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Prendre le temps de se poser dans sa féminité

Anne Descombes

Interview d'Anne Descombes qui anime des stages de femmes

Tu chemines depuis environ 35 ans, tu as fait de la thérapie, de la méditation et du tantra et tu animes des retraites pour couples et aussi des stages pour femmes "Prendre le temps de se poser dans sa féminité." J'aimerais aujourd'hui que tu nous expliques le travail que tu proposes aux femmes, un processus de guérison du féminin que tu as appris auprès de l'enseignante de tantra mondialement connue Diana Richardson. Quelle est l'essence de ce travail ?

C’est une façon douce de tourner notre attention vers l’intérieur, encore et encore. De cette écoute fine du corps, sans rien attendre ni exiger, émerge une connexion profonde à notre intime et à notre vibration de femme.

Pour moi, ce qui est au cœur de l’approche de Diana Richardson, c’est l’invitation à honorer le fonctionnement du corps de la femme, si différent de celui de l’homme. En particulier, elle invite chaque femme à découvrir de l’intérieur, comment une attention aimante portée à nos seins peut nous ouvrir à notre énergie féminine.

Et chaque jour du stage, nous prenons du temps pour méditer sur nos seins.

Simone de Beauvoir disait « On ne naît pas femme, on le devient. », qu’est-ce que c’est qu’être femme" pour toi ?

Je n’ai pas de réponse toute faite et je ne veux pas en avoir. Mais ce qui m’émerveille lors de ce stage, c’est de voir chaque femme, avec ses mots, sa présence, révéler un bout du mystère. De voir combien chacune se reconnaît dans les autres… comme si nous étions chacune un brin vivant de la réponse.

Notre culture a toujours préféré le masculin au féminin, la force plutôt que la vulnérabilité, l'action, le faire plutôt que la patience et l'être. Et l'intellect est encensé alors que l'intuition ne peut être souvent invoquée. Est-ce la raison pour laquelle il est si difficile aujourd'hui y compris pour la femme de se poser naturellement dans sa féminité ?

Oui, depuis des milliers d’années, la domination du masculin sur le féminin a été si puissante et si aveugle, qu’il est difficile aujourd’hui de savoir qu’est-ce que le féminin. Il règne une grande confusion… au point qu’il nous arrive, à nous les femmes, de nous conformer à ce que les hommes attendent de la femme en croyant que c’est ça, être féminines.
Heureusement, nous avons notre corps, et si nous l’écoutons avec bienveillance et respect, il nous guide. Notre corps de femme est notre boussole pour nous affranchir du conditionnement patriarcal et nous restaurer dans une féminité plus authentique.

femmes

J'ai vu sur ton site web qu'une partie du stage concerne la sexualité consciente. Quelles sont les différences principales entre la sexualité de la femme et la sexualité de l'homme ?

Une première différence qui amène souvent des tensions dans le couple et l’acte sexuel, c’est que l’homme (en général), dès qu’il a une érection, a envie de passer à la pénétration. Et très souvent, la femme n’est pas prête, au niveau de son corps, de son vagin, ce n’est pas encore le moment, elle aurait besoin de plus de temps.
Et quand je parle d'honorer le fonctionnement énergétique du corps de la femme, c’est honorer en particulier ce besoin de temps. Or très rares sont les femmes qui font véritablement confiance à leur corps et qui attendent (et font attendre l’homme) que leur vagin soit véritablement ouvert et réceptif.
Mais la différence majeure se situe au niveau du fonctionnement énergétique des organes génitaux. Le pénis est un organe tourné vers l’extérieur, dynamique, qui agit comme un émetteur, alors que le vagin se développe vers l’intérieur, c’est un organe réceptif, qui accueille.
Ils sont complémentaires, l’un émet, l’autre capte.

Ça c’est la théorie… ce qui est chouette, c’est de le vivre… comme en témoigne un participant à la retraite pour couples : j’ai ressenti de façon très nette, complètement vraie, une énergie puissante générée dans mon sexe, coulant délicatement en ma partenaire et revenant à mon cœur. Je connaissais la théorie, via le tantra, mais pensais cela inaccessible.

Souvent ce qui fait que nous avons du mal à sentir cet échange d’énergie entre les organes génitaux, c’est que le vagin n’est pas ouvert à sa qualité de réceptivité. Pour toutes sortes de bonnes raisons, il est un peu tendu, fermé et nous ne savons pas comment faire pour qu’il soit plus ouvert.

Quand la femme découvre qu’en étant présente dans ses seins et ses mamelons avec douceur, son vagin devient réceptif, accueillant, sa sexualité change. Comme l’illustre si bien ce témoignage d’une participante : dans la méditation sur les seins, j’ai senti sans le vouloir mon vagin s’ouvrir, ça m’a beaucoup touchée de ressentir cette connexion qui existe entre mes seins et mon vagin, au-delà de moi.
Ou de cette autre femme : j’ai ressenti pour la première fois mes seins être la porte de l’Amour et permettre à mon vagin d’être dans sa puissance de réceptivité.
Pour beaucoup de femmes, c’est une révélation. Comme cette femme de soixante ans qui disait : si j’avais découvert ça à 20 ou 30 ans, ma vie sexuelle aurait été totalement différente !

Une étude de l’université de Valparaiso (Indiana, États-Unis) montre que souvent chez la femme, c'est l'anxiété et le stress qui rendent difficile l’orgasme, est-ce que cela te parait plausible ?

