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Dharma Nature

Denis Robberechts

par Denis Robberechts

« Je voulais savoir qui j’étais, loin de mon contexte et de mes habitudes »

Je suis parti en Inde en Octobre 1997. Je ne savais pas vraiment pourquoi je voulais partir là-bas. Quand on me posait la question, je disais que je voulais savoir qui j’étais, loin de mon contexte et de mes habitudes. A l’époque, je n’avais rencontré personne qui avait visité ce pays, et ce voyage me réjouissait, mais me faisait peur aussi.

Je suis arrivé à Delhi de nuit. Quand le chauffeur de mon taxi m’a annoncé, « c’est ici », je n’osais pas descendre, dans cette rue sombre, dans laquelle je discernais vaguement des vaches et des gens qui dormaient, éparpillés.

Inde

J’y ai d’abord passé 6 mois. J’étais touché par la capacité d’accueil et la tolérance de cette population. Les endroits de leur culture où l’intolérance se ressent, comme le système de caste ou la condition de la femme, n’entrave en rien la liberté que le voyageur peut ressentir. Je me sentais plus libre d’être qui j’étais. Sans devoir me conformer.

J’étais depuis longtemps intrigué par la méditation. J’avais même participé à des sessions de Zen quand j’avais 20 ans. Donc, rapidement, je me suis inscrit à une retraite de 10 jours de méditation, dans le style Vipassana de Goenka-ji. J’ai été époustouflé par l’intensité de la pratique : 10h30 de méditation assise par jour pendant 10 jours, ça marque ! Mais je ne me suis pas sentis porté à y retourner, je sentais que j’avais besoin d’autre chose.

Je me rappellerais toujours de mon arrivée à Varanasi (Bénarès). J’ai tout de suite senti que dans cette ville, tout pouvait arriver, du meilleur au pire. J’avais l’impression d’être tombé dans un chaos sans fond, un lieu où la vie se déroule sans structure, aussi spontanée que désorganisée, une ville où le temps n’a pas cours.

J’y ai démarré l’étude des tablas, percussion utilisée dans la musique classique indienne. J’y voyais la possibilité de développer des qualités essentielles, telles que la discipline, la patience, l’humilité, la concentration, la recherche de l’harmonie, la qualité d’écoute, le non-faire qui laisse place à l’improvisation.

Au cours des derniers jours de mon voyage, je me répétais continuellement « il faut que tu reviennes, il faut que tu reviennes,… ». Cela me semblait de la plus haute importance, je pressentais que j’intégrais des choses essentielles et je savais que les choses les plus importantes sont aussi celle qu’on oublie le plus facilement. Je ne voulais pas que « retourner en Inde » devienne un projet de plus en plus lointain, un rêve inaccessible.

J’ai travaillé pendant 6 mois en Belgique, pour économiser l’argent pour mon prochain voyage. J’ai bien pris garde de ne démarrer aucune relation amoureuse, pour rester libre. J’avais besoin d’être seul pour continuer mon exploration. Je suis resté célibataire pendant 7 ans, fidèle à mon besoin de solitude.

« Je peux t’apprendre la technique, mais la beauté, nous ne pouvons que l’espérer »

Mon deuxième départ était très émouvant. J‘avais annoncé à ma famille et mes amis que je ne savais pas si je reviendrais. En l’écrivant maintenant, ça me fait sourire. Je voulais vivre la possibilité d’avoir vraiment le choix, d’être sans attache, sans obligation.

Pendant les 10 années qui ont suivi, j’ai fait plusieurs allers-retours. Cependant, j’ai conservé l’intensité de ces adieux. Mes voyages m’apprenaient la fragilité de la vie, j’étais conscient que l’un de ceux que j’aime pourrait avoir disparu à mon retour, ou que c’est moi qui pourrais ne pas revenir. Au cours de mes brefs passages au pays, je vivais donc intensément la présence de ceux que j’aime. Et j’apprenais à leur dire combien ils comptent pour moi.

