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Août 2002
Christine Lorand et Dominique Vincent
Meditationfrance : Vous êtes les auteurs
du livre " Le couple
sur la voie tantrique ", pouvez-vous nous expliquer
ce que cela signifie d'être sur la voie tantrique ?
Dominique
: Pour moi, c'est une porte d'entrée...comme le Bouddhisme,
le Chamanisme amérindien ou le Zen, c'est une approche
méditative, c'est une voie vers l'intériorité,
vers la connaissance, la réalisation de soi....quels
que soient les mots que l'on puisse donner...
Le Tantra affirme que notre vie amoureuse et sexuelle est
la voie royale de la connaissance des mystères de la
vie. Evidemment, il ne croit pas qu'une spiritualité
saine puisse se construire sur une répression quelle
qu'elle soit. Choisir la voie tantrique, c'est choisir l'intégralité
de son expérience avec le maximum de conscience, d'amour
et de passion.
Christine : L'expérience que nous
faisons de la sexualité ou de la réalité
de l'autre change avec la qualité de présence
que nous avons avec nous-mêmes. C'est l'un des chapitres
les plus essentiels du travail que nous faisons... tel que
je vois les personnes en France aujourd'hui.
MF :Comment les gens vivent-ils leur relation
amoureuse aujourd'hui ?
Christine : De façon très
inégale et c'est clair que les gens veulent plus et
mieux... Ils veulent changer, être autre que ce qu'ils
sont, plus aimants ou plus performants ! Or nous, nous ne
changeons personne. Nous aidons les participants à
nos groupes à reconnaître et à accepter
ce qu'ils sont, tout simplement. La transformation est alors
possible au-delà de toute attente.
Dominique : La souffrance dans les relations et dans la sexualité
est grande. Elle est d'autant plus grande que nous nourrissons
d'avantage d'attentes. Nous voulons tomber amoureux, nous
cherchons l'âme soeur, mais ce n'est jamais la bonne
personne... A la façon dont nous nous y prenons, cela
ne peut jamais marcher parce que le bonheur ne peut pas nous
être donné, il est notre véritable nature.
Il nous faut regarder à l'intérieur, nous retrouver,
et alors la relation amoureuse devient une des expressions
de notre bonheur.
Est-ce que ce n'est pas la grande force du Tantra par rapport
au Zen ou au Bouddhisme de commencer par la recherche amoureuse?
Dominique : Oui, bien sûr c'est
une voie qui commence là où nous sommes. Dans
un premier temps pour les Français rationalistes que
nous sommes, il est nécessaire de sortir de la tête
pour retrouver l'expérience physique dans le présent.
L'expérience sexuelle elle-même est devenu quelque
chose de mental avec, pour beaucoup, le besoin d'images et
de fantasmes. La première chose que nous faisons dans
les stages est de ramener les participants dans leurs corps
car beaucoup ne sont connectés ni avec leurs sensations,
ni avec leurs émotions. Il faut reprendre possession
de son espace corps. C'est se retrouver comme être vivant.
Il y a 3 mots que j'aime bien : Sensualité
- Sensorialité - Sensibilité
Sensualité : Nous venons souvent au Tantra pour retrouver
notre sensualité. Comme le conditionnement social actuel
nous coupe beaucoup trop de notre corps, en contre partie,
nous nous mettons à la recherche de sensations fortes
: saut à l'élastique, alcool, musique techno,
drogues, sexe hard... Quand les gens parlent de sensualité,
ils manifestent leur perte d'écoute sensorielle, la
perte de leur sensibilité sexuelle et amoureuse. Et
alors, ils s'y prennent mal en cherchant des sensations plus
fortes qui vont anesthésier encore plus leur sensibilité.
Sensorialité : C'est une des propositions
majeures du Tantra : Ouvrir ses sens, tous ses sens, à
tout ce qui se présente, sans choix ni rejet. Cette
attitude n'est plus agressive comme la recherche sensuelle.
On peut la qualifier de féminine : Je suis simplement
disponible aux sensations et aux émotions présentes.
Notez bien que les émotions qui nous agitent ne peuvent
être perçues que par les sensations corporelles
qu'elles provoquent.
Sensibilité et au-delà : Cela
m'amène à devenir plus accueillant, plus sensible...à
la vie, aux autres...et ensuite, il y a l'espace au delà
de tout cela, c'est un retournement à 180 °, c'est
la présence, la méditation... Il est difficile
d'en parler... Il ne s'agit plus d'être présent,
sensible à quelque chose de particulier qui m'est présenté
par l'un ou l'autre de mes sens, mais de réaliser qu'au
travers de tout ce qui arrive, je suis toujours une présence,
une éternelle présence. C'est là que
le Tantra peut nous mener, mais il est nécessaire de
respecter toutes les étapes du processus et de reconnaître
où nous en sommes. Je ne peux aller au-delà
des sens que si je les ai acceptés et vécus,
quand j'ai découvert qu'ils étaient plaisir
et souffrance.
