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Décembre 2003
Interview de Dominique Vincent
Propos recueillis par
Pascal Bourdon
Qu'est-ce que le tantra ?
Pascal
Bourdon : Peut-on donner une définition du
tantra ?
Dominique Vincent : (Rires) Je m'attendais à cette
question pour commencer.
Pour moi le tantra c'est d'abord la conscience dans la matière. C'est
la rencontre de Shiva et Shakti. C'est la rencontre de la
conscience et de l'univers. En fait, c'est la conscience
créatrice et c'est tout cet univers extraordinaire
qui émane à partir de la conscience.
C'est quelque chose de complètement
cosmique.
PB : Plus concrètement,
comment pourrait-on dire ?
DV : Concrètement cela peut être
extrêmement subtil : Je suis conscient en ce moment.
L'univers apparaît pour moi.
PB : Sous quelle forme, qu'est-ce
que cela signifie ?
DV : Dès que j'ouvre les yeux
ou que je suis éveillé, un certain nombre de
choses apparaissent dans ma conscience. L'univers existe à partir
de cela.
D'un point de vue subjectif. Vu par chaque individu, l'univers
existe à partir de ce que chacun perçoit.
PB : C'est à dire que
cela passe par les sens.
DV : Oui. Les sens, l'imagination, la
pensée, tout ce qui se manifeste dans la conscience.
Le monde est ce qui se manifeste dans la conscience. S'il
n'y a pas de conscience, il n'y pas de monde pour l'individu.
Si je me centre dans le phénomène de conscience,
si je mets plus de conscience dans toute chose qui arrive,
c'est comme Shiva qui pénètre Shakti. C'est
un symbole sexuel, c'est de nature orgasmique.
Si je mets toute la conscience dans tout mon corps, toute
la présence, mon corps va se mettre à vibrer
(peut-être qu'il vibrait déjà avant,
mais je n'y faisais pas attention) et d'être conscient
du corps qui vibre devient orgasmique.
Tout l'univers est perçu comme orgasmique dans la
mesure où il y a de la conscience dans l'univers.
Le tantra, c'est l'aventure de la conscience dans mon corps.
PB : On peut donc dire que le
tantra, c'est mettre plus de conscience dans tout.
DV : Oui. C'est le fait de reconnaître
que la conscience est dans tout.
C'est reconnaître la conscience elle-même dans
tout ce qui arrive.
C'est la primauté de la conscience. . De là l'univers
se déploie.
Par exemple : Si je suis dans mon jardin, en étant
préoccupé de mon compte en banque, je ne suis
pas vraiment dans le jardin et c'est vraiment ennuyeux, je
suis juste stressé et inquiet.
Maintenant, si je suis dans mon jardin en étant vraiment
présent et conscient, aussi bien de mon corps qui
respire, des odeurs, de la beauté. alors c'est comme
si j'étais au centre d'un feu d'artifice. Pas seulement
spectateur d'un feu d'artifice. Si je regarde vraiment ce
qui se passe dans la conscience, tout ce qui arrive est un
feu d'artifice. L'orgasme c'est ça. C'est orgasmique.
PB : Peut-on vivre dans l'orgasme
permanent ?
DV : Bien sûr, si on entend par « orgasme » : « spasme éjaculatoire » ou « spasmes
vaginaux », c'est incompréhensible.
Mais la présence tranquille, à tout ce qui
se passe et sans porter de jugement (ceci est bon/ceci est
mal ; ceci je devrais l'éviter/ceci je devrais
l'accepter ; il faudrait que ce soit autrement.), amène à une
forme de plaisir extrêmement profond et une vibration
très forte. C'est ce que je nomme « orgasme »
L'interface entre la conscience et tout ce qu'il y a autour,
c'est le cour. La qualité du cour est l'essence même
de cette présence.
Le tantra peut se définir aussi par l'espace du cour
présent.
PB : Qu'est ce que tu entends
par qualité du cour ou espace su cour ? Est-ce
que cela signifie « aimer tout le monde » ou « l'amour
universel » ?
DV : Quand tu dis « l'amour
universel » cela pourrait ressembler à « il
faut aimer » et ça devient un commandement.
