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Qui est terroriste ?

par Dominique Vincent

Les propos que je vais tenir peuvent provoquer un choc, peut être salutaire. Mais, je tiens à préciser qu'en aucun cas je ne fais ici l'apologie du terrorisme ou je ne cherche des excuses à des actes visant à nuire à autrui. En aucune façon la destruction de l'autre ne peut se justifier.

Le 11 septembre 2001, à trois heures de l'après midi, je ressent l'impulsion irrésistible de danser.

Je fais la méditation-danse Nataraj.

Il s'agit d'une méditation qui fait référence à Shiva-Nataraj, le dieu indien de la conscience, qui danse au milieu d'un cercle de feu et qui écrase le nain de l'ignorance. Nataraj est la danse divine de la création à la destruction. Si on regarde bien dans la statuaire indienne, le visage de Shiva est celui d'un bouddha, c'est le visage de l'immuable. Dans le symbolisme du Shiva-Nataraj, c'est Kali, déesse de la naissance et de la mort, qui est libérée par la danse de Shiva.

Donc le 11 septembre, j'ai eu cette impulsion. qui ne m'arrive jamais au milieu de l'après-midi, de mettre ce CD et de danser de façon extatique. Et quand j'ai eu fini, le téléphone a sonné et on m'a prévenu : « regarde vite la télévision, il se passe.»

Il était 16h, donc il était 10h à New-York.

La valeur symbolique de cette impulsion est immense :

J'ai dansé avec Shiva sui détruisait à New-York le temple du commerce international.
Quand on est vraiment conscient dans ce monde, il y a définitivement des choses à détruire. Des choses à transformer pour une renaissance. Si ce renouvellement n'est pas fait dans la conscience et dans le cour, il ne reste plus à la terre que le terrorisme et la guerre.

Voici une autre illustration. Une personne qui travaille comme haut responsable dans une société parisienne m'a dit récemment : « J'ai dû accepter l'idée de pouvoir être viré d'un moment à l'autre. Pour tenir, je fais comme si j'allais jouer au Monopoly tous les matins »

Qu'est-ce qui mène donc le monde ? Quelles sont les valeurs et le plaisir d'être dans ce monde en ce moment ?

Nous sommes les terroristes de la terre. Chacun d'entre-nous a personnellement sa part de responsabilité.

Tout de suite après l'attentat contre le World Trade Center, j'ai assisté à une conférence de Guy Corneau. Il a présenté les évènements du 11 septembre comme étant la projection de notre ombre, la matérialisation de mes cauchemars.

Dans le même registre, les indiens d'Amazonie disent que la réalité extérieure est la réalisation de ce qui se passe dans notre imaginaire. Nous, occidentaux, pensons que l'imaginaire n'est pas la réalité et que le monde extérieur est « objectif ». Je ne nie pas qu'il y ait un monde « objectif », mais ce que nous en faisons et la façon dont nous agissons dans ce monde « objectif » est le reflet de ce qui se passe en nous. C'est le rêve qui est créateur, si notre réalité intérieure est cauchemardesque alors le monde vit un cauchemar.

Par exemple, nous savons que nous avons passé ou que nous sommes sur le point de passer le pic de production pétrolière, le « Hubbert peak », c'est-à-dire le point où la production ne peut que décroître. Cependant, nous continuons à accepter un style de vie, une façon de consommer. qui font des actes terroristes du 11 septembre et les autres notre rétribution. C'est la loi du karma, de causes et d'effets. En étant complètement centré, en observant de manière neutre, il est impossible de ne pas le constater.

Au quotidien, des actes inconscients que je qualifie de terroristes se produisent. Dans la famille même, avec les enfants ou les adultes, chaque fois qu'il y a menace, manipulation, chaque fois qu'il y a volonté que l'autre soit tel qu'il n'est pas, chaque fois qu'on impose, qu'il y a défaut d'écoute, c'est un acte terroriste. Beaucoup de situations de travail, beaucoup de situations familiales, sont en fait des situations de terrorisme.

Cela signifie que notre conditionnement est tel que, par notre inconscient, nous sommes complices -voire créateurs - de ce qui se passe dans le monde.

Si on accepte ce point de vue, la distinction entre les niveaux individuel et collectif de l'action n'a plus de raison d'être. Si je travaille à libérer mon inconscient, si je fais une catharsis, si je laisse émerger ce qu'il y a en moi, tout en lui donnant de la place et en le transformant, alors je permets au monde de changer. « Comment transformer le poison en miel ? » disait un maître indien.

Alors, sommes-nous impuissants ?

Tout d'abord, la danse de Shiva-Nataraj constitue une forme d'antidote.

