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A LA RECHERCHE
D’UN DEVELOPPEMENT PSYCHO-SPIRITUEL

Karin Reuter

Karin Reuter
Psychologue et psychothérapeute

Michel Savage
Consultant RH

Parler de développement psycho-spirituel fait référence aux deux dimensions constitutives de ce que nous sommes : la psychologie nous renvoie à notre réalité mentale et affective ; la spiritualité, à notre essence, au cœur de nous-mêmes. Pourquoi chercher à développer ces deux dimensions ? Si nous n’étions pas dénaturés, ce développement se ferait tout seul. Mais voilà, tout le monde sent bien aujourd’hui que quelque chose s’est détraqué chez l’être humain. Comment en sommes-nous arrivés à être la seule espèce vivante capable de détruire son habitat et celui de milliards d’autres espèces ? Cela n’a d’ailleurs rien de nouveau : les êtres humains se sont toujours détruits ; ce qui a changé, c’est l’échelle de notre force de frappe… Même les traditions les plus anciennes parlent d’ignorance, d’illusion ou de chute pour tenter de dépeindre ce divorce dans notre condition. Mais si ces traditions étaient-elles-mêmes victimes du voile de l’ignorance qu’elles prétendent lever ?

Cette question est très rarement posée au point que parler de l’être humain comme un être déchu ou dégénéré est devenu une évidence pour beaucoup. L’Orient parle de la roue des renaissances comme d’un cycle infernal dont il s’agirait de se soustraire, et l’Occident, de notre passage sur terre comme d’une vallée des larmes à traverser avant de gagner un paradis… sous condition. Bien sûr, il restera toujours une minorité d’épicuriens invitant à tirer le meilleur parti de cette courte vie avant de sombrer dans l’oubli. Mais même pour eux, l’angoisse de voir leurs jours heureux se terminer jette une ombre au tableau. Dans un cas comme dans l’autre, on reste prisonnier d’une perspective dans laquelle la vraie vie se passe d’un côté ou de l’autre du voile et jamais des deux. Si chacun de nous prend la peine de sonder ses profondeurs quelques instants pour interroger le sens qu’il donne à la vie et à la mort, il verra que ce dilemme n’est jamais bien loin. Voilà l’empreinte du voile de dualité qui recouvre même les sagesses du monde entier : voir en l’être humain un être condamné à vivre… et à mourir. Or si tout cela n’était qu’un test, joyeusement consenti, consistant à découvrir notre divinité sous nos apparences humaines ?

Etre humain n’est jamais acquis. Qu’est-ce qui caractérise notre humanité sinon le fait de nous redresser, de penser, de parler, de rire, bref, d’être conscient de nous-mêmes ? Cela ne se fait pas en un jour. Ne faudrait-il pas plutôt admettre qu’on ne naît pas humain mais qu’on le devient ? Ou plus exactement que notre être est ce que nous sommes, et notre humanité, ce que nous devenons ? Cette différence est lourde d’implications. Nos attributs humains s’inscrivent dans le temps, avec un début et une fin, tandis que notre nature profonde échappe au temps : ce que nous sommes, nous le sommes de toute éternité. Ce que nous devenons – humain – peut évidemment se développer avec le temps mais qu’en est-il de ce que nous sommes déjà ? Peut-on demander à de l’or de devenir de l’or ? Cela n’a pas de sens. Par contre, on peut affiner les attributs qu’il va prendre : sa pureté, son éclat. De même, on peut attendre de l’humain qu’il développe sa force, sa sensibilité, son intelligence, et qu’il mûrisse dans tous les sens du terme. L’être infini que nous sommes par contre, ne peut pas devenir plus infini qu’il ne l’est : ce qui peut grandir, c’est la conscience qu’on en a. Lorsqu’on parle de développement spirituel, il serait donc plus juste de parler d’éveiller la conscience de notre nature essentielle. C’est en ce sens que nous pouvons nous réaliser, réaliser qui nous sommes depuis toujours. Et puisqu’il semble convenu d’attribuer l’infini et l’éternité au divin, convenons que nous sommes de nature divine prenant forme humaine le temps de l’incarnation.

