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Interview
Art et Connaissance de soi

Catherine Mazarguil

avec Catherine Mazarguil

Question 1 :
Vous proposez un cycle de stages qui s'intitule ?  ART ET CONNAISSANCE DE SOI», pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ?

L'ART est avant tout expression, information, action de faire passer l'invisible à travers la matière (dessin et peinture à l'Atelier) pour le rendre visible - ce qui ne veut pas forcement dire compréhensible.

La CONNAISSANCE de SOI, c'est avant tout l'observation de nos différents mouvements mentaux, émotionnels et psychiques afin de se rendre compte des séparations entre nos pensées, nos choix, nos actions. Dans un deuxième temps (qui peut se situer en parallèle), la Connaissance de Soi va permettre de réduire ces distanciations et d'harmoniser les différents plans de l'être humain.

Dans mes stages, en associant l'ART et la CONNAISSANCE de SOI, nous allons engendrer un aller retour entre l'oeuvre picturale et l'état intérieur. Si nos ouvres nous enseignent, l'action sur nos images va elle aussi agir sur notre intériorité. Peu à peu, nos mains produisent, révèlent, expriment, ce que notre cour ressent et ce que notre mental en pense. Notre ouvre nous ressemble et nous ressemblons à notre ouvre. Cette interaction peut fournir un merveilleux outil pour notre évolution, et nous rentrons dans l'Art-Thérapie lorsqu'à partir de cette expérience, nous élargissons notre conscience pour sortir d'un état de séparation.

Question 2 :
Quels sont les arts créatifs que vous utilisez dans vos stages ?

laurier rougeLes activités à l'ATELIER du LAURIER ROUGE sont axées principalement autour du dessin et de la peinture. Les nombreux matériaux utilisés sont tout à fait classiques : mine graphite, fusain, pierre noire, sanguine, pastels secs et à l'huile pour le dessin ; gouache et acrylique pour la peinture ; beaucoup de pratique du collage également. Les supports sont le papier ou les toiles. Ce qui est moins classique, c'est l'approche de la création. Les toiles sont toujours carrées, format de prédilection pour recevoir le mandala. On utilise souvent des techniques mixtes et le volume apparaît parfois dans les stages autour du Livre-objet ou du Carnet de Voyage. L'approche du dessin sera très différente des cours académiques. Par exemple, si les notions de perspective sont abordées dans le sens de Connaissance de Soi, toutes les perspectives seront non seulement tolérées, mais encouragées. Je demande aux stagiaires de prendre parti, délibérément, pour la perspective de leur choix, qu'elle soit classique (les points de fuite vers l'extérieur - nous pénétrons l'univers, l'univers se rétrécit) ou inversée (les points de fuite vers soi - l'univers pénètre en nous, l'univers s'élargit) ou cavalière (angles à 45 °) ou autre. Car à chaque fois, le sujet, c'est la personne qui peint et non pas l'objet extérieur. Et même lors des stages sur l'auto-portrait, ce n'est que rarement un portrait physique qui ressort, mais un auto-portrait plus subtil, ou se mêlent l'histoire de la personne, sa culture, voire une civilisation spécifique, sorte de « famille d'âme » - et pas toujours celle que l'on attendrait d'ailleurs. Pour résumer, si un visiteur non averti traverse l'Atelier, il ne notera pas de différences majeures, les matériaux et l'ambiance ressemblent à un cours ou à un atelier traditionnel : beaucoup de concentration, le calme, le silence, la recherche assidue de la ligne et de la couleur.la petite pause café, mais dans le secret de la feuille, les ouvres en disent bien plus à leurs auteurs que dans un cours classique. En même temps, comme j'ai une solide formation de Beaux Arts, je peux aussi répondre à une demande très technique si on se trouve face à une impasse. Et puis il y a toujours des moments d'intériorisation avant les créations, avec la pratique de Yoga Nidra une fois par jour.