Rire, danser, chanter, aimer, c'est la seule alternative. Chaque fois que je choisis cette alternative, je crée quelque chose d'autre. D'une façon mystérieuse, tous ceux qui le 11 septembre dansaient, riaient, faisaient l'amour ou méditaient, étaient en train de créer cette alternative.

C'est un message d'espoir : « La seule chose que vous puissiez opposer au suicide collectif, c'est votre rire, votre danse, votre joie de vivre »

Une sorte de rigueur est nécessaire pour y parvenir mais ce n'est pas de l'ordre de l'effort. Il suffit simplement d'entrer à l'intérieur de soi.

Le cour constitue le creuset de la transmutation.

Prenons un exemple. J'ai un différent, avec mon voisin. Il voudrait que je prenne sur mon terrain un droit de passage. Il y a chantage, menaces, intimidation etc. J'ai plusieurs manières de répondre. Je peux me placer exactement au même niveau et l'envoyer promener, utiliser les arguments légaux. Je peux aussi choisir d'enter en méditation, de me centrer, de revenir dans le cour et intégrer dans la présence du cour celui qui est face à moi. Peut-être y aura-t-il transformation, peut-être pas, mais je me donne une chance d'absorber et de transformer par le cour une part de la folie de ce monde.

Si je fais ce travail de clarification de mon inconscient, si je nettoie ma part d'ombre et que je donne chaque jour du temps à ma conscience, je vais probablement commencer à rencontrer des gens qui créent une autre réalité pour ce monde.

Un autre aspect est la solidarité avec ce qui est juste. Même si je ne peux pas faire beaucoup, il est extrêmement important que je soutienne ce qui se réalise. Personnellement, je participe à deux choses, c'est un petit engagement, c'est ce que j'ai trouvé. J'aide Médecins Sans Frontières, je ne sais pas si leur action est discutable ou pas, je n'ai aucun moyen de le vérifier, mais à chaque fois que je reçois leur revue, que je vois ce qu'ils font et ce que font les hommes aux hommes, je pleure. Je hurle, ça hurle à l'intérieur. Je peux accepter que ça hurle et apporter ma contribution à cette ouvre.

Je fais également partie de l'association Terre et Humanisme de Pierre Rabhi. Je fais partie de la structure qui reçoit les gens en stages et j'échange avec eux.

Cela ne prend pas beaucoup de temps de poser des gestes comme ceux-ci, mais je me sens relié.

Et puis dans mes projets à long terme, je bâtis une maison écologique qui deviendra peut-être un lieu d'accueil. Avant d'acheter ce terrain, je me sentais impuissant et maintenant. J'ai l'impression de reprendre un peu de pouvoir. Pourtant c'est très difficile de rester cohérent. Je veux respecter des règles d'écologie dans la manière de construire. Des personnes viennent m'aider et me conseillent : « mais ça ne tiendra pas si tu ne mets pas un bout de béton ici, une ferraille là » Pour rester cohérent et ne pas me laisser influencer, je dois développer de nouvelles compétences et par là j'accrois encore le pouvoir que je reprends.

Je ressens qu'il y a en ce moment des projets en rapport avec la fraternité humaine. Pour moi Pierre Rabhi est un frère, les gens qui travaillent à Médecins Sans Frontières sont des frères, ceux qui font du commerce équitable sont aussi mes frères. Quand j'essaie de construire ma maison en respectant certaines règles vis-à-vis de l'environnement, que j'arrange les branches d'un arbre après qu'une machine soit passée en les brisant, je suis solidaire de la planète. Si quelqu'un vient m'aider à « jouer dans mon jardin », pour moi c'est aussi un frère. C'est un réseau, un réseau de réseaux de réseaux.

Enfin, pour agir efficacement, nous devons être conscients de l'importance de respecter certaines étapes.

J'ai participé, voici quelques années au congrès des éco-villages. Je n'ai jamais vu un tel panier de crabes. Chacun y allait de sa solution, avec très peu d'écoute mutuelle, des polémiques. le groupe qui était là a complètement explosé quelques mois après. J'avais impression que beaucoup de ces gens avaient besoin de nettoyer leur inconscient, de nettoyer leurs scénarios, de faire de la thérapie et de méditer. Le groupe des éco-villages, au lieu d'être porteur de sens, ne signifie plus grand chose.

C'est une erreur de vouloir passer directement à l'étape qui consiste à transformer le monde. Je ne dis pas que le monde ne doit pas être changé. Simplement, si on va directement au but sans avoir assaini la cause, sans avoir regardé ce qui se passe à l'intérieur de nous, on construit sur du sable. On risque alors, en voulant faire le bien, de créer des catastrophes pires encore.