MF : De plus en plus de gens vont voir des
psy, est-ce que vous pensez que cela aide de revenir sur son
passé et d'en parler ?
Christine : Pour lâcher prise sur
les vieilles histoires du passé encore faut-il en avoir
une certaine compréhension . Je suis psychologue psychothérapeute
et la thérapie permet de mettre plus de conscience
dans les scénarios de notre vie. Ce n'est qu'une étape
! c'est sûr, la démarche tantrique est une expérience
dans le moment qui révèle ce que nous sommes
et non pas ce que nous pensons être.
Dominique : C'est vrai, le point de vue
du Tantra est différent de celui de la thérapie...
En tant que psy, nous aidons simplement à réduire
les clivages pour que moins de choses agissent à partir
de l'inconscient. Revenir sur son passé est une étape
incontournable pour la plupart d'entre nous. Cela permet de
mieux comprendre nos scénarios émotionnels et
d'en être moins esclaves. Mais attention à ne
pas tourner en rond. Avec le Tantra, il y a un saut à
faire, un saut quantique et il est possible de sauter à
tout moment : Je ne suis pas mon histoire ! Je suis présence,
je suis amour.
MF : Le sexe est un peu le point noir de
toutes les grandes religions, catholique, et musulmane notamment...
et là, il semble que le Tantra apporte quelque chose
?
Christine : Oui, c'est la seule voie spirituelle
qui accepte l'être humain dans sa totalité...
Nous sommes conscience et amour, certes, mais nous avons un
corps et des émotions... Les religions ne parlent du
sexe que pour le condamner et, de plus, elles n'enseignent
rien qui puisse aider à la transformation des émotions...
Nous ne sommes pas que lumière et amour... nous sommes
ombre et lumière ! Nous sommes des êtres mortels,
c'est par la sexualité que nous nous incarnons, alors
pourquoi l'ignorer ?
Le Tantra a aujourd'hui près de 5000
ans et s'il est encore vivant, c'est qu'il offre quelque chose
qui nous correspond profondément... Il nous permet
de vivre une sexualité sacré et cela interpelle
énormément de personnes de tous les horizons,
qu'ils appartiennent à un groupe religieux ou non.
Dominique : Le Tantra a toujours été quelque
peu antisocial. La société et les religions
fonctionnent en général avec la culpabilité
pour contrôler les comportements de ses membres et le
meilleur endroit pour culpabiliser quelqu'un réside
dans ses pulsions sexuelles, à la source de sa vitalité
et de sa puissance.
Aujourd'hui, c'est le retour du bâton.
Après la répression, nous sommes dans l'excès
contraire : prostitution, pédophilie, pornographie...
Je ne serais pas étonné qu'on reparte dans l'autre
sens. Il y a d'ailleurs des parties du monde aujourd'hui où
le sexe est plus condamné que jamais !
Le Tantra que nous essayons de transmettre est lié
au Chamanisme et à d'autres traditions comme celle
des Baules en Inde. ouverture du cur, chants, danses...
C'est une approche souple et fluide, pleine de jeux et de
plaisir.
MF : Comment en êtes vous venus à
animer des ateliers de Tantra ?
Dominique : Par inconscience ! (rire...).
Pour continuer d'explorer ce que j'essaie de transmettre.
Animer un atelier me questionne toujours et me renvoie à
ma propre démarche. Je peux mesurer la distance que
sépare ce que j'enseigne de ce que je vis dans mon
quotidien et me remettre au travail. Autrement j'enseignerais
de belles choses mais je ne serais pas un être authentique.
J'ai grandi dans une famille catholique et je
suis presque devenu prêtre et donc la rencontre du Tantra
pour moi, c'était et c'est encore me reconnaître
le droit de sentir, le droit de jouir et, en même temps,
que c'est une voie spirituelle.
Christine
: J'ai découvert le Tantra d'abord à travers
une expérience, avec un partenaire et ensuite j'ai
été formée en France et en Inde. J'ai
retrouvé dans le Tantra énormément de
choses que j'avais vécues ici ou là mais dans
l'expérience tantrique je me suis sentie réunifiée.
