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Kaveen La promenade

Correspondance à propos de la méditation par Kaveen

Kaveen a suivi la voie de la méditation depuis plus de 25 ans. Kaveen a écrit des lettres magnifiques qui résument « sa promenade », ses questionnements, ses expériences, ses réalisations tout au long de sa vie. Nous allons publier tout au long de l’année 2007 ses lettres car elles peuvent aider toutes les personnes intéressées par la méditation. Kaveen partage la joie indicible qu’il y a à vivre sa vie au présent, à découvrir que l’âme n’est pas une chose, mais l’expérience de cette joie.

1ère partie :

Je me réjouis de notre correspondance. Au lieu de te parler directement, je t’écrirai. Ce sera tout aussi fragmentaire et accidentel, la même complète improvisation et la même incohérence. Je te sais assez sensible pour lire dans mes lettres mon énergie, mes yeux et ma voix, qui seront le fil conducteur à travers cet empilement de mots sans suite logique.
La méditation n’est pas un sujet de philosophie ou un thème de réflexion. Je ne peux pas t’en parler d’une façon rationnelle, et écrire des chapitres et des para­graphes qui se suivent logiquement, car une telle logique n’existe pas. La méditation est non-logique et non-rationnelle. Elle est en permanence contradictoire. Elle te vient quand elle veut et te quitte de même. Cette correspondance est l’expression de notre méditation commune.
Après tout, une lettre écrite avec conscience n’est pas une lettre qui dit, c’est une lettre qui écoute.

Ce que j’expérimente est bien au-delà des mots. Mais en laissant intactes cette dispersion verbale, cette façon qu’ont tes questions et mes réponses d’engager une danse spontanée, je n’ai plus alors de gêne à utiliser des mots pour te suggérer ce que je vis. Ces mots me sont, en somme, tirés par tes questions, ou simplement, viennent d’eux-mêmes me rendre visite, parce qu’ils savent que je les aime bien, et qu’il y a toujours un coin près du feu pour eux. Ils véhiculent ce qu’ils peuvent, sont assez plastiques pour revêtir les habits de leurs hôtes. Qui sait si, ici et là, l’un d’eux ne va pas semer une jolie débandade dans la jungle des préjugés et du pouvoir...
Reste que les mots ne sont que des mots, et qu’il ne faut jamais confondre le menu avec le repas. Ces lettres ne sont que des invitations au bal. L’essentiel, c’est la danse.

Je t’invite donc à te promener sur ce chemin-là, le chemin vers toi-même, le chemin d’une découverte de ce que tu es déjà du seul fait d’être vivant. Que cette ballade soit pour toi une célébration de la seule chose qui soit sacrée, de la seule chose qui soit divine, du seul mystère au cœur de la réalité universelle: la vie.

1ère lettre :

Et d’abord cette première question où transpercent tant de tes anxiétés à propos de la vie. Etait-ce l’angoisse qui t’a fait verser tant de larmes l’autre jour? Peut-être. Il t’a paru que ces sanglots-là ne devaient rien à ce qui habituellement fait pleurer les gens. Mais, mon ami, ce qui rend les gens soucieux, tristes et leur donne envie de pleurer, ce ne sont jamais leurs soucis ou leur tristesse, ce ne sont jamais les coups portés à leur sécurité affective ou matérielle. Ce ne sont jamais les ébranlements de leur personnalité ou le sentiment d’être rejetés. Ça, ce sont les symptômes. Tes larmes viennent de plus loin. De cette zone obscure où tu t’es coupé de la vie, où tu t’es en quelque sorte extrait de son fleuve, parce que tu ne savais pas où son courant t’entraînait. Tu es resté sur le rivage, parce que c’est plus sûr. Par une sorte de malédiction due aux conditions pressantes de notre survie, nous nous sommes tous accrochés aux troncs morts des berges, et nous avons lutté contre le courant pour lui imposer nos barrages et notre route. Et nous avons tous misérablement failli. Tu pleures sur cette meurtrissure, et tu es béni! Oui, mon ami, béni! Car bien peu de gens ont la capacité d’en pleurer, et bien moins encore l’envie de plonger dans ce fleuve majestueux qui continue de dérouler ses flots de bonheur...

Cette promenade n’a pas d’autre but que d’aller à la rencontre de la vie, la vie en elle-même, la vie comme force universelle invisible, au-delà de ses manifestations, ce courant qui anime les êtres, leur création, leur destruction. La vie elle-même. Il est paradoxal que cette vie telle qu’en elle-même soit une force si faiblement et si mal perçue.

La relation directe, le contact sans intermédiaire, la communion avec cette force, opération par laquelle tu donnes naissance à ton âme, constituent finalement la seule expérience qui a un sens, comme une ultime floraison donne un sens à la plante: la rencontre du courant invisible de la vie à l’intérieur de toi, la découverte de la sensation de n’être rien qu’un souffle non-identifiable...

A l’intérieur de toi-même, dans cette intimité indicible dans laquelle a lieu cette expérience, tu y forges une perception unique et directe de la vie, et en même temps une sorte de distance d’avec toutes ses manifestations, d’avec toutes ses formes d’expression, une distance, ou si tu veux: une conscience. Un enfant souffle des bulles: voilà la vie qui souffle, et voilà les bulles que nous sommes! Et la conscience est comme le rire de l’enfant, sa joie, qui résonnent dans l’univers...


Extrait de l’ouvrage : Kaveen – La promenade – Correspondance à propos de la méditation – Almasta Editions.
Pour contacter l’auteur : skaveen@hotmail.com

Nous publions des extraits de ce livre par chapitres.
- 1ère partie
- 2ème partie
- 3ème partie
- 4ème partie


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