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Avril 2003
FAITES L'HUMOUR, PAS LA GUERRE
Interview de Daniel Kiefer
DANIEL
KIEFER est président des Clubs de rire, démarrés
en France il y a deux ans. Il existe dans l'Hexagone 24 antennes
de l'association, de Mulhouse à Cap-Ferret en passant
par Loc-Maria-Plouzané, et quelque 1 300 autres dans
le monde, de l'Australie à la Suisse en passant par
Italie, la Malaisie... Dans le Nord et le Pas-de-Calais, tout
reste à faire. Avis aux amateurs.
- Club de rire ou club du rire ?
"Club de rire ! Ce qui veut dire club de l'action de
rire. Nous n'avons pas l'apanage du rire et nous ne sommes
pas une école du rire ! Le rire ne s'apprend pas. Ça
se réapprend, peut-être. "
- Au départ, vous êtes une
personne qui aime rire ?
" Oui, voilà. Et aussi une personne qui a pas
mal voyagé, au Brésil, à Madagascar,
en Afrique, en Asie... De retour en France, venant de pays
dits sous-développés (mais que je dirais "autrement
développés"), c'était toujours un
peu difficile de voir des gens pas très gais dont le
rire est considéré comme quelque chose de déplacé,
surtout dans le monde de l'entreprise... Comment se fait-il
que les Brésiliens (dont beaucoup vivent dans la misère
et la précarité) rient, fassent de la musique,
et qu'en France, où les conditions de vie sont plutôt
correctes, les gens soient si sérieux ? J'ai cherché.
Je pense que les Brésiliens ont le sens du jeu et sont
dans un état d'esprit de la fête. En découvrant
la méthode du docteur Kataria - le médecin généraliste
indien qui est le pionnier du mouvement du rire dans le monde
-, j'ai compris qu'on ne rit pas parce qu'on est heureux mais
qu'on est heureux parce qu'on rit. "
- Comment cela ?
" La mécanique du rire entraîne, sur le
plan physiologique et psychique, énormément
de bien-être. Rire permet de chasser le stress très
rapidement. Vous avez peut-être déjà fait
l'expérience d'une situation très tendue ou
dramatique - un accident, un décès - et soudain,
nerveusement, vous attrapez un fou rire. Raymond Devos dit
que l'homme a la faculté de rire et que c'est une soupape
de sécurité qui l'empêche de devenir fou.
"
-
De quoi rit-on dans les clubs de rire ?
" On ne rit pas tout seul, on ne rit pas des autres,
on ne rit pas de quelque chose, on rit avec les autres. C'est
une philosophie humaniste. Nous faisons des séances
hebdomadaires d'une quarantaine de minutes. En Inde, ils se
retrouvent tous les matins, 150 personnes, et ils font leur
séance, à 6 h, avant d'aller à leur travail.
"
- Ça démarre comment, une
séance ?
" C'est un exercice. Ce n'est pas de l'humour, on ne
raconte pas de blagues. On fait venir le rire par un exercice
de respiration qui s'appelle le "ho ho ha ha ha"
(lire aussi ci-dessous), un travail qu'on fait tous en choeur
en tapant dans les mains. Un autre exercice est le rire de
la salutation : se regarder dans les yeux, une version de
"je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier
qui rira, etc.". Je demande aux gens de se déconnecter
de leurs inhibitions intérieures, de se reconnecter
à leur enfant intérieur, et de se faire plaisir
à jouer, même si on est des adultes. Au départ,
c'est un rire blanc qui amène à de vrais rires.
Et le rire est contagieux... "
- C'est bon pour la santé ?
" Excellent. Un chercheur a mis en évidence que
le fait de rire augmente le taux de globules blancs et permet
de renforcer le système immunitaire. Rire fait sécréter
des endorphines au niveau du cerveau. Les endorphines, c'est
la morphine interne, c'est une hormone de bonheur, c'est ce
que Madan Kataria appelle la chimie joyeuse. Quand on rit,
on expulse tout l'air qu'on a dans les poumons, on travaille
sur le diaphragme, ça masse la partie abdominale, on
digère mieux, on dort mieux. Ce n'est pas une thérapie
en soi, c'est une hygiène de vie globale. "
Propos recueillis par J. J.
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