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Septembre 2002
Interview exclusif de Rakendra
ex cadre à Air France qui un jour a tout
quitté pour mieux se consacrer à son cheminement
personnel et qui aujourd'hui est devenu directeur de communication
d'un des plus grand centre de croissance spirituelle au monde,
le Club méditation Osho situé en Inde à
180 km de Bombay.
Meditationfrance : Comment êtes-vous
arrivé dans ce lieu ?
Rakendra:
Je travaillais à Air France mais je voulais arrêter
et passer à autre chose car c'était trop éreintant.
Et puis, un jour, j'ai arrêté, j'ai dû
lâcher un salaire important, ce n'étais pas évident...
mais c'était impossible de continuer. J'étais
en conflit entre l'acteur dans mon travail et moi même,
et j'avais besoin de prendre du temps pour moi.
J'ai du faire face aux collègues de travail, au jugement
de la société, aux peurs de ma famille... et
j'ai dû faire face à tout cela et à garder
la barre...
Et aujourd'hui, je sens que c'était le bon choix...
C'est en venant ici que j'ai eu la force intérieure...
j'ai reçu le nom de Rakendra... " pleine lune
d'amour "... et souvent je regardais justement la pleine
lune... cela m'a soutenu...
Au départ j'avais un problème avec le financement
de ce lieu... puis, un jour, on m'a proposé de m'occuper
des finances du lieu... c'est un joli clin d'il... et
depuis, je travaille dans la direction de ce centre de méditation.
Manager ce lieu, c'est comme manager une petite ville... avec
la différence, qu'il y a des va-et-vient de personnes
et de tous les pays !
MF : Ce centre de méditation ne ressemble
pas à un ashram indien " traditionnel ",
il ressemble plus à une forme de " Club Med spirituel
", pouvez - nous en parler un peu plus ?
R
: Absolument... ce n'est pas du tout un ashram traditionnel,
c'est un véritable paradis de verdure, il y a des arbres
exotiques, une piscine superbe, des restos bio et végétariens
japonais, italien, indiens, des terrains de tennis, de volley
ball, un Dojo pour les arts martiaux, une salle de remise
en forme, des dizaines de salles pour les thérapies,
pour les médecines douces, les ateliers de créativité
(peinture, sculpture, poterie... ), une salle de cinéma,
des espaces pour le théâtre, plusieurs espaces
pour la méditation, des fontaines japonaises, un parc
écologique et des chambres d'hôtes...
Bref, c'est un lieu hors du commun où on peut commencer
ou approfondir sa connaissance de soi, sa recherche spirituelle...
je ne connais personnellement aucun autre lieu de ce type
où environ 7000 personnes viennent chaque jour participer
à tant d'activités pour se libérer du
mental !
MF : Quel type de personnes vient ici ?
R : Il y a plusieurs aspects. Les gens viennent
par curiosité... .ils ont entendu parler de ce lieu
hors du commun et veulent savoir ce que c'est... et en même
temps, il y a eu un désir de développement personnel
et de croissance spirituelle... les gens savent qu'il y a
eu un maître, Osho et qu'il est mort... et les gens
veulent aujourd'hui découvrir sa vision moderne de
la méditation.
MF : Pouvez-vous nous parler de cette vision
?
R
: Ici, on propose des méditations actives et des stages
de thérapie pour aller en soi.
Avant de pouvoir entrer dans l'état de méditation,
il faut vider ce qui encombre la tête... c'est ce qui
fait la spécificité de ce lieu... c'est en cela
bien différent de toutes les voies traditionnelles
soufies, chrétiennes ou même bouddhistes.
MF : En lisant Osho, celui qui a inspiré
ce lieu, on comprend qu'il attaque toutes les grandes religions
et les systèmes politiques... pourquoi ?
R : Pour lui, toutes les croyances et les habitudes
qui viennent d'une institution ou des autres sont à
remettre en cause... elles nous enferment. Que ce soit un
enferment politique religieux ou de comportement familial
peu importe... pour Osho, seule notre expérience fait
foi et l'individu est ce qui est le plus important... et de
là viennent la responsabilité et la liberté
!
Ce lieu est un incroyable soutien pour le dé-conditionnement
de l'individu, pour perdre son masque, ses croyances, ses
schémas inconscients... pour revenir à son visage
originel, à ce que nous sommes réellement...
nous sommes trop souvent devenus ce que les autres ont voulu
faire de nous... ici, la méditation nous reconnecte
à notre être profond !
MF : Quels sont les enfermements, les conditionnements
aujourd'hui ?
R : Toujours les mêmes ! Les egos des
nations sont toujours là, les religions sont toujours
dans l'inconscient... le sexualité s'est peut-être
libérée mais en fait pas réellement...
la pornographie, le sexe sans amour sont une réaction
et n'amèneront jamais le bonheur !
Les gens sont pris dans les histoires de famille, dans le
stress de la vie moderne... aujourd'hui, il y a un vrai conflit
entre l'individu et l'environnement économique !
Les entreprises marchent au rendement... aujourd'hui, on produit
pour produire et non pour répondre à une demande
! Mais l'individu, lui ne marche pas au rendement il a besoin
d'amour, de joie de vivre, de se sentir créatif, aimé
et respecté !
MF : Et le problème central n'est-il
pas le fait que nous apprenons tous à créer
notre personnalité, notre ego ?
R : Oui, tout à fait, il faut savoir
développer son monde intérieur, se connecter
à son être profond mais cela ne va pas forcément
avec les goûts du jour, avec les lois, avec ce que les
gens pensent !
Il faut apprendre à être soi même, à
aller au de là des peurs du rejet des autres et en
cela, ce centre de méditation permet de prendre confiance
en soi et de vivre plus libéré et plus en accord
avec soi-même !