Question 3 :
Parlez nous de vos différents stages qui sont à venir : mandala, collage...etc.

Cette année, différents stages sont programmés d'Avril à Août, résumant toutes ces approches : une initiation à l'ART ABSTRAIT, pour tenter de comprendre cette véritable révolution picturale et philosophique du XX eme siècle ; un stage sur le COLLAGE, pour « déverrouiller » la créativité, et permettre aux « nuls ! » en dessin de réaliser des merveilles ; un stage RELAXATION et MANDALA, où celui-ci est appréhendé comme outil de créativité, dénué de tout contexte ou dogme religieux ; un stage sur les GRANDS FORMATS, où les limites s'arrêteront dans le champ d'en face ; un stage CARNET DE VOYAGE, plus classique dans sa forme, mais très intimiste, mêlant images et textes ; et enfin un grand classique pour une approche de la Connaissance de Soi, le PORTRAIT et l'AUTO-PORTRAIT, tel qu'évoqué précédemment.

Question 4 :
Quand et comment êtes-vous venu à la spiritualité ? Et quelle est la voie spirituelle qui vous parle le plus ?

Un de mes premiers contacts avec la spiritualité, enfin d'une manière consciente, ce fut vers 13 ou 14 ans, lors d'une petite « retraite » à Chartres. J'étais élève dans une école religieuse - mes parents m'avaient mis là car, les psychologues et les institutrices du primaire s'étaient concertées pour me déclarer « limitée » d'un point de vue intellectuel et je n'ai jamais pu intégrer une sixième normale. Il faut dire que dès toute petite, je ne me facilitais pas la tâche : j'ai toujours refusé obstinément d'apprendre quoi que ce soit que j'estimais inutile pour ma vie. Dans cette école, trois activités - ou lieux - m'intéressaient particulièrement. Tout d'abord, on pouvait pratiquer des activités de création le midi, entre le repas et les cours. J'allais tous les jours dans cet atelier, pour m'initier à la vannerie, à la poterie, au cartonnage ; déjà j'adorais créer avec mes mains. Le second lieu que j'affectionnais était un petit oratoire, ouvert constamment, où chaque élève pouvait venir s'y recueillir mais nous n'étions jamais nombreuses. Je m'asseyais et je regardais fixement la petite lumière rouge sur l'autel tout blanc, avec des fleurs autour. Quelque chose de très simple, l'ambiance était intime, silencieuse, et je me souviens encore des murs peints en blanc qui avaient une forme arrondie au dessus de nous. Et enfin, ces « retraites » programmées au printemps, où je m'inscrivais à chaque fois, seule occasion pour moi de quitter la famille et de toucher à l'indépendance durant quelques jours. Lors d'un de ces séjours à Chartres, après une visite de la cathédrale, c'est là que j'ai décidé de VIVRE, de vivre consciemment. Pas seulement de vivre parce que j'étais née, et que ma foi, puisque j'étais là, autant continuer. Non, décider de VIVRE VRAIMENT.

Une lecture m'accompagnait à cette époque « Le courage d'être » de Paul Tillich. J'ai toujours gardé ce livre, et dans les pages jaunies par le temps, je retrouve quelques phrases soulignées au stylo bille : « Le courage est affirmation de soi « en dépit de », autrement dit, en dépit de ce qui tend à empêcher le soi de s'affirmer lui-même ».

Quelques pages plus loin : « Ce que l'on peut déclarer tout d'abord sur la nature de l'angoisse, c'est qu'elle est cet état dans lequel un être est conscient de la possibilité de son non-être. On pourrait exprimer plus brièvement la même affirmation en disant que l'angoisse est la conscience existentielle du non-être. Dans cette expression, « existentiel » signifie que ce n'est pas une connaissance abstraite du non-être qui produit l'angoisse, mais la conscience que le non-être fait partie de notre être propre  ». Cette dernière phrase est même soulignée trois fois.j'avais 14 ans. Et puis cette phrase terrible qui m'a décidé à vivre « C'est ce qui fait échouer les tentatives de suicide dans le vide et l'absurde. On prend conscience de leur inutilité ». Bon, alors autant avancer !

