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L'ART-THERAPIE ou
L’ART et la CONNAISSANCE de SOI

par Catherine MAZARGUIL, Artiste peintre, Animatrice de l’ATELIER DU LAURIER ROUGE

Catherine MAZARGUIL

L’ATELIER du LAURIER ROUGE est un espace de création où les activités artistiques servent de support à la Connaissance de Soi, dans le sens de Yoga de l’Art. En Inde, toute pratique assidue d’une activité en lien avec sa recherche intérieure peut devenir un Yoga. Le Yoga de l’Art, c’est la recherche de l’équilibre intérieur par la pratique artistique - se relier au Soi grâce à cette pratique.

L’art-thérapie pratiqué à l’ATELIER DU LAURIER ROUGE rejoint ce Yoga de l’Art par plusieurs aspects, notamment dans la poursuite de l’adéquation la plus profonde entre ce que les yeux voient, ce que le mental en pense, ce que le coeur ressent et ce que les mains laissent comme trace dans le visible, ici par l’intermédiaire du dessin et de la peinture.

Le mot « thérapie » n'est pas toujours adéquat, mais il n'en existe pas d'autre signifiant qu'un travail sur soi peut aider à aller mieux. D’un autre coté, en occident, le terme « yoga » est plus associé à une gymnastique de bien–être, au détriment de la recherche intérieure...

L'image est une réalité qui agit. L'art-thérapie sera donc l'utilisation de cette réalité à des fins de Connaissance de Soi.

L'art-thérapie travaille avec l'image. L'image peut être celle que l'on reçoit ou celle que l'on produit, celle de notre perception directe, celle aussi de notre vision intérieure. C’est par la prise de conscience de son propre pouvoir créateur - car nous sommes tous, petits ou grands, créateurs d'images - que chacun, suivant sa demande et son aspiration, peut évoluer vers plus d'indépendance et de clarté.

Mais essayons dans un premier temps de comprendre comment s'élabore cette prise de conscience, à travers cette réalité projetée constituée par l'image que nous créons ?

REEL ET REALITES

Il est nécessaire, avant tout, de bien distinguer le réel… de la réalité. On pourrait affirmer que la réalité est ce que nous percevons du réel. S'il existe bien un unique réel, incontournable, objectif, ce sont, par contre, mille et une réalités qui coexistent à chaque instant à l'intérieur de nous-mêmes. La table, la chaise, la montagne, la douleur, notre voisin... sont bien réels, mais notre perception les traduit en autant de réalités différentes qu'il existe de moments dans la journée, et dans la vie entière. Cette transformation du réel (unicité) en réalités (pluralités, dualités) s'effectue grâce à notre mental et notre culture environnementale, grâce à notre vital et à notre potentiel émotionnel, et grâce à notre physique producteur de sensations. Plus nous ferons se rapprocher ces diverses réalités du réel, plus nous éclaircirons notre conscience.

L'IMAGE ET LE REFLET

Lorsque l'artiste dessine ou peint ce qu'il voit - avec ses yeux ou avec sa vision intérieure - il cherche la ressemblance entre lui, ce qu'il perçoit, ce qu'il ressent et ce qu'il trace. Il y a là une impression, un acte physique (celui de voir), une sensation ou une émotion (ressentir), une identification d'ordre mental ou conceptuel (choisir, juger, jauger) et enfin une inspiration qui peut être psychique ou spirituelle (élargissement de la conscience ou dépression par exemple). Tous ces phénomènes sont bien sûr simultanés et entremêlés, mais avec attention nous pouvons arriver à repérer ces différents états particuliers à l'intérieur de soi.

Dans sa pratique artistique, l'artiste produira ensuite à nouveau un acte physique, une émotion, un ressenti, une idée, un état qui transparaît dans sa toile... pour une nouvelle expression : l'oeuvre. C'est donc l'individu dans sa globalité et toute sa complexité qui entre en jeu dans l'acte de créer.

L'artiste, dans cet instant de création, ne cherche pas la différence entre lui et l'objet, celui-ci n'est pas placé à l'extérieur mais en lui.
De même, tout individu lorsqu'il est en acte de dessiner, de peindre, d'oeuvrer, ne peut pas être différent de ce qu'il regarde (l'objet, le sujet), ni de ce qu'il crée (le dessin, la peinture...).

Il est le plus juste possible.
Il peut choisir ce à quoi il va s'identifier.
Et il peut être tout, car il est en contact avec TOUT.

« Il suffit que je vois quelque chose pour savoir la rejoindre et l'atteindre, même si je ne sais pas comment cela se fait dans la machine nerveuse... Tout ce que je vois par principe est à ma portée, au moins à la portée de mon regard, relevé sur la carte du « je peux », affirme le philosophe Merleau-Ponty.