Alors qu'en fait, le cour, est quasiment synonyme de présence : « tel
que c'est, je suis là. »
On peut l'appliquer à soi-même, aux autres, à une
relation amoureuse. Mais le cour est une réalité fondamentale :
C'est une qualité de présence qui dit « OUI »
L'opposé de l'espace du cour serait : « il
faut que je sois autrement que ce que je suis, que les situations
soit autrement que ce qu'elles sont »
PB : Cela signifie-t-il qu'il
faut tout accepter ?
DV : Attention, cela ne veut pas dire
passivité. Cela signifie aussi donner une réponse
ouverte à ce qui apparaît dans mon expérience.
PB : En quoi est-ce différent
de la passivité ?
DV : La passivité serait de se
comporter en disant : « mon cour est
présent j'accepte tout ce qui arrive » avec
une sorte de fatalisme. « Je tombe malade, c'est
la fatalité, j'accepte tout avec cour , je
me couche et je meurs ! »
Non, si le cour est présent, j'accepte ce qui arrive et
je réponds . C'est un défi. « Je
tombe malade, quelle est la réponse que je peux donner
pour prendre soin de moi avec attention, que me dis mon corps,
etc. »
Comment cela se passe-t-il en
occident ?
PB : Pour nous occidentaux,
qu'est-ce que le tantra peut nous apporter ? Qu'est-ce
que cela t'a apporté ?
DV : Cela m'a apporté une voie
de méditation qui intègre le corps. Une voie
de la spiritualité qui prend en compte l'expérience
humaine dans sa globalité. Dans mon passé catholique,
la place du corps ou de la sexualité était
plutôt mince.
L'idéal que l'on me proposait c'était plutôt
de devenir moine ou prêtre. L'idéal pour le
développement spirituel semblait être un refus
du corps et même une exaltation du corps souffrant.
Le symbole en est le corps crucifié.
Dans le tantra, le symbole de la méditation représente
l'union sexuelle de Shiva et Shakti.
PB : Le tantra est connu en
occident pour tourner autour de la sexualité. Peux-tu
nous en dire plus ?
DV : L'aspect sexuel du tantra est un
des éléments. Il peut être présent
ou pas, suivant les périodes de la vie, mais l'essence
du tantra n'est pas de vivre une bonne relation sexuelle.
La sexualité est acceptée, dans sa totalité,
par le tantra comme un moyen de faire une expérience « transcendantale »,
trans-personnelle.
PB : En quoi le tantra est-il
non-sexuel ?
DV : Le tantra n'est pas indifférent à la
sexualité, il l'intègre mais il représente
une approche spirituelle. Quand la vie devient orgasmique
au sens large, la sexualité génitale peut paraître
infantile et perdre beaucoup de son importance, en particulier
dans ses aspects ???. Mais la sexualité ordinaire
bien vécue n'est jamais condamnée. Elle prend
une place relative.
C'est une tradition qui a une grande importance en Inde,
en Chine, au Japon. C'est une tradition qui a évolué en
interconnexion avec le Bouddhisme. Le Bouddhisme tibétain
est un Bouddhisme tantrique. Le tantra recouvre une multitude
de textes, de référence à la compréhension
de la nature, de la nature de l'univers, des courants philosophiques,
des cultes, des rituels, des musiques des poèmes,
c'est une tradition immense qui a certainement produit autant
que le Bouddhisme.
Bouddhisme, Taoïsme et Tantrisme sont des traditions
extrême-orientales qui sont interconnectées
sur bien des points.
PB : Pour pratiquer le tantra,
faut-il obligatoirement suivre un maître ?
DV: Traditionnellement, le tantra perdure
par la transmission. Il y à des gens qui transmettent,
certains sont des maîtres, d'autres sont des enseignants.
Mais il n'y a pas d'examen de passage. Cela signifie qu'il
faut faire très attention. Il peut y avoir des enseignants
qui abordent le tantra comme une technique permettant d'éviter
d'éjaculer ou de faire remonter l'énergie en
faisant telle ou telle respiration. On peut s'amuser à ça,
mais pour moi ce n'est absolument pas l'essence du tantra.
Dans le tantra, il peut être important pour certains
de se déconditionner de ses barrières judéo-chrétiennes.
Après tout, si pendant un temps, quelqu'un veut avoir
plusieurs partenaires et s'éclater, pourquoi pas,
le tantra ne porte aucun jugement, mais ce n'est pas l'essence
du tantra.