Les deux piliers sur lesquels peut s'appuyer une action pour transformer le monde, sont le nettoyage thérapeutique et la méditation.

Dans les territoires occupés en Palestine, en Irak, partout dans le monde, les traumatismes s'accumulent. Ils engendrent et engendreront encore plus de violence. C'est comme si l'Ombre prenait de plus en plus de poids.

Paradoxalement, le piège serait de vouloir amener les Israéliens et les Palestiniens ou Al Quaïda ou Marc Dutroux à plus de conscience. Nous n'avons en fait aucun pouvoir direct sur eux. En revanche, si je ne reconnais pas, dans la vie de tous les jours, les actes où je suis terroriste, alors j'ai une responsabilité.

Pour agir sur ce monde, il est donc nécessaire de procéder par étapes. Regarder en moi pour identifier là où je suis terroriste envers moi-même. En deuxième lieu faire de même dans mon entourage immédiat.

C'est sur ces deux aspects que j'ai réellement du pouvoir.

La troisième étape consiste à identifier la manière dont je suis complice du système marchand. Pierre Rabhi dit « chaque fois que vous allez acheter au supermarché, vous nourrissez le monstre qui vous dévore »

Même si c'est une goutte d'eau dans l'océan, je peux choisir de continuer à nourrir ce monstre ou, chaque fois que c'est possible, je peux choisir d'acheter au producteurs bio qui amènent le panier chez moi. C'est possible, ça marche.

Cette démarche est difficile, car elle demande une transformation du mode de consommation. C'est d'autant plus difficile que nos mentalités, nos conditionnements, nos schémas de pensée, le monde où nous vivons, vont à l'encontre de cette mutation. Ce changement passe par une prise de responsabilité personnelle.

Chaque fois que je fais quelque chose pour moi, par moi-même, je reprends un petit peu de pouvoir. Si je m'amuse avec des enfants à fabriquer une étagère, peut-être que les enfants auront appris quelque chose, sentir le bois. Ils vont apprendre qu'ils ont un certain pouvoir sur eux même et sur leur environnement. La tentation, c'est évidemment d'aller acheter le meuble Ikéa. Cela signifie que je porte en moi cette destructivité.

Les pistes que je propose peuvent paraître utopistes. Alors qu'il y a péril en la demeure, elles peuvent donner l'impression de nécessiter beaucoup de temps pour être efficace à une grande échelle. C'est vrai, il y a péril en la demeure, mais actuellement, pour chacun d'entre nous, quel est le plus grand péril ? Est-ce d'être détruit par le terrorisme ou de mourir d'un cancer parce que nous mangeons mal, de mourir d'un accident de voiture parce que nous sommes trop pressés ?

On peut être pris de vertige et saisi par un sentiment d'impuissance si on compare l'énormité de la catastrophe en cours à la faiblesse des moyens que l'on peut mettre en ouvre. Ce sentiment d'impuissance fait partie du cauchemar collectif. Que se soit par confort ou par découragement, il s'agit en fait d'une illusion qui nous retient d'agir.

Un sage indien disait : « Je suis le fils d'un marchand de vêtements d'un petit village de l'Inde. Par le fait que je suis devenu un Bouddha, le rayonnement créé, l'attraction produite, ont fait que vous êtes venus des quatre coins du monde, vous êtes venus par millions. Si j'ai pu le faire, ce n'est pas parce que je fais quelque chose, je n'ai rien, mais par la présence que j'assume. Si vous tous, vous acceptez votre responsabilité et votre pouvoir, qu'est-il possible de faire ? » Ses derniers mots ont été : «  I leave you my dream (Je vous laisse mon rêve) »

Il faut tout faire pour mettre les terroristes hors d'état de nuire mais il faut encore plus d'énergie pour mettre les multinationales hors d'état de nuire. Mais au fond, pour le méditant, c'est tout de suite, dans la paix et dans le silence de son propre cour même que cela se passe.

Je me permets de terminer en citant Nelson Mandela, certainement un des plus grands sages de notre temps :

« Ne pas être à la hauteur n'est pas notre peur la plus profonde. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de nos limites.
C'est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie, nous nous posons la question : « qui suis-je, Moi, pour être si brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? »
En fait qui êtes-vous pour ne pas l'être ?
Vous êtes un enfant de dieu. Vous restreindre. Vivre petit, ne rend pas service au Monde. L'illumination n'est pas de vous rétrécir pour éviter d'insécuriser les autres.
Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques êtres, elle est en chacun de nous et au fur et a mesure que nous faisons briller notre propre lumière, nous donnons consciemment aux autres la permission de faire de même.
En nous libérant de notre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

Dominique Vincent - Mai 2004

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