si vous me rencontrez sur le chemin, tuez moi "... c'est pour dire attention à l'idolâtrie... .et ici en Inde, beaucoup d'indiens auraient tendance à se perdre dans la dévotion, dans l'idolâtrie au maître !
C'est pourquoi, à Poona, on a fait plusieurs changements pour qu' Osho ne devienne pas un Jésus sur sa croix... ce serait le comble de l'ironie... lui qui a passé toute sa vie à nous ramener à nous-même, à faire confiance à notre individualité et à notre propre intuition !

(Propos recueillis par Emmanuel Moulin)


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