MF : La plupart des gens viennent combien
de temps ?
R : De 2 jours à 10 ans (rire... )...
il y a tous les cas... mais la plupart viennent pour 1 mois
environ.
MF : Il n'y a jamais eu beaucoup de français
ici, comment expliquez vous cela ?
R
: D'abord, je remarque qu'il y en a de plus en plus, je crois
même qu'il n'y en a jamais tant eu !!! Cela étant
c'est vrai qu'il y a beaucoup plus d'américains, d'allemands,
d'hollandais, d'israéliens, des japonais... et puis
du monde entier !
Pour les français, il y a très certainement
un facteur de langue... ici la langue est l'anglais... et
ce n'est pas toujours aussi facile pour nous les français
de parler cette langue (même si il y a des traducteurs
pour les stages pour ceux qui demandent).
Et puis il doit y avoir un facteur de conditionnement social
français... la France c'est le pays du " moi-je
", c'est le pays du roi soleil, du " je pense, donc
je suis " de Descartes.
Le conditionnement français, c'est on est les meilleurs,
on est les plus intellectuels, on a la meilleure bouffe, et
on est les meilleurs amants du monde. On est les meilleurs
dans ces trois domaines, donc pourquoi changer ?
MF : Et en même temps, si on n'intègre
pas une démarche spirituelle à notre vie, celle
ci reste souvent plate et morne ?
R : La France est en fait un grand pays spirituel...
mais c'est devenu intellectuel... la laïcité reste
un phénomène intellectuel. Pour pas que cela
reste intellectuel, il faut faire du travail sur le corps
(c'est là qu'on porte surtout nos tensions), il faut
aussi purifier le cur ou l'âme... c'est d'ailleurs
certainement un peu la même chose... c'est une ouverture
au monde.
Le mental français s'est à mon sens perdu dans
la philosophie mais qu'est-ce qu'un philosophe ? C'est celui
qui cherche en pleine nuit un chat noir dans la rue, sachant
qu'il n'est pas là... et il le trouve quand même
! Ca c'est le mental... de ce point de vue, le français
est très fort mais cela l'empêche de vivre totalement
!
MF : Il y a eu aussi en France la chasse
aux sorcières contre les sectes et tous les mouvements
spirituels... comment percevez-vous cela ?
R : Je suis triste de voir cela dans notre pays...
ceux qui font la chasse aux sorcières sont souvent
les plus sectaires ! L'église est totalement respectée
et reconnue par l'Etat et pourtant c'est la plus grande secte
!
Et puis, je crois qu'il existe beaucoup de personnes qui se
sentent mis en danger avec la spiritualité... le pouvoir
se sent dérangé qu'on puisse sortir des sentiers
battus et puis cette histoire des sectes détourne l'attention
des gens et arrange le monde politique... on crée un
faux problème... en attendant on ne s'occupe pas des
vrais problèmes : le chômage, la pollution, les
inégalités... aux Etats-Unis, on fait des guerres
à l'étranger pour détourner l'attention
et en France on fait peur aux gens avec les sectes !
Bien sûr il y a eu quelques abus... .mais c'est surtout
une mauvaise foi ou une méconnaissance ...
Même Arnaud Desjardins qui est "très calme"
par rapport à Osho... qui est dans un tradition védique,
qui est reconnu par les soufies, les bouddhistes... a eu énormément
de problèmes en France !
MF : Je sais que l'ambassadeur français
en Inde, à New Delhi est venu dans ce centre et a beaucoup
aimé...
R : Oui... malheureusement, il ne peut pas faire
grand chose... en France, la spiritualité est trop
facilement condamnée !
MF : Que pensez-vous de la politique française
?
R : Je ne la suis plus... je sens qu'ils ne
peuvent pas faire grand chose qu'ils soient de gauche ou de
droite... il y a trop d'intérêts économiques
! On fait croire aux gens que la démocratie c'est le
pouvoir du peuple mais les choses sont beaucoup plus compliquées...
Ici, on croit surtout en l'homme et en la femme... le changement
est à l'intérieur et non pas tant à l'extérieur.
C'est le fameux " connais-toi toi même "...
on doit commencer à ce changer et le centre de méditation
Osho est un lieu fait pour cela, pour la transformation intérieure
!
MF : Comment expliquez vous le rôle
du maître et la relation entre Osho et ses sannyas (disciples)
?
R:
Osho a réellement été à mon sens
un maître authentique... il a toujours dit : "
Ne soyez pas dépendant de moi " ; " si ce
que je dis vous semble bon, faîtes le, sinon, non, ne
le faîtes pas ".
Osho c'est je crois, un compagnon sur le chemin de la vie...
dans lequel je peux me voir... c'est souvent plus facile avec
un maître que sans... en rentrant en contact avec soi,
on rencontre des phases de son inconscient qui ne sont pas
évidentes... on a besoin de quelqu'un qui a eu l'expérience
de l'éveil et qui nous guide, qui nous aide vers plus
de liberté intérieure.
Osho comme le Bouddha a dit " si vous me rencontrez sur
le chemin, tuez moi "... c'est pour dire attention à
l'idolâtrie... .et ici en Inde, beaucoup d'indiens auraient
tendance à se perdre dans la dévotion, dans
l'idolâtrie au maître !
C'est pourquoi, à Poona, on a fait plusieurs changements
pour qu' Osho ne devienne pas un Jésus sur sa croix...
ce serait le comble de l'ironie... lui qui a passé
toute sa vie à nous ramener à nous-même,
à faire confiance à notre individualité
et à notre propre intuition !
(Propos recueillis par Emmanuel Moulin)
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