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La promenade
Correspondance à propos de la méditation par Kaveen
Kaveen a suivi la voie de la méditation depuis plus de 25 ans. Kaveen a écrit des lettres magnifiques qui résument « sa promenade », ses questionnements, ses expériences, ses réalisations tout au long de sa vie. Nous allons publier tout au long de l’année 2007 ses lettres car elles peuvent aider toutes les personnes intéressées par la méditation. Kaveen partage la joie indicible qu’il y a à vivre sa vie au présent, à découvrir que l’âme n’est pas une chose, mais l’expérience de cette joie.
2ème partie :
L’âme n’est pas une chose, c’est une expérience. Je ne peux t’en donner une définition, car une expérience n’est pas définissable comme un objet.
L’âme, c’est la fusion avec la vie. C’est ce qui se passe en toi quand tu expérimentes cette fusion. L’expérience de l’âme est la disparition de ton identité, de ton moi, de ta personnalité, de tout ce qui a été construit en dehors de la vie pour la contrôler au profit de ta sécurité et de ta survie. C’est comme de supprimer des barrières, des frontières, des barrages et de laisser couler librement dans ton existence particulière le fleuve de la vie. Cette expérience fait disparaître en toi la séparation que tu maintiens avec les forces vives. Elle est l’émergence d’un sentiment imprévisible et inconnu d’union, de liberté. L’âme est une réunification avec notre essence. C’est là un phénomène à la source même de l’expérience humaine, porteur d’un bonheur d’une nature tout-à-fait différente de ce que nous appelons ordinairement le bonheur.
L’âme n’est donc pas quelque chose que tu as, c’est au contraire quelque chose que tu n’as pas, que tu ne peux pas avoir, et que tu ne peux même pas être. L’âme, du moment qu’elle s’expérimente, signe ta disparition. L’âme c’est l’expérience du non-être.
Cette humanité, dans sa course contre la peur de vivre, dans sa soumission aveugle aux impératifs de la survie dictés mécaniquement par le mental, n’a pas globalement d’expérience de l’âme. Cela reste, accidentellement, le fait d’individus séparés, assez fous pour se risquer dans la vraie méditation. Ils n’y récoltent que des choses qui désécurisent, déstabilisent, dépouillent, provoquent de l’anxiété, désidentifient, laissent nu et sans défense.
Après quoi, les rapides étant franchis, ces “fous” de l’âme sont sans repère, sans rien à quoi s’accrocher, mais ils ont au fond de leur inconsistance, de leur mortalité, une certitude: l’art de l’âme est la source d’une poésie étrange, d’une esthétique intense et subtile, d’une bénédiction et d’une grâce incontrôlables. Au contact de la vie, du vide et de ses forces de dissolution, tu ris, tu danses et tu ne sais pas pourquoi... Et la vie te remplit et te déborde... Je ne peux penser qu’à un seul mot pour traduire le mieux cette expérience-là: gratitude...
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Et voilà que tu veux changer la vie! Il n’y a rien à changer à la vie. La vie anime tout, sous toute forme, et vouloir la changer est l’une de ces dérives dérisoires de l’esprit fatigué et angoissé des hommes. Mais changer la façon de la vivre? Ah ça, oui!
Changer ta façon de vivre, c’est d’abord un acte fondamental de confiance en cette vie que tu veux libérer. La confiance, c’est comme la première respiration: ça ne s’apprend pas, ça vient de soi, mais ça peut prendre un petit coup de pouce de l’extérieur... Eh bien, mon ami, mon coup de pouce sera le suivant.
Il s’agit d’abord de bien comprendre que cette expérience de la transformation que tu appelles de tes vœux, ne transforme pas la vie, mais seulement la conscience que tu en as. Il te faut donc créer une distance d’avec ce style de vie marqué par l’inconscience, et dont tu ne veux plus. Ensuite, c’est là, justement, une expérience, quelque chose qui par définition n’existe que vécu en totalité par l’être dans ses plus profondes ramifications (l’être n’a pas de “ramifications”, de couches ou de profondeur, mais que dire qui puisse communiquer l’expérience du silence et du vide?). Aucun livre, aucune recette, aucun enseignement, rien qui vienne d’ailleurs que de ta réalité existentielle propre, ne pourra jamais constituer ou remplacer l’expérience elle-même. Il te faut sauter dans la mer, ou rester sur le même bateau. Pas d’autres alternatives.
Mais, vois-tu, beaucoup en conçoivent une sorte de peur minérale qui les empêche de sauter, qui les prévient d’en avoir ne fut-ce que la tentation. Tant pis. Pour les autres, qui ont peur, mais qui, comme toi, ont décidé de sauter, il faut savoir que l’aventure a un masque dramatique que ton mental lui dessine pour influencer ton choix, mais que, passé ce masque, tu te trouveras en train de te promener sur un chemin agréable, drôle, et qui te fera vite pousser quelques soupirs de plaisir.
Puisque c’est existentiel, commence donc par jouer avec ces fameuses “petites” choses de ta vie intime. Dramatiser cette aventure est un autre truc du mental pour te décourager de sauter. Par exemple, quand tu laces tes chaussures, regarde avec une attention passionnée le jeu automatique de tes doigts. Et change! Lace-les autrement. Voilà déjà une première opération que tu ne feras plus inconsciemment. Essaye une foule de petits changements.
En fait, change ta façon de faire tout ce qui passe à ta portée! Change ta façon de manger, de couper le pain, de t’asseoir, de croiser les jambes, de mastiquer, de te laver. Si tu as l’habitude de te laver la tête d’abord, commence par les pieds! Sois attentif à ta gestuelle quotidienne et tu verras que ces changements d’habitudes, bien que liés à des actes apparemment sans importance, en prennent soudain une très grande. Ils dérangent, ils déplacent les perceptions, ils décalent des opérations acquises et inconscientes. Ils t’amènent dans le présent. Bref, ils creusent cette distance d’avec les habitudes mentales qui est le signe de la naissance d’une transconscience. C’est souvent drôle et inattendu.
Etends ensuite l’éventail de ces gestes. Aborde ceux qui impliquent une autre personne, c’est-à-dire un possible jugement. Regarde comme tu as peur d’être jugé. Fais-toi donner un nouveau nom par une personne que tu aimes. Change ta façon de tenir la main de ton amante, de la caresser, change ta façon de lui parler. Change ta façon de t’habiller (un truc plus puissant qu’il n’y paraît!) Peu à peu, c’est toute l’expression de cette personnalité de carton-pâte qu’on t’a refilée en douce dans ton enfance, qui s’en trouvera ébranlée, soumise à ton attention... Nouvelle peur, mais nouvelles et belles émotions! L’aventure a commencé...
Extrait de l’ouvrage : Kaveen La promenade Correspondance à propos de la méditation Almasta Editions.
Pour contacter l’auteur : skaveen@hotmail.com
Nous publions des extraits de ce livre par chapitres.
- 1ère partie
- 2ème partie
- 3ème partie
- 4ème partie

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