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Interview de Richard Gere
De
nombreuses célébrités dévoilent
leur attirance pour le bouddhisme : En France, il y a Yannick
Noah, Jean-Jacques Annaud, Charlotte Rampling, Dick Rivers,
Jean-Claude Carrière. Au niveau international, Martin
Scorsese, Leonard Cohen, Adam Yauch, Michael Stipe, Bertolucci,
Menuhin, Fellini et beaucoup d'autres... mais le plus fameux
de tous est certainement l'acteur au charme fou Richard
Gere.
Au-delà de sa pratique de l'enseignement
bouddhiste, il prend part au travail difficile de changement
des mentalités en soutenant le Dalaļ-lama ou en donnant
de multiples interviews et conférences sur la méditation
et la nécessité d'un changement de conscience
planétaire.
Voici des extraits d'un interview de Richard Gere sur sa
relation au bouddhisme réalisé par Melvin Mc
Leod et traduit par meditationfrance.com
QUESTION : Quand a eu
lieu votre première rencontre avec le bouddhisme ?
Richard Gere : J'ai deux choses qui me viennent à
l'esprit. La première c'est quand j'ai commencé
à lire le Dharma et la seconde c'est quand j'ai rencontré
mon premier enseignant bouddhiste,
Mais avant cela, j'étais passionné par la philosophie.
En fait, je suis arrivé au bouddhisme par les philosophes
occidentaux, surtout avec le philosophe et cardinal Berkeley.
"Si un arbre tombe dans la forêt et que personne ne
l'entend, alors, est-ce que cela a vraiment eu lieu ?" Oui.
L'idéalisme subjectif était sa thèse
et il était basé sur l'importance du mental
et de notre perception des choses.
Il était vraiment radical surtout pour un prêtre.
Il m'a vraiment accroché. Les existentialistes m'intéressaient
aussi beaucoup. J'ai été attiré par leur
thèse sur le néant sans savoir à l'époque
que ce mot n'était pas approprié. En fait, c'est
le vide qu'ils recherchaient, cette notion d'espace intérieur.
Ma première rencontre avec le dharma bouddhiste fut
quand j'avais 20 ...et quelques années Je pense que
comme la plupart des hommes, je n'étais pas heureux
Je ne sais pas si c'était suicidaire, mais je n'étais
en tout cas pas heureux et j'avais des questions comme " Pourquoi
tout ça, la vie... ? "
Je passais mes soirées à lire et à chercher
à comprendre un peu plus le sens de la vie. Le livre
d'Evans-Wentz's sur le bouddhisme tibétain m'a beaucoup
influencé.
QUESTION : Qu'est-ce que vous avez trouvé
d'intéressant, d'attirant dans ces ouvrages sur le
bouddhisme ?
R. Gere : Ce sont de bons romans dans lesquels vous
plongez facilement et en même temps, ils vous amènent
un message, une vision, à savoir qu'il est possible
de vivre dans le présent, dans l'ici et maintenant
et de vivre libre, libre intérieurement.
Ces ouvrages sur le bouddhisme m'intéressaient particulièrement
mais j'ai surtout commencé mon chemin avec un maître
Zen. Mon premier enseignant était Sasaki Roshi.
Avec lui, j'ai eu une expérience magique, une expérience
intérieure. J'ai alors compris que cela fonctionnait,
que tout cela était un vrai travail sur soi. On n'est
pas là pour voler dans les airs, ce n'est pas de la
romance. C'est un travail sérieux sur votre mental.
Cela a été un moment très important dans
ma vie.
Sasaki Roshi était incroyablement dur et adorable en
même temps. J'étais un néophyte et je
n'y connaissais rien. J'étais plutôt insécure
et mal dans ma peau.
Mais malgré tout cela, j'avais une vraie volonté
d'apprendre. Souvent, j'allais m'asseoir près de lui
et il me disait qu'il n'y avait rien à dire - Tout
est blablabla... Il n'y a que le vide...
Je le regardais alors en souriant...
Quand une personne a une telle connexion, les bouddhistes
disent que cela vient des vies passées, du karma...
QUESTION : Quand avez-vous rencontré
le Dalaļ-lama pour la première fois ?
R. Gere : Je suis resté étudiant Zen
au moins 5-6 ans avant de le rencontrer en Inde. On parlait
puis il me dit : Oh! Vous êtes un acteur ?
Puis il réfléchit un instant et me demanda :
Quand vous jouez un role où il faut être en colère,
êtes-vous vraiment en colère ? Ou quand vous
êtes triste, êtes vous vraiment triste ? Ou quand,
vous pleurez, pleurez-vous vraiment ?
Je lui ai donné une réponse d'acteur, à
savoir que si vous y croyez, l'émotion, est plus réelle..
Il regarda alors profondément dans mes yeux et commença
à rire. Il riait au fait que je pouvais croire que
les émotions seraient réelles, que je pouvais
travailler dur pour être vraiment dans la colère,
la tristesse ou les pleurs.
Cette première rencontre eu lieu à Dharamsala
dans une salle où je le vois maintenant souvent. Je
ne peux pas dire que mon attitude a vraiment changé.
Je suis toujours aussi nerveux quand je vais le voir et je
projette tout un tas de chose sur lui.