Et le peintre Olivier Debré nous éclaire aussi de son témoignage : « A un moment donné quelque chose se fige dans la matière même et c'est la réalité de l'émotion, et c'est en fait moi, moi qui ne suis vivant qu'autant que cette émotion est en moi. Il y a une espèce d'imbrication entre une atmosphère mentale et une atmosphère réelle. Et à partir de là, je suis ce que je vois puis la vue se renverse en moi. On est toujours en soi et hors soi, comme une vapeur. La rencontre d'une forme crée ma propre forme, je peins dans l'émotion une réalité qui m'engendre moi-même ».

L'ACTE, LE GESTE

Le principe de ce travail sur soi est simple, ce qui ne veux pas dire facile : si l'individu intervient sur son environnement dans un acte vrai, authentique, ici par l'intermédiaire de la création artistique, des éléments perturbés en lui, ou disharmonieux, peuvent se remettre en place, partiellement ou en totalité, temporairement ou définitivement, par la conscientisation de cet acte.

Dans l'acte de créer, l'individu signe l'espace qui l'entoure. Il trace non seulement son état visible, mais il peut signer aussi de quelque chose de plus profond qui n'a pas toujours une possibilité d'émergence autrement (par exemple dans le geste, la pensée, la parole, l'acte...).

Cette nouvelle émergence - l'oeuvre ainsi créée, agit en retour.

Non seulement l'oeuvre prévient celui à qui elle est adressée (soi-même et/ou les autres), élabore le problème, interroge, pose une question, mais simultanément elle peut donner la réponse, remettre en ordre, trouver la solution.

De cet aller-retour de l’oeuvre à soi, et de la réduction de la différence entre le réel et la (les) réalité (s) résulte la conscientisation de l’acte créateur. Un pont est jeté au dessus de l’abîme entre soi et le monde extérieur ; le pont, c’est l’oeuvre.

Acte d’abord, conscience ensuite, qui pour autant ne vont pas changer le monde - ni la cause de nos souffrances, mais qui vont nous rendre plus acteur-créateur, à la fois dans notre vision plus élargie de ce monde justement que dans notre type de réponse – ou de non-réponse, que nous engendrerons.

Ce que nous appelons « art-thérapie » ou « art et connaissance de soi » consiste en une pratique artistique (ici le dessin et la peinture) utilisée plus particulièrement pour favoriser le développement de la personne et l'ouverture à Soi. Tenter d’harmoniser également le faire et le verbe avec l’Etre - les mains, l’intellect et le cœur, dans le présent, et non plus en référence au passé. L'art et la créativité par excellence ne s'occupent que de l'instant présent, de ce qui est, et de ce geste qui va décider le prochain instant : la création est « au devant de soi » dit à ce propos J. P. Klein. Aucun peintre n’a jamais témoigné du passé, son oeuvre s’inscrit toujours dans le présent, voir dans l’avenir contenu subtilement dans le présent.

L'art-thérapie va donc proposer aux personnes en quête de changement (préalable indispensable) des outils, des passages, des ponts, leur permettant de trouver ou de retrouver le chemin de cette oasis personnelle, celle qui redonne l'élan dans la vie.

A l’Atelier du Laurier Rouge, divers niveaux sont abordés selon les personnes, selon leur recherche : de la stimulation sensorielle par les couleurs, à l'élaboration de mandala - structures de soi et de l'univers, en passant par le dessin d'observation, la création imaginaire, l'expression libre, le livre-objet ou livre de vie...

Sur la pratique du dessin d’observation. Nos yeux nous servent la plupart du temps à obtenir des informations sélectionnées au préalable par notre passé affectif et par notre constitution intellectuelle. C'est donc bien souvent un regard « mental » que nous portons sur les objets et les choses de la vie. Il est possible, en y travaillant, de changer de regard et d’aborder ainsi les événements qui nous arrivent d'une toute autre manière, plus élargie. Une approche nouvelle et peu académique du dessin peut nous aider dans cette démarche. Dans l’exercice du dessin d’observation, il s'agit de percevoir le réel, ce que nous avons devant nous - une nature morte, une composition, un paysage. Il va falloir non seulement mettre les choses et les éléments à leur place, mais aussi prendre conscience de notre interprétation. Prendre conscience de comment nous en avons fait notre propre réalité, différente pour chacun, et y remédier si cette interprétation nous gêne.

Et il y a de grandes chances pour qu'en se prêtant à cette technique de concentration, ou acuité visuelle, durant un certain laps de temps, nous apprenions aussi à regarder les éléments de notre vie d'une toute autre manière, d'une façon plus posée, plus calme, plus stable.