Une personne qui médite seule dans sa chambre, peut être
fondamentalement tantrique.
PB : C'est là ma question.
Est-il possible de pratiquer le tantra en ayant lu quelques
livres de gens reconnus dans le domaine ?
DV : Je dirais : « surtout,
OUI, commencez, faites ! »
Mais il y a des choses qui ne pourront être transmises
que dans un groupe ou avec quelqu'un qui a fait l'expérience.
J'en suis infiniment persuadé. Quelque chose est transmis
qui n'est pas de l'ordre de l'intellect (cela on peut le
trouver dans un livre), mais c'est de l'ordre d'un certain parfum .
Et ça, pour avoir été auprès
de deux ou trois maîtres en Inde, c'est quelque chose !
Si ce que je transmets actuellement a un peu de valeur, c'est
sûrement parce que je me suis imbibé, j'ai respiré,
j'ai été en présence de ces maîtres
en Inde.
PB : Cela signifie-t-il qu'il
faut obligatoirement aller en Inde pour comprendre réellement
ce qu'est le tantra ?
DV : Je ne dirais pas cela. Pour moi,
la clé est au niveau du cour.
Si en face d'un livre, en face de quelqu'un, d'un enseignant
de tantra, d'un maître ou d'un lama tibétain. il
se passe quelque chose au niveau du cour, quelque chose qui
s'éveille, quelque chose qui dit « Oh !
Oui ! » , une aspiration, alors il faut surtout
y aller.
C'est la réponse à son propre cour.
Je peux alors faire un bout de chemin avec une personne,
puis me rendre compte que finalement, il faut que je continue
ma quête autrement.
Si un client ou un participant à un groupe me dit
qu'il estime avoir fini avec moi et qu'il pense devoir continuer
avec quelqu'un d'autre, je transmets autant d'informations
que je peux pour lui permettre cela. Il n'y a pas de monopole,
il faut que chacun dans sa recherche soit complètement
libre.
PB : Le tantra est-il une secte ?
N'y a-il pas de risque de dérive sectaire ?
DV : Le tantra, dans l'histoire, est
un mouvement immense, il comprend beaucoup d'écoles
différentes et il a fortement influencé la
Chine et le Japon. Dire que c'est une secte, signifierais
que cela englobe le Dalaï Lama, le bouddhisme cashemirien
etc.
Maintenant cela dépend de la façon dont les
gens l'utilisent. Honnêtement, je ne vois pas d'organisation
coercitive ou qui cherche à exploiter des personnes
dans les mouvements qui se réclament actuellement
du tantra.
En occident, la transmission de cette tradition se fait surtout
sur le mode de séminaires et donc tout dépend
de la qualité de celui qui transmet.
De fait, il y a toujours risque qu'un pseudo-maître
utilise des ateliers, qu'il nommera « de tantra »,
pour avoir une sexualité facile avec ses clients.
J'en connais, ça existe.
C'est difficile à percevoir, parce que dans le tantra
traditionnel en Inde, il y a parfois des initiations où il
y a l'acte sexuel, certaines écoles utilisent cela.
Mais dans le contexte occidental, avec ce que l'on comprend
du pouvoir, de l'abus de pouvoir, du transfert et des implications
de l'inceste et la position de pouvoir où est quelqu'un
qui anime sur un participant, je pense qu'il faut être
extrêmement vigilant à cela.
Les changements dans la vie
quotidienne
PB : Qu'est-ce que le tantra
change dans la vie quotidienne ?
DV : Ah ! Cela me rappelle la question
qu'un disciple posait à un maître zen : « comment étiez-vous
avant l'illumination ? »
Le maître répond : « avant
l'illumination, j'allais fendre du bois et j'allais chercher
l'eau au puits »
« Et depuis l'illumination ? »
« Eh bien, je fends du bois et je vais chercher l'eau au puits. »
« Mais alors rien n'a changé ? »
Le maître :
« Si, tout a changé »
Cette histoire montre l'importance de l'espace de conscience.
La réalité ne change pas, la réalité EST.
La première question est : « moi,
comment suis-je en relation, en connexion, quand je suis
au centre dans la réalité ? »
Pratiquement, dans tout ce que je vis au quotidien, est-ce
que ma conscience est présente à elle-même,
sans choix ni rejet. Pour comprendre ce que je veux dire,
il faut un déclic. Je ne peux pas l'expliquer plus.
