
Interview de Roland TALBOT
par Emmanuel MOULIN
meditationfrance - juin 2005
Comment êtes-vous venu à la méditation et quand avez-vous créé la structure Stress Combat ?
Je suis arrivé à la méditation par quatre phases bien disctinctes :
En 1970, vers l'âge de 10 ans, mes parents et moi avons quitté Pantin, pour nous installer à Bobigny. Etait-ce dû au déménagement, je me trouvais parfois dans des états d'apathie et je pouvais rester des heures allongé sur mon lit, à fixer le mur, sans penser à rien. Au bout de quelques mois, je me suis rendu compte que j'avais de plus en plus d'idées à l'esprit, et que j'avais de plus en plus fortement envie d'écrire. Il me venait, ainsi, des idées de poèmes, de récits de fiction que je n'avais plus qu'à noter tellement les idées arrivaient vite et parfaitement structurées. J'avais l'impression que des nuages d'idées passaient au-dessus de moi, et je n'avais qu'à me servir pour créer et inventer des récits qui prenaient des tournures de plus en plus philosophiques. En outre, les phases d'apathie disparurent et j'ai développé, au contraire, un moral inébranlable. Ce n'est que beaucoup plus tard, que j'ai découvert que certaines conditions avaient favorisé une de ces pratiques méditatives spontanées que font beaucoup d'enfants sans le savoir.
Dans l'élan de cette stimulation, la seconde phase a été la découverte, parmi les vieux livres d'école de mon père, d'un petit ouvrage qui s'intitulait "Hatha Yoga, la maîtrise de la pensée (Pratyahara)", de C. Kerneïz, aux éditions Jules Tallandier, de 1946 ; ainsi qu'un autre livre dont la page de garde avait disparu, ce qui fait que je ne connais ni le titre, ni l'auteur, mais qui décrivait un grand nombre d'exercices. Armé de ces deux ouvrages, j'ai commencé à en pratiquer tous les exercices, sans relâche. Et durant des années et bien après le lycée, j'ai par exemple pratiqué systématiquement des exercices de respiration, tout au long de mes trajets d'école, que je faisais le plus souvent à pied.
La troisième phase se superpose aux deux autres. Toujours dans ma dixième année, à la suite d'une agression sans gravité, j'ai décidé que cela n'arriverait plus, et je me suis inscrit au club d'Aïkido de la Courneuve. Là, j'ai découvert un art martial passionnant, et après quelques années, à la suite de brouilles parmi les cadres du club, et après quelques rotations de professeurs, un nouvel enseignant est arrivé et a posé ses bagages sur notre tatami. C'était Michel SOULENQ. Grâce à lui, j'ai découvert que l'Aïkido ne se borne pas aux aspects techniques, mais qu'il fait partie intégrante du Shintoïsme, dont il est issu et que Maître Morihei UESHIBA a pratiqué toute sa vie. Sans les exercices spirituels qui émaillent la pratique de l'Aïkido, il est impossible de le comprendre, et surtout, il est quasi impossible d'en saisir les aspects "cachés". En effet, la projection de l'adversaire n'est pas une fin en soi. La projection et la technique sont la conséquence de l'expression du "ki", une énergie qui ne peut s'exprimer que si l'on est dans un état particulier. L'Aïkido ne se pratique correctement que si l'on est dans un état permanent de méditation !
Enfin, la quatrième phase a été la découverte et la pratique des travaux du Docteur Francis LEFEBURE, sur les phosphènes. Initié tout jeune aux techniques zoroastriennes par un personnage étrange qui s'appelait Arthème Galip, le Docteur Lefebure a analysé ces techniques, ainsi que celles du Yoga, et a découvert, en 1959, l'existence de rythmes physiologiques que seule l'observation des phosphènes pouvaient, à l'époque, mettre en évidence. Il a ainsi pu démontrer que les entraînements psychiques, spirituels ou la pratique de la méditation ne sont efficaces que si ces rythmes sont stimulés. De toute évidence, ils ne le sont que dans les pratiques traditionnelles, car celles-ci cherchent à placer le pratiquant dans les meilleures conditions possibles pour en démultiplier les effets. A la suite de la découverte des travaux du Docteur Lefebure, et après les avoir longuement testés et pratiqués ; avec deux amis, nous avons créé, avec son accord, l'école du Docteur Lefebure. Nous avons diffusé ses ouvrages, dispensé des formations, et au fil des ans, nous avons animé des stages de plus en plus importants.
