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Juillet-Aout 03
Extrait
du Manifeste de l’Europe des consciences
Dans
notre société, le sentiment d’une
crise majeure de l’éducation est aujourd’hui à peu
près unanimement partagé. C’est une crise
de civilisation. Notre société parvient de
moins en moins à se poser la question de son devenir.
Elle est incapable de proposer aux enfants et aux jeunes
un projet commun, clair et désirable.
Violence de l’éducation
actuelle
Les parents manquent de repères. Cela rejaillit sur
l’éducation qu’ils donnent à leurs
enfants. Qu’ils soient autoritaires ou laxistes, dans
les deux cas, la relation à leurs enfants est empreinte
de violence : violence contre l’enfant ou violence
contre eux-mêmes. Le système éducatif actuel fonctionne lui
aussi sur la violence. L’idée d’aller à l’école
pour y réussir ou y échouer est un reste de
barbarie. L’école prépare les enfants à vivre
dans un monde d’angoisses, de peurs, de compétition.
L’éducation repose de plus en plus sur la concurrence
de chacun contre tous, sur l’individualisme. Les enfants
l’apprennent dès le plus jeune âge : il
faut “ faire sa place ”, “ apprendre à s’en
sortir ”, à “ se battre ” pour “ trouver
une place dans la société ”, avoir une
bonne carrière, gagner beaucoup d’argent. Le
système scolaire est également utilisé pour évacuer
opportunément les jeunes du marché du travail.
Il
résulte de cette situation une souffrance grandissante,
pour les enfants et les jeunes mais aussi pour les parents
et les enseignants : un ennui chronique, une résignation
et une perte de sens. Le tout, accompagné de pathologies
diverses, d’une déshumanisation et, à terme,
d’exclusion.
Pour une éducation porteuse d’humanité
L’éducation telle que nous la concevons doit
permettre de grandir en humanité, d’acquérir
une capacité de jugement libérée des
conditionnements, découlant d’une observation
attentive. Elle doit donner du sens et du corps à l’idée
qu’apprendre est une aventure sensible, imaginative,
intellectuelle et humaine. Elle doit faire naître le
goût et le plaisir d’apprendre. Le respect de
chacun, enfant comme adulte, est à la
base de cette éducation. La volonté de construire
une société plus humaine également :
une société où l’homme et la nature
soient au centre de nos préoccupations. Nous tisserons
notre “ lien d’humanité ” en enseignant à vivre
l’un avec l’autre, pour l’autre et non
pas l’un contre l’autre. Il est nécessaire
que cela soit enseigné car ce n’est pas inné.
Il s’agit de faire naître un sentiment de solidarité avec
la communauté humaine tout entière. De même
que sur le plan politique nous sommes conviés à nous
sentir individuellement “ l’obligé du
monde ”, de même s’agit-il d’apprendre à devenir “ l’obligé de
l’autre ”. En d’autres termes, nous apprendrons à admettre
comme un fait, et non comme un idéal ou une utopie,
la réalité de la fraternité. Celle-ci
doit être expérimentée pour être
reconnue et pouvoir se développer.
Le sens de la responsabilité
L’éducation cherchera à promouvoir le
sens de la responsabilité, vis-à-vis de soi-même,
des autres et du monde qui nous entoure. Sens de la responsabilité pour
les éducateurs également car on enseigne aussi
ce que l’on est. La relation éducateur-éduqué devient
primordiale dans cette approche éducative. L’enseignement
direct de celui qui pratique une activité auprès
de ceux qui désirent l’apprendre sera encouragé.
Chacun pourra connaître tour à tour les situations
d’enseignant et d’enseigné tout au long
de sa vie. L’école deviendra un lieu où se rencontrent
les différentes composantes de la société.
De cette façon, les enfants pourront participer à une
société (plutôt que s’y insérer
telle qu’elle est) et contribuer ainsi à son évolution.
L’école servira ainsi de base à la construction
de la citoyenneté active et de la démocratie
participative.
Révéler chacun à lui-même
L’éducation aura pour but de révéler
chacun à lui-même tout en lui révélant
les richesses, l’énergie et la beauté qu’offre
le monde à son alliance vitale. Le rapport à la
nature tiendra une place importante car il permet de découvrir
des valeurs durables et vitales, de renouer avec la Terre
nourricière et avec les lois du monde vivant. Tous
les apprentissages devront être transmis hors de toute
menace d’échec et suivant le rythme propre des
personnes. L’éducation travaillera à rendre
chacun tout à la fois autonome et solidaire. Les savoirs
sont utiles pour construire le monde de demain, mais, nous
le savons, “ science sans conscience n’est
que ruine de l’âme ”. A côté des
savoirs, l’épanouissement de la personne, son équilibre
psycho-affectif, la perception de ce qu’est un être
humain, le langage poétique trouveront toute leur
place.
Toutes ces idées sont à la fois neuves et
très anciennes. Elles appartiennent à celles
et ceux qui les mettent en pratique. Elles restent incompatibles
avec l’acceptation du modèle dominant. La tâche
est donc immense, mais elle commence par des petites transformations
de pensée, d’attitudes et de comportements.
Nous
accordons une place centrale à l’éducation,
dans chacun de nos foyers comme dans tous les lieux de sa
transmission. Notre avenir et notre destin partagé en
dépendent.
Le site de l’Europe des consciences
: http://www.europe-des-consciences.com/
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