Cela change la perspective millénaire selon laquelle nous serions de misérables créatures déchues. Autrement dit, nos caractéristiques humaines ne seraient qu’une apparence provisoire, un véhicule avec plusieurs fonctions : une intelligence instinctive reliée au cerveau reptilien pour préserver notre survie ; une intelligence émotionnelle reliée au cerveau limbique pour ressentir nos besoins et ceux des autres, et une intelligence cérébrale reliée au cortex pour tenter de comprendre le monde. Claudio Naranjo a eu l’intuition géniale de relier chacun des trois cerveaux à une identité et à leur forme d’amour spécifique. Ainsi, il relie le reptilien à l’Enfant intérieur et à l’amour de soi, générant du plaisir ; le limbique à la Mère intérieure et à l’amour de l’autre, la compassion ; le cortex au Père intérieur et à l’amour des idées ou des valeurs, le respect. Lorsqu’on parle de développement personnel, c’est bien au développement intégré de ces trois formes d’amour et d’intelligence qu’il est question. Naranjo précise bien que c’est l’éveil du témoin qui permet d’harmoniser ces trois centres. En même temps, lorsqu’on explore notre nature profonde, on doit se rendre à l’évidence : notre nature est d’aimer… et d’être aimé. C’est le besoin fondamental de tout être humain, souvent masqué ou dénaturé derrière toute sorte de faux besoins. Tout notre être est programmé pour se sentir exister, et c’est bien lorsqu’on se sent exister que l’on se sent aimé. Les avatars de notre histoire et de notre conditionnement ont le plus souvent pour effet de faire dépendre cet amour inconditionnel de formes d’amour conditionnelles, parfois même perverties – ce que Bob Hoffman traduit par « amour négatif ». Cela freine, bloque ou dévie la construction de notre personnalité, notre identité sociale, et c’est ce développement qui bien souvent doit être repris plus ou moins à la base au cours d’un travail de guérison ou d’accompagnement. Notre être intime, lui reste à tout jamais radieux, mais sa lumière est voilée par l’ego, l’identité figée par le manque d’amour. Le travail de développement personnel consiste donc à dissiper l’ombre de l’ego pour nous permettre de restaurer notre amour propre, la lumière de notre vraie nature.

C’est en cela que le travail de guérison et d’éveil se recoupent quand ils sont correctement intégrés. A défaut, on risque d’hypertrophier l’image factice et artificielle de nous-mêmes qui nous coupe de l’au-delà de l’ego. A l’inverse, une certaine spiritualité mal comprise peut aboutir à nous désincarner, à renier notre dimension bien terrestre sous prétexte de réaliser notre nature non duelle ou d’être libéré du cycle des naissances. Comme le dit si bien l’adage : « Qui veut faire l’ange fait la bête ». C’est le risque de renier l’une ou l’autre de ces dimensions. Il n’y a pas à vouloir devenir ce que nous sommes déjà, divins en essence, il y a plutôt à consentir à l’incarnation que nous offre l’expérience terrestre. Le mouvement transpersonnel a toujours eu pour vocation de concilier ces deux dimensions – psychologique et spirituelle – mais faute de s’accorder sur ce qu’est vraiment la spiritualité, il aboutit à des divergences de fond altérant profondément l’impact qu’il aurait pu avoir dans les sciences humaines. En gros, on peut distinguer quatre courants dans le mouvement transpersonnel :

- un courant mythique et magique mélangeant souvent les expériences de communion fusionnelle avec les expériences d’union mystique : la fusion tourne à la confusion ;
- un courant d’exploration des états altérés de conscience, souvent à l’aide de psychédéliques, confondant états de conscience, éphémères par nature, et niveaux de conscience, stables, mais nécessitant vigilance et pratique
- un courant post-moderne niant toute référence à une Vérité absolue au nom du droit à la vérité de chacun et d’une prétendue harmonie
- un courant intégral, dans la lignée de Ken Wilber (*) qui se démarque aujourd’hui du mouvement transpersonnel à cause précisément des prétentions universalistes des deux premiers courants et des revendications relativistes du troisième.

Claudio Naranjo parle quant à lui du « bouillon du bouillon » à propos de la transmission de l’Ennéagramme, approche transpersonnelle par excellence.

Pour peu que l’on reste attentif à ces risques de confusion amenant à vouloir s’entraîner à être ce que l’on est déjà faute de le reconnaître ou à renforcer le piège de l’égo auquel on s’identifie sous prétexte de « l’améliorer », on peut parfaitement entamer une démarche de développement personnel dont le critère de réussite sera toujours un plus grand amour sous ses trois aspects.

* Cf « Un entretien avec Ken Wilber : la fin de la psychologie transpersonnelle »


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