Maintenant, il y est habitué. Il m'expose rapidement,
me montre des choses et cela avec compassion...
Tout le monde veut le voir pour qu'il enlève la souffrance
de leur conscience
Ma première rencontre avec sa Sainteté a complètement
changé ma vie. Aucun doute !
Je n'ai pas du tout eu pour autant l'idée : " je donne
toutes mes possessions et je viens au monastère. "...
non, je savais que le travail se ferait à l'intérieur
de moi-même...
QUESTION : Quand vous êtes à
Dharamsala, avez-vous l'opportunité de suivre un enseignement
du Dalaļ-Lama ou de d'autres enseignants ?
R. Gere :J'essaie de voir tous mes enseignants. Certains
descendent des montagnes pour me voir. Dès fois sa
Sainteté donne aussi des enseignements. J'essaie alors
d'absorber le plus possible et de m'en rappeler.
La vie moderne, ici, est une telle distraction que d'être
là-bas est une belle opportunité pour se rappeler
ce qu'est notre mission, pourquoi nous sommes là.
Est-ce que cela ne vous divise pas d'aller dans ces deux mondes?
Non, je suis de plus en plus occupé par ma carrière
et si je ne partais pas loin du monde moderne un fois de temps
en temps ; sinon, je ne pourrais alors pas faire face à
moi-même et à mes côtés sombres.
Je ne les verrai même pas. Je ne suis pas si fort, si
brillant.
J'ai besoin que la vie me montre mon mental, mes conditionnements
ou mes schémas inconscients.
QUESTION : Etes-vous à l'aise
avec le fait d'être le porte-parole du Dharma ?
R. Gere : Du Dharma ? Je n'en ai jamais été
le porte-parole et je ne le serai jamais. Il me manque pour
cela des qualités essentielles.
Mais, on me pose toujours des questions sur le fait que je
sois bouddhiste.
Je peux simplement en parler à partir de mon expérience,
aussi limitée qu'elle soit... Bien que j'ai commencé
il y a déjà longtemps, je ne peux pas dire que
je maîtrise tout cela. Je ne peux pas dire que j'ai
un contrôle sur mes émotions; Je ne connais pas
mon mental et toutes les expériences intérieures.
Je suis perdu comme un peu tout le monde. C'est pourquoi,
je ne peux pas être un leader. Quand je parle de spiritualité,
je parle de ce que mes enseignants ont dit. Rien ne vient
directement de moi.
QUESTION : Vous semble-t-il que certains
thèmes du bouddhisme comme la compassion peuvent nous
aider ?
R. Gere : Absolument. Découvrir le fonctionnement
du mental et découvrir l'espace du cour sont inséparables.
Cela me rappelle une réponse du Dalaļ-Lama. Un jour,
une personne lui demanda : Comment apprendre à un enfant
le respect et l'amour pour les êtres vivants ?
Il répondit, regardez si vous pouvez déjà
faire en sorte qu'il aime et prenne soin de l'insecte car
c'est souvent quelque chose qui nous ré pulse.
S'il comprend ce que l'insecte est, son potentiel et cela
avec un profond respect et avec de la compassion pour toutes
formes de vie.alors, c'est déjà une grande étape.
QUESTION : Bien que vous ne soyez pas
le porte-parole du bouddhisme, vous défendez souvent
la cause du Tibet...
R. Gere : Je suis passé à travers différentes
choses à ce sujet. La colère n'est pas la même
aujourd'hui que celle d'y a 20 ans... Nous sommes en fait
tous dans le même bateau, Hitler, les Chinois, nous...
Qu'ont fait les Américains en Amérique centrale
? Personne n'ignore tout cela...
Les Chinois sont en train de se créer des vies futures
entachées d'horreur... nous devons avoir la compassion
pour eux, pour ce qu'ils se créent...
Quand je parle à des tibétains qui ont été
isolés et contrôlés depuis 25 ans.ils
me disent, en parlant du cour que le problème est beaucoup
plus large que la souffrance qu'ils ont endurée...
Ils disent qu'ils ont de la pitié et de la compassion
pour celui qui agit à partir de sa nature animale.
Vous voyez la sagesse, le cour de ce peuple.après être
en contact avec eux, vous ne pouvez revenir le même.
QUESTION : Je suis aussi impressionné
par les déclarations du Dalaļ-Lama qui rejoignent celle
de mon propre enseignant, Chogyam Trungpa Rinpoche sur la
nécessité d'une spiritualité universelle
basée sur des vérités simples au sujet
de la nature humaine qui transcende toutes les religions organisées.
Cela me semble un important message ?
R. Gere : Oui, je pense qu'il a raison. Sa Sainteté
dit que toutes les religions dans leur essence ont en commun
la compassion, l'amour. Nous allons tous vers l'amour. Et,
même ceux qui ne pratiquent aucune religion. Ils ont
quand même la religion de la bonté.
Tout le monde a la compassion. Tout le monde répond
positivement à la compassion. C'est fascinant de voir
un grand chef religieux prônait une religion de la non-religion.
C'est ce qui le rend plus grand que le Tibet, plus grand que
le bouddhisme ; beaucoup plus grand. Le bouddha était
aussi au delà du bouddhisme..."
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