J'ai eu 17 ans en 68....et je peux vous dire que je me suis
oubliée, je me suis perdue dans l'autre... Je me suis
perdue dans mon mari, je vivais pour lui, et le Tantra m'a
ramenée à moi-même... J'y suis venue par
une voie très différente de celle de Dominique
: Lui, il venait du catholicisme répressif et moi de
la soit disant libération sexuelle des années
60. Mais j'étais tout aussi perdue... S'en est suivi
une longue quête qui m'a mise sur ce chemin. Le Tantra
est devenu une évidence qui m'a permis de me retrouver.
Puis la rencontre avec Dominique m'a décidée
à animer des groupes avec lui, à partager nos
expériences respectives et communes du Tantra.
MF : Ils semblent que de plus en plus de
femmes ont compris qu'elles se perdaient dans leur partenaire
et brisent leur couple... Est-ce votre sentiment ?
Christine : Oui....bien sûr...
Pour moi, c'est ce qui s'est passé... Mon mari aurait
pu rester toute sa vie avec moi alors que pour moi, ce n'était
pas suffisant. Il me semble que la relation sexuelle tel quel
lui suffisait... et son travail !
Dominique : Pour les hommes, c'est différent.
Tel que je vois les hommes, il y une perte de soi, la perte
de sa vérité , la perte de ce que je suis, de
ce que je veux, de la capacité de m'affirmer en face
d'une femme car, si je le fais, je peux perdre son affection.
C'est la responsabilité de l'homme de prendre sa place
en acceptant le risque...
Il y a aussi des hommes qui sont peut-être
très performants dans le business, les affaires mais
quand ils rentrent à la maison, ils rampent...
On ne sait plus ce que c'est qu'être un homme... Même
la loi ne soutient plus la paternité... comme si l'enfant
avait d'avantage besoin de sa mère que de son père.
Non, il a besoin des deux. L'homme doit réapprendre
à utiliser ses qualités profondes.
L'homme ancien, l'homme des années 30,
est surtout dans la structure, on lui a appris qu'il faut
bomber le torse, porter le fusil, qu'il est de la chair à
canon et qu'il ne doit pas trembler... Il est bardé
de fer... Ca ne marche plus !
Le Tantra pour l'homme, c'est être solide et sensible.
L'enseignement du Tantra permet d'en faire l'expérience
et de comprendre ce qu'est le féminin et le masculin
en soi et dans le couple...
Christine : De quel homme parle-t-on
?
Le rugbyman qui prend sa bière ou l'homme éternel
adolescent ? Ce sont deux extrêmes : l'un n'a pas intégré
le féminin et l'autre n'a pas intégré
le masculin... le Tantra permet d'aller au delà et
de ne pas s'identifier d'avantage au macho, qu'à un
agneau trop gentil et sans défense qui cherche à
faire plaisir dans l'espoir d'être aimé et désiré.
Le Tantra est autant l'intégration du masculin et du
féminin que la connexion entre le sexe, le cur
et la conscience.
MF : Comment le Tantra approche-t-il l'acte
sexuel ?
Dominique : Au cours de la rencontre
sexuelle, c'est ne plus vouloir, mais se laisser être,
ne plus chercher quelque chose de particulier, comme provoquer
d'avantage de sensations ou atteindre un orgasme force 7,
mais se laisser posséder par l'amour sans savoir où
cela va nous mener. En fait, la sexualité s'améliore,
elle devient plus naturelle et moins mentale. Le Tantra dit
: Ne faites l'amour que si l'énergie est là,
ne forcez pas, ne provoquez pas car si vous cherchez à
contrôler, vous vous fermez, vous n'êtes plus
dans le présent, dans les sensations. Ecoutez votre
corps, obéissez lui car les pulsions qui vous animent,
c'est la vie, c'est l'existence, c'est Dieu lui-même
qui cherche à s'exprimer. A travers vous, l'univers
est orgasmique. Quand l'acte sexuel est devenu complètement
naturel au-delà de toute préoccupation mentale,
il n'y a plus deux personnes, il ne reste qu'une présence
intense et vibrante.
Christine : Pour moi, c'est ne plus être
attaché à la recherche de sensations extraordinaires,
c'est être tel quel dans le flux de l'énergie
du moment aussi bien dans l'intensité que dans le non
faire sans aucun mouvement, en totale réceptivité
avec soi, l'autre, le tout. Le Tantra reconnaît la possibilité
d'un orgasme immense dans l'immobilité absolue. On
appelle cela l'orgasme de la vallée.
MF : Les statistiques disent qu'en France,
l'acte sexuel dure en moyenne 15 minutes ?