L'impermanence des choses étant une des principales lois de notre univers, nous nous sommes progressivement séparés, et je me suis installé à la campagne chez ma future épouse, dans la Vienne. Tranquillement, au travers de diverses expériences professionnelles, les différentes pratiques méditatives que je connaissais ont commencé à s'organiser en un fil conducteur cohérent. J'ai alors pris conscience que j'avais eu la chance de découvrir que de tout temps, toutes les traditions ont développé des formes de méditation qui répondaient aux besoins du moment, et qu'elles avaient développé des capacités d'adaptation extraordinaires pour survivre dans des contextes de persécution souvent difficiles. Certaines pratiques ont porté sur le développement intellectuel, comme les Mystères d'Eleusis, en Grêce, par exemple, dont la pratique et la transmission permettaient de former les mathématiciens et les philosophes grecs que nous connaissons ; ou encore, chez les taoïstes dont les oeuvres "inspirées" sont également bien connues, ainsi que chez les zoroastriens. Mais encore, les pratiques méditatives ont aussi été à l'origine de techniques guerrières, comme les arts martiaux de style interne, en Chine et au Japon, issus des pratiques bouddhistes, taoïstes et shintoïstes, par exemple.
Dès lors, il m'a paru évident qu'il faut faire évoluer notre vision de la méditation, et cesser de la considérer comme une pratique permettant de fuir les contraintes de notre société, comme elles est parfois perçue. La méditation est un processus terriblement actif, vivant et efficace, qui peut parfaitement s'intégrer à notre vie et nous aider à faire face à bien des difficultés. Considérant, aussi, que notre mode de vie ne favorise pas la pérénité de notre équilibre (c'est un euphémisme), j'ai progressivement senti que l'on peut utiliser les différents aspects de la méditation pour améliorer, non seulement notre vie quotidienne, mais surtout nous préserver dans notre milieu professionnel, en commençant par nous protéger du stress. C'est ainsi que l'idée d'une démarche associant les techniques issues des arts martiaux et les pratiques méditatives traditionnelles a lentement muri au fil des ans. Elle s'est enfin concrétisée en août 2004, par la naissance officielle de STRESS COMBAT.
A qui s'adresse la formation à la gestion du stress que vous proposez et quand commence-t-elle ?
J'ai tout d'abord mis en place un ensemble de programmes destinés aux personnes qui subissent de façon quasi permanente, des stress intenses et répétés. Cela touche malheureusement de plus en plus de monde, à des degrés divers et dans des conditions très différentes. Ces formations s'adressent donc non seulement aux personnes qui, au sein des entreprises, accumulent les effets du stress, à longueur de journées, mais on constate également que la vie privée n'est pas exempte de stress. Ou encore, que le stress accumulé durant l'activité professionnelle influence grandement la vie privée, de façon souvent négative. Toute personne qui se trouve dans une situation de stress peut donc bénéficier de ces techniques, de même que les personnes qui souhaitent apprendre à lutter contre le stress avant qu'il ne se soit installé de façon permanente.
C'est pourquoi je propose différentes formules de formations, afin que chacun puisse y accéder malgré ses contraintes et obligations. Les formations ont donc lieu toute l'année, soit sous forme de stages de week-end, soit sous forme de formations individuelles, ces dernières permettant une réponse personnalisée à des difficultés spécifiques. De plus, pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer et qui peuvent se regrouper, je me déplace à leur demande, pour animer un stage près de chez elles.
Vous animez des stages que vous intitulez " La voie de la méditation", quelle est votre approche de la méditation ? Quells sont les techniques que vous enseignez et qui vous paraissent les plus intéressantes pour l'homme et la femme d'aujourd'hui ?
La méditation est un retour à nos sources intérieures. Il s'agit donc de prendre conscience des énergies qui nous animent et dont nous ne sommes habituellement pas conscients. Pour cela, nous devons porter notre attention sur notre être profond pour en découvrir la véritable nature. C'est le principe de base. A partir de là, tout se brouille, car nous n'avons aucun point de repère pour sortir de la dynamique culturelle, sociale et psychologique auxquelles nous avons été conditionné. Cela signifie que nous sommes, la plupart du temps, incapables de discerner ce qui est illusion et ce qui est notre réalité intrinsèque.
Même en suivant un maître ou un enseignement traditionnel, nous pouvons nous tromper sur la nature de notre observation intérieure. Non pas que l'enseignement ou le maître soit mauvais, mais parce que les conditions dans lesquelles le maître a développé ses aptitudes ne sont pas les mêmes que celles dans lesquelles se trouvent les pratiquants.
Or, pour éveiller l'état de méditation, le cerveau a besoin d'aide. Il a besoin d'une ou de plusieurs énergies extérieures ou intérieures pour changer d'état de conscience. Sans ces énergies, il n'y a pas de changement d'état possible. Le secret de ces énergies se trouve pourtant clairement exprimé au coeur même des traditions, mais la plupart du temps, nous considérons ces descriptions comme du folklore. Ainsi, dans la tradition japonaise du Shintoïsme, le mythe de la déesse solaire Amaterasu décrit très clairement les différents moyens qui permettent d'entrer en communication avec la divinité.