Oui, tout à fait.
Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que la plupart des études mettent l’accent sur l’orgasme, comme s’il était la condition sine qua non d’une sexualité épanouie.
Pour l’homme, c’est assez facile d’atteindre l’orgasme, parfois même, trop facile. Mais pour la femme, c’est différent, les statistiques parlent de 30% des femmes pour lesquelles c’est facile. Restent 70% des femmes pour qui ce n’est pas si simple d’atteindre l’orgasme. Et, comme dans presque tout ce qu’on entend ou lit sur la sexualité, orgasme est synonyme de satisfaction sexuelle… on cherche à l’atteindre, on se croit même obligée de l’atteindre.

Or dans mon expérience et dans les partages de nombreuses femmes, nous pouvons vivre des expériences sexuelles profondément satisfaisantes, nourrissantes, en connexion profonde avec nous-mêmes et notre partenaire, sans qu’il y ait orgasme.

Quels sont les blocages ou confusions que tu vois le plus souvent chez la femme en rapport avec son corps et sa sexualité ?

Souvent, nous n’aimons pas notre corps, nous nous trouvons trop grosses, trop maigres, trop ceci, trop cela… nous nous comparons à des images (pub, affiches, magazines)… cette attitude critique a un impact sur notre corps… Or c’est notre corps qui nous permet de sentir, d’éprouver, de jouir, de nous relier… Il s’agit de rétablir l’équilibre entre notre corps vu de l’extérieur et notre corps ressenti de l’intérieur. C’est très touchant de voir comment en 5 jours de stage, notre attitude vis-à-vis de notre corps peut changer… une femme qui venait de vivre un moment de grâce a dit : c’est comme si je faisais l’amour avec moi-même.

C’est important de nommer certaines confusions même si ça reprend ce que j’ai déjà dit autrement…
- Certaines femmes se croient "anormales" parce qu’elles ont besoin de "tellement" de temps pour "s’allumer". Il est important de comprendre que ce besoin de temps est inhérent à l’éveil de l’énergie sexuelle féminine profonde… on n’est pas "anormale" on est femme !
- D’autres se croient "anormales" parce qu’elles ont des difficultés à atteindre l’orgasme. Au point que dans les stages, j’ai vu des femmes qui, parce qu’elles n’ont pas d’orgasme (ou rarement), se considèrent comme n’appartenant pas au cercle des femmes.
- Considérer l’orgasme comme le but à atteindre crée beaucoup de pression et nous conduit à être très actives dans l’acte sexuel, dans une forme de tension. On pousse notre corps dans cette direction et cet effort perturbe notre réceptivité et nous déconnecte de la puissance de notre énergie sexuelle.

Des changements viennent souvent à la ménopause. Le corps se transforme, la vie hormonale change, et la plupart des femmes, je crois, souffrent de quelques désagréments... J'ai lu il y a 1 an un livre "Les Plaisirs secrets de la ménopause" du Dr Christiane Northrup qui dit que pour autant à la ménopause la vie continue de plus belle. Selon elle, la ménopause ne réduit pas la libido et n’affecte en rien la satisfaction sexuelle. Quelle est ton expérience ? Est-ce que ce sont des sujets que vous traitez dans les stages ?

C’est le sujet du dernier livre de Diana Richardson, Tantric Sex and Menopause qui malheureusement n’est pas encore traduit en français. Dans nos stages, nous ne le traitons pas spécifiquement, mais nombre de participantes sont ménopausées et leurs témoignages et partages viennent confirmer qu’on peut avoir une vie sexuelle épanouie et même qui s’approfondit après la ménopause.

Tu as deux stages "Prendre le temps de se poser dans sa féminité" en 2021 : du 11 au 16 mai et du 25 au 30 juillet 2021. Quels sont les outils et techniques proposés pour se reconnecter à sa féminité ?

- Le Corps, vécu de l’intérieur. Apprendre à l’écouter, des sensations les plus évidentes aux plus subtiles. Apprendre à lui faire confiance. Et bien sûr, le mouvement et la danse viennent soutenir cette exploration.

- Le Silence, la majeure partie du temps, nous sommes en silence, aux pauses, aux repas… Le silence est un allié précieux pour soutenir ce processus de retour à soi et de réveil de notre sensibilité profonde.

- La communication, des moments d’échange verbal permettent de mettre des mots sur ce que nous vivons dans notre corps et dans notre cœur, au présent.

- La présence des autres femmes, un cercle de femmes, c’est tellement puissant… je leur donne la parole :

* J’ai beaucoup apprécié ce lien sincère et profond entre nous toutes, bien au-delà des mots.
* Dans un cadre sécurisant, entourée des autres femmes, où nos cœurs se sont ouverts, nos regards se sont connectés, baignée de la douceur du subtil (…) j’ai pu jouir de la sacralité du vivant.
* Ce stage m’a permis de me sentir profondément reliée aux femmes et à l’énergie féminine de l’univers.

Où ont lieu les deux stages en 2021 ?

Celui de mai aura lieu au Dodécadôme près de Valence et celui de juillet à l’Espace Rivoire entre Lyon et Genève.

Site web : https://amourenconscience.ch/stage-femmes/

 

Interview réalisée par Emmanuel Moulin, pour Meditationfrance