Ensuite, ce fut la rencontre avec Sri Aurobindo, son beau visage, son regard qui porte loin, ses livres, sa biographie par Satprem. Je devais avoir 17 ans ou 18 ans. Là encore quelques phrases soulignées au stylo bille « .mais du jour où nous avons vu le mécanisme, tout peut changer ». Ou encore « La nature humaine peut être changée, en dépit de tous les dictons ». OUF ! « Et nous serons tout surpris, un jour, de voir que certaines vibrations, qui paraissent irrésistibles, ne nous touchent plus ; elles sont vidées de leur pouvoir et passent comme sur un écran de cinéma ; nous pouvons même voir d'avance, avec curiosité, la petite malice qui va essayer une fois de plus son manège». Avec Sri Aurobindo, une pratique spirituelle était expliquée, un yoga non postural très clairement exposé, une indépendance d'esprit fortement recommandée, un encouragement à toujours vérifier, tester, recommencer : pas de chemin tout tracé, mais une levée d'obstacles annoncée ! Cela m'a convenu tout de suite, et Sri Aurobindo reste depuis mon référent spirituel.

Mais de très nombreux autres chercheurs m'ont aussi beaucoup touchée, presque tous issus de l'Inde : Ramakrishna, Vivékânanda, Nivédita, Ramana Maharshi, René Guenon, Mâ Anandamayi, Krishnamurti, plus récemment Muktananda, U.G., Poonja.

Parallèlement à ces lectures, je me suis intéressée au yoga de Satyananda. A l'age de 20 ans, alors que j'étais aux Beaux Arts à Paris, je pratiquais chaque semaine ce yoga chez Micheline Flak. C'est là que j'ai découvert cette méthode merveilleuse de relaxation profonde, le Yoga Nidra. Dans mes stages aujourd'hui, j'utilise toujours cette technique pour aider les personnes à aller chercher une inspiration plus vraie, des symboles plus profonds qui vont les accompagner positivement dans leur création artistique.

Toutes ces influences sont très orientales, mais je suis également revenue plus récemment vers mon premier contact spirituel à travers la pensée et l'action de Bernard de Clairvaux. Une grande figure du christianisme, qui surgit de l'ombre au milieu du moyen age, accompagnant de toute sa fougue le mouvement naissant des cathédrales et des petites vierges noires. Et à Chartres était vénérée une des plus belle vierge noire de l'époque.Notre Kali occidentale.

En guise de conclusion :
Retrouve-t-on ces enseignements dans vos stages ou formations ?

Les propositions de l'Atelier sont essentiellement basées sur le développement personnel par la création artistique, et spécifiquement en dessin-peinture. Si on y retrouve des techniques de yoga, comme le Yoga Nidra, quelques postures, et des respirations dirigées, mon enseignement ne se rattache pas à une seule et unique pratique spirituelle, sauf peut-être celle de considérer tout acte créateur comme sacré . Et chaque personne progresse au niveau où elle le souhaite. Certaines personnes prennent là un enseignement technique, ou considèrent les stages comme un « starter » pour leur créativité un peu trop bridée jusqu'alors. Pour d'autres, ce sera un véritable support de Connaissance de Soi, faisant le lien bien souvent avec des démarches antérieures en psychanalyse, psychothérapie, sophrologie, yoga, ou voie spirituelle particulière - bouddhisme ou traditions amérindiennes, par exemple. Pour quelques uns la recherche devient expérience, et c'est une véritable révélation de leur puissance intérieure.

Merci Catherine pour cet interview !!!

Notes  : Voici les références des citations :
- Le Courage d'Etre, de Paul Tillich, aux Editions Castermann
- Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience, de Satprem, aux Editions Buchet / Chastel


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