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Octobre 2003
Interview de Christine Lorand
réalisée par meditationfrance
Devenir Femme
MF : Christine Lorand, comment vous
est venu l’idée de faire des groupes uniquement
pour femmes ?
Christine : Tout d’abord le besoin de reconnecter
avec l’identité féminine. Je suis issue
de la génération de 68 où la femme s’est
trouvé projetée dans la société:
elle a soudainement eu des activités professionnelles
et des responsabilités importantes…et elle s’est
placée « en compétition vis à vis
de l’homme » plutôt qu’en contact
avec son essence féminine.
Cette position a eu un impact dans la relation intime, j’ai
remarqué que les femmes se sont positionnées
(y compris moi !) dans une relation de compétition
et de pouvoir vis à vis de l’homme et que cette
essence féminine était mise de côté ou
en tout cas très en arrière plan…il fallait
beaucoup de temps pour pouvoir contacter cet espace vraiment
féminin, de réceptivité, d’harmonie
et d’intériorité.
C’était plutôt le côté masculin
qui apparaissait dans ma propre vie. J’ai réalisé alors
que je ne devais pas être exceptionnelle. Après
l’écriture du livre « Le couple sur la
voie tantrique », j’ai eu beaucoup de témoignages
de femmes qui se sont senties concernées ou identifiées à l’histoire
que je racontais…c’est à partir de là que
j’ai eu envie d’animer des groupes de femmes.
J’ai pu observer que les femmes qui se rencontraient,
avaient besoin de parler de leurs souffrances, de leurs blessures
de femmes. Il y a un temps pour reconnaître bien sûr
ses blessures mais aussi s’en désidentifier,
les lâcher ! « Je ne suis pas la blessure »,
je suis autre chose…au delà de la blessure il
y a un espace intact, inviolable, qui a toujours existé.
Conscientiser, exprimer l’agressivité vis à vis
de l’homme ouvre la porte de ma puissance , et de là,
je me permets de toucher à la profondeur de ma véritable
nature.
L’idée de la libération de la femme
des années 60-70 semble avoir été qu’une étape
mais certainement pas la libération totale de la femme
?
Oui, bien sûr, mais, c’est une étape
importante au niveau social …quand je vois la femme
en Afghanistan ou en Inde, elles n’ont même pas
atteint cette étape là !
Donc, on a quand même progressé !
Le défi aujourd’hui pour moi est simple : est-ce
que je peux être féminine sans être soumise
?
Est-ce que je peux être compétente professionnellement
tout en étant en contact avec mon essence féminine
?
Peux, tu nous parler de ton expérience personnelle
depuis les années 60, comment as-tu vécu tous
ces changements ?
C’est vrai qu’au départ il y a eu un
vent de liberté…c’était la pulsion
sexuelle réprimée des générations
précédentes qui éclatait…mais
il m’a fallu des années pour comprendre combien
je m’étais abîmée et compromise
car ma sexualité répondait à une demande
masculine « le sexe pour le sexe »et j’étais
totalement inconsciente de mes besoins de femme de connecter
avec le cœur et le sexe…
Au niveau professionnel, je cherchais la compétition
avec les hommes au lieu de collaborer en complémentarité…je
cherchais le leadership, le pouvoir a la place de l’alliance…mais
là aussi j’ai compris que ce n’était
pas la voie…je faisais peur aux hommes mais surtout
je me fermais à mon intériorité, à ma
douceur, souplesse, adaptation, à toutes ces valeurs
féminines si importantes qui s’ajoutent harmonieusement
aux valeurs masculines!
Comment vois-tu aujourd’hui les femmes de la génération
68 par rapport aux plus jeunes, à la nouvelle génération
?
Cela dépend vraiment du parcours de chacune !
Les femmes de la cinquantaine qui se sont ouvertes au Tantra, à la
méditation… ont recontacté leur féminité.
Maintenant, celles qui sont restées « femmes
d’entreprise avant tout » sans prendre le temps
de créer une vie personnelle, sont souvent devenues
très amères, …
Mais je trouve que la femme a souvent une certaine honnêteté intérieure
et elle est capable de se regarder et d’évoluer!
La génération qui arrive aujourd’hui
est plus éveillée à cette nécessité d’équilibre…elles
font aussi des études, elles votent, elles savent
qu’elles peuvent avoir leur place mais elles sont moins
dans une révolte…elle recherche plus un équilibre
entre le social et le personnel, l’extérieur
et l’intérieur…
Que penses-tu de l’équité Hommes-
femmes en politique ?
Dans le principe c’est une démarche louable,
en tous cas politiquement adroite qui interpelle l’électorat
féminin. Il faut bien commencer quelque part. Je ne
crois pas que la politique soit vraiment d’essence
féminine. Les femmes en politique montrent, elles
aussi, un aspect masculin face au pouvoir installé de
l’homme.
Mais dire que parce qu’on prend plus de femmes en politique,
cela amener plus de féminin dans la société n’est
pas vrai …c’est intéressant mais pas suffisant
!
La société est toujours une société à dominante
masculine…on parle des valeurs féminines mais
ce n’est pas encore là !
Le féminin en politique est à inventer et à permettre
qu’il se trouve à l’aise !
Assumer sa vie de mère et sa vie de femme reste-t-il
aujourd’hui un challenge difficile ?
Oui c’est difficile…c’est rare de réussir
des deux côtés… Simone Veil a écrit
: « On ne naît pas femme, on le devient ».
C’est une phrase intéressante !
Beaucoup de femmes pensent devenir femme en devenant mère…je
crois que c’est le modèle de la génération
précédente et c’est complètement
faux !
Mais avoir un enfant ce n’est pas être femme,
c’est être mère !
Peux-tu nous expliquer tes groupes de femmes ?
Dans l’ambiance très spécifique de ces
cercles de femmes nous effectuons un parcours à travers
les âges et les générations en quête
d’identité féminine, en lien avec l’histoire
familiale. C’est un processus de réhabilitation,
d’acceptation de l’identité sexuée
de la femme sauvage que nous sommes, par le vécu corporel, émotionnel, énergétique,
intuitif .... Il y a une place pour la parole, le corps,
le cœur, la sexualité, la guérison, le
mouvement, la danse, le toucher, le chant, le silence, et
la célébration.
Dans ces groupes, une grande place est donnée au
ressenti et à l’expression de ce qu’elle
sentent et à se permettre d’être en accord
avec ce qu’elles se sentent !
Le pouvoir de la femme, c’est le pouvoir de son intériorité.
Si elle suit son intuition, si elle est honnête avec
elle, tout est ouvert, tout vient tout seul, tant au niveau
personnel, relationnel et professionnel.
Utilisez-vous la méditation
dans vos stages ?
Oui, nous pratiquons les méditations actives dans
un espace de respect et de cœur et aussi de détente,
et de rire.
La dynamique est une des méditations indispensables
pour nettoyer le côté émotionnel et rentrer
dans un espace plus profond…
On parle aujourd’hui de libération des énergies
féminines, qu’en penses-tu ?
En fait, les énergies féminines sont là…il
n’y a pas besoin de les libérer, il suffit de
les laisser s’exprimer ! C’est une véritable « évolution
silencieuse » qui est en marche…
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