L'autre question est : « est-ce que
j'accueille tout ce qui se présente ? » Ce
qui ne veut pas dire que je ne vais pas me protéger.
Mais dans la présence, je suis ouvert.
En fait la plupart du temps, nous fonctionnons en n'étant
pas ouverts à toutes nos sensations, en n'étant
pas ouverts à tous les messages, en n'étant
pas ouverts aux émotions que suscitent les gens qui
s'approchent, en n'étant pas ouverts au temps qu'il
fait, à la beauté de ce qui nous entoure. Visuel,
saveur, auditif, toucher, nous sommes inconscients d'énormément
de choses.
Il ne s'agit pas de se couper en mille morceaux et de s'affoler à vouloir
tout percevoir. Il ne s'agit absolument pas de cela.
C'est une ouverture. Et ce qui émerge dans ma conscience
est accepté.
L'image traditionnelle c'est le miroir. Le miroir est là,
ce qui passe devant est reflété, sans jugement,
le miroir est neutre, il laisse être. Mais cette métaphore
n'est pas satisfaisante, car ça devrait être
un miroir vibrant qui est lui-même créateur
de ce qui apparaît. Comme le dit Ramana Maharshi, dans
la véritable connaissance, il n'y a pas de différence
entre le sujet connaissant, l'objet connu et l'acte de connaître.
Tout devient alors jaillissement spontané.
En ce qui concerne la rencontre amoureuse,
il y a aussi changement dans la façon d'aborder son
partenaire, sans avoir de plan ni d'idée préconçue,
sans vouloir quelque chose. Si j'aborde ma partenaire d'une
façon méditative, ce qui va se jouer va se
jouer tout seul, de façon complètement naturelle.
Venir avec des « il faudrait que. », « je
dois réussir à. », « je
ne suis pas assez sensible. », détruit
le bonheur amoureux. C'est le choix mental.
Ce qui change dans l'attitude tantrique, c'est que le mental
peut être mis au vestiaire pour quelque temps (on le
reprendra quand il s'agira d'aller travailler, le mental
est utile et magnifique quand il joue bien son rôle),
mais pour l'instant, en faisant l'amour, je n'ai pas besoin
de ce mental mais de capacité de présence à l'autre
et de présence à moi-même.
En privilégiant une sexualité tournée
vers la disponibilité, il va y avoir peu à peu
de grands temps de silence et de calme qui vont se développer
en même temps que les mouvements sauvages, pour finalement
trouver beaucoup plus de liberté.
Grâce à la pratique tantrique, les gens qui
cherchent et qui méditent en occident, peuvent espérer
trouver une sexualité plus riche, moins inhibée,
une présence méditative amoureuse avec la paix
qui émane de cela et découvrir les différentes
qualités d'orgasme.
PB : Dans la vie quotidienne,
le grand changement, c'est donc la présence.
DV : Présence ou conscience,
deux mots pour une même réalité. Cela
permet de ne pas être perdu dans le mental. Dans le
tantra, l'ennemi public n° 1 c'est la domination du mental.
C'est à dire que je m'identifie au processus de pensée
qui me broie continuellement. Il ne reste plus grand chose
comme énergie pour vivre, pour manger, pour sentir,
pour aimer parce que tout est dans la tête. Un des
aspects de la démarche tantrique est de se libérer
du mental. Ce n'est pas un mince affaire.
PB : N'y a-t-il pas un risque
lorsque l'on entreprend une telle démarche de se
sentir un « surhomme », de se sentir
supérieur ?
DV : Si on sent cela, c'est que l'on
n'a pas fait le chemin. Les gens qui font des expériences
vraiment importantes avec le tantra, disent « c'est
tellement simple »
C'est curieux, ils disent en même temps « c'est
fabuleux » et « c'est très ordinaire »
Il n'y a rien de changé et tout est changé.
Les grands maîtres disent « vous êtes
absolument ce que vous cherchez à être, vous êtes
le bout du voyage, vous n'êtes, en aucun point, moins
que moi. Il y a simplement quelque chose que vous ne saisissez
pas »
PB : « Ils ont des
yeux et ils ne voient pas »
DV : C'est quelque chose comme ça.