Dominique : Le sexe pour le sexe ne prend
pas beaucoup de temps, apparemment surtout pour les hommes,
mais est-ce satisfaisant ? Peut-on se contenter d'un sexe
décharge ? Si quelqu'un est vraiment présent
à ce qui se passe sexe et coeur, je crois qu'il a besoin
d'infiniment plus de temps. Paradoxalement je dirais que les
hommes ont encore plus besoin de temps que les femmes. Les
hommes sont souvent piégés par la tension qui
s'accumule dans la zone génitale avec un besoin urgent
d'en finir et d'éjaculer. En apprenant à se
détendre en même temps qu'ils sont très
excités, ils découvrent que le plaisir sexuel
peut envahir tout leur corps des pieds à la tête
et ne plus rester localisé aux seuls organes génitaux.
Curieusement, le besoin d'éjaculer devient alors beaucoup
moins pressant et peut même disparaître. C'est
à ce moment qu'un homme est mûr pour l'expérience
de l'orgasme de la vallée. Toute l'énergie sexuelle
s'est transformé en présence.
Christine : La notion de temps est très
subjective lors d'une expérience tantrique. Il y a
des secondes qui semblent l'éternité, et des
heures qui filent comme des minutes. Les femmes ont naturellement
un autre rapport au temps que les hommes. Biologiquement leur
corps est en attente et les sensations sexuelles sont d'emblée
beaucoup moins localisées, beaucoup plus diffuses et
réparties dans tout le corps. C'est pour cela que dans
le Tantra il est dit que les femmes sont les initiatrices
des hommes. Quand la polarité féminine est respectée,
l'acte sexuelle peut durer des heures en dehors bien sûr
de toute recherche de performance. La performance est un concept
essentiellement masculin même si certaines femmes se
trouvent contaminé par cette recherche.
MF : J'ai entendu dire que le sexe, les problèmes
de couple et les conflits sont liés, pouvez-vous nous
expliquer cela ?
Christine :Oui dans notre cerveau l'aire
qui régit le désir-sexualité et agressivité-conflits
est la même. Nous avons observé que les couples
qui expriment leurs conflits ont souvent une attraction sexuelle
très forte...et inversement que ceux qui n'expriment
aucun reproche ont souvent peu, voir plus du tout de sexualité...
MF : Oui, mais alors, tout le monde est insatisfait
?
Christine : Je crois qu'il peut y avoir
une troisième voie, la voie tantrique... Tout d'abord,
arrêter de nous perdre dans l'autre et prendre responsabilité
pour ce qui se passe à l'intérieur. Nous ne
savons pas qui nous sommes et nous le cherchons trop souvent
à l'extérieur dans le regard et l'approbation
de l'autre alors que la réponse est là au fond
de notre coeur. Seule la méditation peut nous donner
un sens, et nous aider à trouver notre centre. Les
conflits sont inévitables mais si je crois que l'autre
est responsable de mon agressivité, je fais fausse
route. Par contre de reconnaître et d'affirmer nos différences
stimulent les échanges et gardent un couple vivant.
Dominique : La sexualité est une
forme de communication et lorsque celle ci n'est pas satisfaisante,
la désir s'évanouit sans que personne ne se
doute de l'endroit où il se cache et c'est très
fréquemment dans la colère refoulée.
Le défi est d'arriver à partager honnêtement
et simplement son ressenti.
Cela demande d'abord de reconnaître ce qui se passe
en soi, je suis en colère, cela me plaît pas...
La seconde condition est de ne pas avoir peur de dire ce que
je veux. C'est sûr que la personne qui dit oui à
tout se coupe de sa sexualité...
MF : Vous proposez une formation en Tantra
en France ?
Christine : C'est une formation personnelle
de 22 jours, non une formation professionnelle. Elle permet
de faire un chemin tantrique continu avec d'autres... Le premier
module est sur le corps, le second sur la relation, le troisième
sur la transformation de l'ombre dans la danse de kali et
le quatrième sur la méditation.
La formation est pour ceux et celles qui veulent
aller en profondeur sur le chemin du Tantra. Il y a d'autres
groupes proposés tout au long de l'année : des
groupes ouverts à tous sur des thèmes particulier,
des groupes réservés aux femmes, d'autres aux
hommes en relation avec la recherche de son identité
masculine ou féminine, enfin des groupes réservés
aux couples pour favoriser la communication, l'intimité,
la sensualité, une sexualité plus consciente
dans un climat de respect, d'amour sacré.
Dominique : Dans cette formation, beaucoup
de gens sont thérapeutes, animateurs ou artistes et
la démarche s'intègre souvent aussi bien dans
leur travail que dans leur vie personnelle. L'année
suivante pour ceux qui le désirent, il est possible
de nous assister dans l'animation de stages ce qui facilite
une intégration possible à leurs domaines d'activité.
MF : merci à tous les deux !!!
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