Dans le récit du Kôjiki, lorsque la déesse a envoyé sur Terre son petit fils Ninigi No Mikoto, elle lui a donné un miroir en lui disant "Vénère ce miroir, comme tu nous vénères". Toujours dans le mythe, Amaterasu s'est retirée du monde en se cachant dans une grotte, privant l'univers de sa lumière. Les autres dieux ont réussi à l'attirer hors de la grotte, en dansant, en chantant et en faisant de la musique pour attirer son attention, et en plaçant au bout d'un bâton, un gigantesque miroir et des pierres de jade dans lesquelles la déesse du soleil vit son propre reflet. D'une façon générale, tout le mythe Shinto décrit les différents moyens pour entrer en relation avec la puissance solaire cachée à l'homme. Les trésors sacrés du Japon sont les miroirs, les sabres et les jades. Nous interprétons cela comme des symboles, alors que nous devrions y voir, en fait, l'expression d'une pédagogie pratique et pragmatique. Car le mythe nous donne véritablement le mode d'emploi qui nous manque tant pour entrer dans des états de profonde méditation et la perception des énergies internes.
Dans la pratique de l'Aïkido, les pratiquants cherchent à exprimer le "ki", cette énergie vitale et universelle. Mais si la technique n'est portée que par le physique, ils n'ont aucune chance de développer le ki. Il faut se souvenir que Maître Ueshiba a pratiqué le Shintoïsme toute sa vie, pour comprendre que c'est au coeur des pratiques shinto qu'il a eu accès aux énergies qui lui ont permis de développer des aptitudes hors du commun.
La méditation n'est pas un processus psychologique. C'est un ensemble de processus physiologiques. Cela signifie que lorsque l'on comprend quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes qui permettent un réel changement d'état de conscience, on entre de plain-pied dans l'univers de la méditation. On y découvre alors, toute une dynamique intérieure et un univers de sensations aussi intenses que les sensations physiques. Lorsque nous percevons ces sensations et que nous en suivons le fil, nous baignons littéralement dans des énergies qui nous ressourcent. Nous y trouvons aussi fréquemment inspiration et intuition. Mais, nous ne sommes pas pour autant coupés du monde. Bien au contraire, les énergies que l'on ramène des expériences de méditation nous donnent la force d'affronter les difficultés de la vie quotidienne. Et celle-ci nous paraît bien fade comparée aux richesses de l'univers intérieur.
Pour accéder à ces états, les techniques que j'enseigne sont tout à fait classiques et traditionnelles. Tout d'abord, les différentes techniques de relaxation. D'une part, pour dénouer les tensions accumulées, mais surtout, pour apprendre à retourner son attention un peu vers soi et apprendre à s'observer. Ensuite, la pratique de la respiration. La respiration est une des principales énergies qui nous donne accès aux états méditatifs. Du fait que l'on peut avoir une action consciente sur elle, la respiration nous donne un accès direct à notre subconscient. Là, encore, il faut la pratiquer selon les conditions qui permettent les changements d'état de conscience. Puis vient le travail sur la visualisation. Cette capacité, bien utilisée, permet d'accélérer les processus de réflexion et de créativité, mais aussi, elle constitue le seuil qui permet de prendre conscience des sensations subjectives. Ce sont les techniques de base qui, en s'associant de différentes manières et en respectant les conditions définies par les traditions, amplifient les sensations subjectives et donnent progressivement accès aux énergies internes. La manière dont on les canalise dépend aussi de l'art que l'on pratique. Que ce soit au travers d'un art martial, d'un art de contemplation, de créativité ou d'inspiration philosophique, les énergies s'expriment selon ce que l'on souhaite en faire.
La pratique méditative s'effectue donc sur différents niveaux : Le retour à soi et le lâcher prise. La découverte des principes physiologiques qui concourent à la réalisation des techniques. La pratique des techniques qui permettent les changements d'état de conscience. L'approfondissement de ces états qui amplifient et développent les sensations subjectives. La prise de conscience des nouveaux repères et comment évoluer dans les sensations. Le ressourcement dans les énergies internes. Le développement de ces énergies et des phénomènes subjectifs. Le dépassement des phénomènes subjectifs qui conduit aux expériences d'unité de conscience avec l'univers.
Il me semble que c'est l'expérience de ces différents états qui manque aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui. Lorsqu'elle est ainsi approfondie, la méditation apporte une paix et une sérénité qui permet l'éveil d'un autre état de conscience.
Est-il possible de vous contacter pour vous poser des questions sur le stress et la méditation ?
Je reste disponible pour répondre à toutes les questions concernant la gestion du stress et la pratique de la méditation. Il est toujours possible de me joindre au 06 33 04 41 66, ou par e-mail : rolandtalbot@wanadoo.fr .
|
|