PB : Mais en pratiquant le tantra,
peut-on faire des expériences supra-ordinaires ?
DV : En fait, ce n'est pas l'essence
du tantra, mais il semble qu'en pratiquant le tantra, il
y a des phénomènes psychiques, des perceptions élargies,
des phénomènes de voyance, etc.
Mais c'est un piège. En Inde on peut trouver des tantrika
qui sont en fait devenus des magiciens. Ce n'est absolument
pas l'objet ou le but du tantra.
Ce sont des choses qui arrivent. Dans mon expérience,
elles n'arrivent pas pour tout le monde, ni de la même
façon pour tous et cela ne dit ABSOLUMENT RIEN de
l'état du chemin et de l'attitude de celui qui cherche.
C'est un à-côté qui peut être intéressant
et magnifique, mais ce n'est pas l'essence de l'expérience.
Ce qui est l'essence c'est « être présent »
Être présent à la couleur de mes vêtements est aussi
important que d'être présent à une expérience télépathique.
Au niveau de la conscience elle-même, il n'y a aucune différence,
ce n'est ni plus ni moins. Il a une conscience de cela et c'est ça le
point central.
PB : L'objectif du tantra, alors,
c'est quoi ?
DV : ÊTRE.
PB : Ce n'est pas d'être
heureux ?
DV : Non. Être heureux, c'est
un produit dérivé. C'est quelque chose qui
arrive en plus, si cela doit arriver. Le but du tantra s'il
y en a un, c'est d'être entier. La formule la plus
lapidaire serait : « SOIS »
Ramana Maharchi disait en substance : « Arrêtez
de méditer, SOYEZ, il n'y a rien d'autre à faire » Juste
d'être.
Les techniques tantriques.
PB : Voyons les techniques maintenant.
Comment partages-tu ça ?
DV : Pour moi c'est essentiellement à travers
des groupes. Des séminaires.
PB : Qu'y fait-on ?
DV : Tout. On peut chanter, on peut
danser, on peut peindre, méditer, faire des exercices
de respiration, donner ou recevoir des massages, on peut
avoir des explications sur la manière dont ça
circule dans le corps. C'est un festival.
Un festival de rituels, de chants. des mises situation à deux,
de groupe. le but étant : « Est-ce
que je peux vivre l'intégralité de mon énergie,
faire confiance, aimer »
PB : Pratiquement, comment cela
se passe-t-il ?
DV : Dans la pratique, il y a des stages
spécifiques. Par exemple, les stages réservés
aux couples.
Dans les ateliers de couple, nous travaillons sur l'intimité.
On cherche à renforcer une intimité amoureuse
méditative, la qualité de présence.
On renforce la saveur de l'intimité et l'approfondissement
d'un couple. On peut transmettre des techniques de massage
intime par exemple (massage du périnée ou de
l'intérieur des jambes) pour réveiller certains
circuits d'énergie au niveau du cour, de la gorge.
On peut faire aussi un travail sur la communication
et les projections. Un des aspects les plus importants du
tantra, c'est la compréhension des jeux du mental
en particulier dans les mécanismes de projection.
Les relations (toutes les relations d'ailleurs, pas seulement
les relations amoureuses) peuvent s'en trouver grandement
améliorées. Cela fait partie du tantra car énormément
d'énergie est bloquée ou mal utilisée,
presque auto-détruite, dans nos modes de fonctionnements
mentaux. Comprendre ces fonctionnements et s'en dégager
c'est fabuleux. Nous avons pour cela des techniques qui sont
extrêmement pointues.
PB : Ces techniques ne sont
pas issues directement de la tradition tantrique ?
DV : Je ne connais pas assez les écritures
tantriques, mais l'aspect de ce que l'on pourrait appeler « le
corps fantasme » ou le « corps de rêves » existe
certainement dans le tantra traditionnel. Mais c'est Carl
Gustav Jung qui, dans la psychologie des profondeurs, a intégré cette
dimension du tantra. Dans son jardin, il y avait un Shiva-lingam.
Un des outils que nous utilisons, c'est « The
Work » de Byron Katie. Ce n'est pas du tout traditionnel,
mais en même temps, l'expérience qu'elle a faite
de l'illumination ou de la réalisation est de type
bouddhiste. De toute façon, le tantra a toujours été ouvert à de
nombreuses influences.