Je suis retourné directement à Varanasi. Je me suis remis à la recherche d’un maître de musique digne de ce nom. J’ai dû passer au travers des pièges à touristes, prendre le temps de démasquer la prétention, passer du temps avec de pseudo maîtres, avant de rencontrer Shri Parashuram Pandey. Au fil des années, cet homme, d’une rare intelligence du cœur, est devenu comme un père pour moi. J’ai étudié pendant 10 ans avec lui. Il faut savoir qu’en Inde, la musique classique est considérée comme un chemin spirituel à part entière. Shri Parashuram, que tout le monde appelait « Guruji », me disait toujours : « je peux t’apprendre la technique, mais la beauté, nous ne pouvons que l’espérer». Bien que j’aie arrêté mes études de musique (pour référence, apprendre les tablas représente 15 ans d’études à l’université de Varanasi), je retourne chaque année visiter Guruji, me nourrir de sa sagesse toute simple.

musique

Pendant ces années passées en Inde, j’ai aussi beaucoup marché dans l’Himalaya. J’avais pris l’habitude de partir avec mon sac à dos, sans carte ni boussole, et sans but précis. Je me suis souvent senti perdu. Perdu dans les montagnes, perdu en moi-même. Les moments d’euphories et de perte de sens alternaient au cours d’une même journée. Je pense que ces marches sans but m’ont beaucoup appris, et ont joué un rôle prépondérant dans ma quête de liberté, en me libérant de mes attaches et de mes conditionnements.

« Peurs, désirs, frustrations, joies, colères, besoins de reconnaissance, aspirations profondes, le silence rendait évident tout ce qui se passait en moi.»

Souvent, je passais quelques jours dans une grotte trouvée au hasard. Je rêvais alors d’expérimenter la vie d’hermite. Un jour, je suis passé près d’une petite maison dans les bois, à près de 2000m d’altitude, complètement isolée, ce qui est rare en Inde. J’ai trouvé le propriétaire. Elle avait été construite pour son père, qui avait passé le restant de ses jours en hermite. Il a accepté de me la louer, 50€ par an. Je n’ai pas marchandé ! Plusieurs années d’affilées, j’y ai passé la mousson. Je prenais une semaine pour m’installer, amener du riz, des épices, des pommes de terres, des lentilles, du thé, coupais du bois, et commençais mon potager (qui n’a jamais beaucoup donné…). La période la plus longue que j’y ait passé a duré 5 mois. Sans livre, sans musique à écouter, sans autre visite que celle du garde forestier. Parfois, je voyais passer les femmes du village avec des branches d’arbres sur la tête, ou du fourrage pour les bêtes. Elles me saluaient de loin. Parfois, la pluie de la mousson tombait à bâton rompu pendant des jours et des nuits sans faiblir. Je devais fermer les volets, car il n’y avait pas de carreau aux fenêtres, et la pluie rentrait dans la maison. Le feu refoulait, et la fumée m’agressait les yeux. Je me sentais misérable, je ne savais plus pourquoi j’étais là, la nostalgie ou l’ennui m’envahissait tout entier. Je rencontrais mes démons. A d’autres moments, je me sentais envahi d’un bonheur puissant, sans aucune raison particulière et je comprenais alors que la joie que donne la vie simple est bien plus profonde que la satisfaction de tous les plaisirs.

Peu à peu, tous mes mouvements intérieurs se sont révélés. Peurs, désirs, frustrations, joies, colères, besoins de reconnaissance, aspirations profondes, le silence rendait évident tout ce qui se passait en moi. Tous ces mois passés sans parole, la puissance et la beauté d’une nature indomptée (des léopards et des ours vivent encore dans ces montagnes), l’extrême simplicité d’une vie sans artifice, le silence ininterrompu, mois après mois, toutes ces choses ont eu un impacte significatif sur la façon dont je vis ma vie maintenant. Silence, nature et simplicité choisis sont des maîtres infaillibles pour qui est en quête de connaissance de soi. Le choix de vivre cette expérience, motivé par la curiosité et non par la fuite désabusée, m’a façonné, transformé sans user de techniques ni de théories. Je n’ai pas l’impression d’avoir acquis quoi que ce soit, mais plutôt de m’être simplifié, sans même en être conscient.