C'est ici que se trouve la mince frontière entre l'art et l'art-thérapie : utiliser la technique du dessin pour mieux voir, devenir conscient de ses mouvements intérieurs et lire l’œuvre comme une métaphore de notre comportement quotidien.

« Le dessin permet de mieux comprendre le monde » dit Léonard de Vinci.

L’expression de l’imaginaire. Notre environnement quotidien est constitué par une société remplie d'images (télévisuelles, publicitaires ou même virtuelles...) mais nous ne connaissons pas celles de notre propre imaginaire, sauf parfois dans le souvenir de nos rêves.

Une technique de relaxation profonde – le Yoga Nidra, va servir ici à intérioriser notre regard et à développer la confiance en soi nécessaire à toute approche artistique quelque peu impliquant. Dans cette pratique, l'individu apaise tout d'abord la partie physique. Le corps est détendu, allongé la plupart du temps, au chaud. Puis des exercices plus subtils de respiration donnent un support à l'exploration de la part émotive de l'individu. La régulation de l'expire et de l'inspire, l'alternance de la respiration dans les deux narines procurent l'équilibre nécessaire qui s'ajoute à la stabilité physique créée précédemment. Puis, une fois le corps et le vital apaisés, le mental est sollicité et réorienté vers la projection sur l'écran blanc des images de notre quotidien. Les participants prennent alors conscience de leur suprême pouvoir quant à faire venir à eux toutes sortes d'images sous leur volonté, les positives comme les négatives, dans une attitude de bienveillance et de neutralité intérieure. Enfin, vient l'aspect plus psychique de la pratique qui est l'intégration d'une aventure de régénération et l'élaboration de symboles forts issus des grands archétypes qui dirigent notre pensée.

Ainsi tous les plans de l'être sont tour à tour éveillés et harmonisés : le physique, l'émotionnel, le mental, le psychique.

A la suite de la relaxation, je propose un thème, issu de la visualisation : il y a passage à l'acte créatif. Cette expression spontanée, permet à chacun de repérer ce qui l'habite à l'instant présent, comment l’imaginaire fonctionne et combien cela ressemble à la création des rêves nocturnes, si ce n'est que là, nous sommes éveillés, et que nous pouvons agir directement sur nos créations : elles sont ainsi moins effrayantes, modulables, transformables, parfois même très rassurantes.

Nous évoluons alors dans une véritable aventure de l'autonomie : nous sommes libres de faire ce que nous voulons avec ce que nous créons ! C'est cette puissance de la visualisation et sa concrétisation par le dessin que les docteurs Carl Simonton, Elisabeth Kübler-Ross, ou Bernie Siegel ont, par exemple, utilisé avec leurs patients.

Dans cette pratique, c'est avant tout la phase de visualisation qui alimente les racines de la créativité. L'expression artistique qui suit ne fait que révéler ce qui s'est produit à l'intérieur de l'individu, permettant d'exprimer ce qui a été auparavant imprimé.

En fait, tous les artistes pratiquent de la sorte, plus ou moins consciemment, pour faire émerger des images, sauf que le plus souvent rien n'est maîtrisé, ni organisé, ni accompagné... le but de ces artistes n'étant pas, à priori, la Connaissance de Soi et ni le travail de clarification de ces mécanismes intérieurs.

INVITATION AU CHANGEMENT

Nous l'avons vu, l'art peut faire fait le pont entre la vie matérielle et la vie psychique de l'individu.

Le Yoga Nidra permettra de traverser ce pont en toute tranquillité, et le dessin d'observation en constituera le bastingage.

Ces techniques, incluses dans le processus d'art-thérapie, vont non seulement redonner confiance en soi, mais agiront également comme régulateur des énergies puissantes qui ne manqueront pas d’émerger de toute pratique artistique.

Ceci permettra à l'individu en marche vers son autonomie de prendre appui sur des forces intérieures encore inexplorées, en toute sécurité, afin d'accompagner son désir de changement. « C'est en prêtant son corps au monde que le peintre change le monde en peinture » dit encore Merleau-Ponty...

Prendre conscience de nos propres créations et de celles des autres, c'est ainsi se rapprocher un peu plus du réel, et donc du plus profond de nous-même.

Apprendre à faire émerger les images de notre vraie intériorité, pour agir dessus, peut nous permettre d'évoluer vers l'indépendance et la clarté. Ceci constitue le but de l'Art-thérapie développé à l’Atelier du Laurier Rouge.

L'art ainsi considéré devient un processus de recherche intérieure,
une aide pour aller mieux,
un outil pour avancer.


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