PB : Quels autres séminaires
proposez-vous ?
DV : Un de nos séminaires très
apprécié est la danse de Kali. C'est encore
très jungien. Kali est un des aspects de Shakti, c'est
la déesse qui donne la vie et promet la mort. Nous
y explorons tout un aspect de l'existence qui est souvent
difficile à intégrer : l'ombre.
Dans la danse de Kali, le pari est de trouver des outils
qui nous permettent de saisir et de réincorporer des
aspects de soi que nous avions occulté ou réprimé.
C'est un atelier qui libère une immense vitalité.
Nous utilisons par exemple Byron Katie ou d'autres méthodes
voisines.
Parallèlement, pour récupérer cette énergie,
nous utilisons les percussions et les danses avec, chaque
fois que c'est possible, un percussionniste présent.
Là c'est chamanique. De toute façon le tantra
est un chamanisme. C'est très proche du chamanisme
amérindien ou sibérien.
PB : Quoi d'autre dans les groupes
de tantra ?
DV : Certains groupes sont centrés
sur le massage. Le stage « sons, voix et mandala » lui,
est centré sur les vibrations sonores pour éveiller
notre corps et nos perceptions. Il permet aussi de projeter
ces perceptions en créant des mandalas.
C'est un groupe à la charnière entre méditation,
présence au corps et créativité.
Plusieurs musiciens qui ont participé à ce
groupe m'ont dit avoir constaté que leur formation
les avait sclérosé et qu'enfin ils avaient
pu se permettre de jouer. Certains m'ont dit « je
joue pour la première fois » Ils disaient
cela en pleurant.
Un autre atelier que nous animons est le « qui
suis-je ? » C'est une technique qui s'est
développé dans des milieux qui n'étaient
pas spécifiquement tantriques, mais que nous avons
réintégré dans la démarche tantrique.
Il s'agit de répondre à la question « dis-moi
qui tu es ? » La personne est amenée à rester
en focus pendant trois ou quatre jours sur cette question.
Ce qui est étonnant, c'est que l'on peut donner des
réponses avec le mental, mais elles ne percutent pas.
Puis, tout d'un coup, c'est la question elle-même qui
percute : « JE suis » C'est
une réalisation dans le présent qui ne peut
pas s'expliquer mentalement. Cette réalisation recentre
tout et transforme complètement l'existence.
Il y a aussi les journées de méditation
qui permettent de découvrir le tantra à travers
les techniques de méditation sans qu'il y ai de dynamique
de groupe. Et enfin, des soirées d'information à Paris,
certains mercredi soir.
Nous avons également écrit
un livre : « Le
couple sur la voie tantrique »
Nous avons aussi proposé une approche
du tantra qui fait le point sur certaines techniques pour
un site Internet qui vend des cours par correspondance :
www.naalia.com
PB : Il y a des exercices à deux
dans les stages. Y a-t-il relation sexuelle entre participants ?
DV : Il n'y a évidemment pas
de relation sexuelle dans la salle de groupe. Mais il n'y
a pas d'interdit sur les rapports sexuels entre participants
comme dans certains groupes d'inspiration psychanalytique.
Les participants peuvent, s'ils le veulent, se rencontrer
dans leur chambre et hors des périodes de travail
en groupe.
En revanche, il y beaucoup de techniques ou de méditations
qui intègrent la sexualité dans les groupes
de couples. Simplement, chaque couple a sa chambre. Le temps
est partagé entre des temps de méditation et
d'échange en salle et des temps où les couples
sont seuls dans leur chambre pour faire des expériences
dont on a donné les explications auparavant.
PB : Voulais-tu ajouter autre
chose pour terminer ?
DV : Je crois qu'il faut insister sur
le fait que le tantra est la voie du cour. Le tantra permet
de redécouvrir le côté sensuel et chaleureux
de l'amour, de la sexualité. de la vie !
Beaucoup croient que c'est la voie d'une sexualité améliorée.
Le tantra passe par la sexualité mais ne la sur-valorise
pas. En tant qu'expérience, c'est extrêmement
important, mais le but n'est pas d'améliorer sa sexualité.
Le but est de faire une expérience
au niveau de l'être.
Voyez les pages web tantra de Dominique
Vincent sur ce site
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