« Ouvert d’esprit, avec du cœur, de l’humour et de la légèreté, sans diminuer la profondeur de la pratique. »

En 2003, j’ai participé à une autre retraite de groupe, dans le style Vipassana, enseigné par Christopher Titmuss et Jaya Ashmore. Le style m’a tout de suite plu ! Ouvert d’esprit, avec du cœur, de l’humour et de la légèreté, sans diminuer la profondeur de la pratique. J’ai participé à plusieurs retraites avec l’un et l’autre. C’est avec eux que j’ai commencé à mettre des mots sur ce que j’avais déjà appris. Au début, j’avais des résistances à nommer, à faire usage des mots et des théories. Les débuts de ma quête de connaissance de moi avait été principalement mentale pendant des années. Je cherchais à me connaître et me comprendre par la pensée. Puis ayant observé que la pensée est le siège du dysfonctionnement, je l’avais bannie de ma pratique de la méditation. Dès que je remarquais que le cours de ma pensée était inutile à l’organisation pratique de ma vie, je la quittais pour revenir en contact avec moi-même au delà des mots, un retour à la simplicité de ma sensation d’exister. Dans ma quête de libération du joug de la pensée compulsive j’avais pris un contrepied trop extrême, et j’avais un peu fait de la pensée un ennemi. Il était important de lui rendre sa place…

En 2006, j’ai commencé à enseigner, plus précisément à partager le fruit de mes recherches, avec Jaya, puis avec Christopher, puis avec d’autres enseignants, indiens ou occidentaux.

Depuis lors, je suis revenu habiter en France, et j’y ai fondé une famille. Mon style de vie a radicalement changé, mais l’essence est toujours la même : la curiosité qui me pousse à explorer la vie, la quête de connaissance de soi, la recherche de toujours plus de liberté intérieure, de sagesse. Je continue ma pratique quotidienne de méditation, assise, allongée, ou marchée, utilisant la concentration ou non. Mon chemin comporte aussi une bonne dose d’introspection. J’y intègre aussi des techniques de compassion et de visualisation.

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Dharma Nature propose différentes sortes de retraite de méditation
Dharma Nature, l’association que j’ai fondée en 2006, propose différentes sortes de retraite de méditation. Toutes sont non dogmatique, et se basent sur la certitude que nous sommes bien plus vaste que ce que nous connaissons de nous-même. Nous pouvons développer la confiance et réveiller ce qui est déjà en nous et par ce chemin, nous libérer de nos petites névroses et autres schémas dysfonctionnels.

DHARMA-NATURE

Pendant ces retraites, nous développons la capacité d’observer calmement notre monde intérieur. Cette observation est libératrice. La physique quantique nous confirme que l’attention a un effet sur son objet. On prête attention à ce que l’on aime, c’est un acte d’amour. Quand notre corps, notre cœur et notre esprit sont baignés dans notre propre attention, l’effet est extrêmement bénéfique. De plus, nous découvrons que nous ne sommes pas ce que nous croyions être, que nous avons une existence indépendante et inaccessible au mental. Intuitivement, au delà de ce que nous pouvons comprendre, nous devenons familiers avec nous-même. La connaissance de soi n’est plus une accumulation d’idées à propos de nous-même, mais une capacité de rester en contact avec notre sensation d’exister, quel que soit le contexte dans lequel nous existons.

Nous proposons des retraites toute l’année, dans différents pays, avec différents thèmes. Si les questions que j’ai abordées sont aussi vos questions, n’hésitez pas à venir partager l’aventure avec nous. La plupart de ce que nous organisons est proposé sur participation libre, pour n’exclure personne.

Merci pour votre lecture,
Denis
www.dharmanature.org


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