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Juin 2003
Interview de Meera
Le chemin de la créativité
L'art-thérapeute
japonaise Meera Mashimoto revient en France cet été
au mois d'août après le succès de son
stage de l'année dernière, le stage s'intitule
LE CHEMIN DE LA CRÉATIVITÉ
et a lieu de nouveau dans le sud ouest de la France
pour
cet évènement, nous vous re-proposons son interview
.
meditationfrance (MF) : Meera, peux tu
nous expliquer comment tu es d'abord devenue peintre puis
Art-thérapeute ?
Meera: Depuis toute petite, j'ai une intense
force intérieure qui me pousse et une attirance vers
la peinture. Mais tout a vraiment commencé quand je
faisais mes études d'art !
J'ai eu le déclic et rapidement j'ai compris que le
danger de l'art était de le faire à partir de
mon ego... A l'époque je vivais en Espagne et je faisais
partie du mouvement Tolemo, un mouvement très "
masculin ", nous étions très connus, nous
faisions des galeries, nous apparaissions a la télé
et à la radio, nous sommes devenu très connus
et appréciés...et pourtant, un jour en peignant,
j'ai eu cette sensation dans ma bouche, comme si je "
mâchais du sable ", littéralement !
Alors j'ai réalisé que ce n'était
pas la bonne manière d'être créatif, que
la créativité peut-être autre chose que
d'aller vers un certain but, vers un certain objectif. C'est
à ce moment que j'ai rencontré l'enseignant
spirituel Osho.
C'est étrange car je ne croyais pas que
l'on puisse avoir besoin d'une telle connexion pour se trouver
intérieurement, parce que j'étais assez satisfaite
d'être une artiste, et je croyais que je pourrais chercher
ma vérité a travers une forme d'art, la peinture.
Je ne savais donc pas ce que pouvait être une recherche
spirituelle a travers un maître illuminé, éveillé.
Et lorsque je l'ai rencontré , il m'a dit de commencer
des stages d'art; ce qu'au début, j'ai eu du mal à
comprendre. J'étais tellement déçu par
la compétition qui règne dans le monde des arts,
chacun essayant de créer son propre " musée
" et personne n'utilise réellement l'art comme
un pont pour trouver sa propre identité, une identité
plus originale !
Et maintenant cela fait 20 ans que j'organise
des stages de créativité dans le monde et je
suis si heureuse d'avoir eu cette chance de développer
la peinture et la méditation ensemble...
   
MF : Peux tu expliquer un peu plus le sens
de ses stages ? Je t'ai entendu dire que l'essentiel n'est
pas de peindre pour l'esthétique et encore mois pour
la performance, c'est pour autre chose, pour une meilleur
connaissance de soi-même...
Meera :oui, c'est juste
ma compréhension
est que tu n'as pas besoin de talent pour créer ou
pour peindre mais seulement d'un immense pont pour ouvrir
nos sens, notre perception de l'existence.
C'est pourquoi j'utilise la peinture pour être ici dans
le moment présent, sans idée du passé
ou du futur. Quand je peins, j'ouvre tous mes sens pour être
présent dans l'ici et maintenant.
J'ai découvert une nouvelle manière
de peindre qui invite à goûter cet espace au
de là du mental, qui est en fait l'essence même
de la méditation.
MF : Pourquoi les gens dans le monde ne
sont pas si créatifs, qu'est-ce qui a été
endommagé en eux ?
Meera : C'est le conditionnement ! Les gens
pensent qu'ils sont ce qu'on leur enseigne. Personne ne vous
dit que la personnalité et l'ego ne sont pas ce que
nous sommes réellement. L'individualité n'est
pas empruntée, elle n'appartient qu'à soi !
Il faut simplement retirer nos masques et aller dans cet espace
intérieur. Dans mes stages j'utilise beaucoup les méditations
actives, surtout la méditation dynamique pour briser
ses conditionnements.
MF : Comment considérez- vous des
peintres comme Van Gogh ou Picasso ?
Meera: Je suis triste pour eux, parce que s'ils
avaient su, s'ils avaient rencontré un maître
authentique qui enseigne plus que l'art, alors leurs vies
auraient pu être heureuses. J'ai vraiment de la pitié
pour Van Gogh, je l'aime vraiment du fond de mon coeur, mais
il ne connaissait rien d'autre que la peinture ! C'est pour
cela qu'il a abandonné et s'est suicidé à
33 ans.
Si les artistes pouvaient réaliser que la vie peut
donner bien plus qu'ils n'imaginent, c'est a dire la création
de son être intérieur, pas seulement une belle
peinture. J'ai réalisé que tout ce qui est beau
disparaît tôt ou tard, même les peintures
de Picasso, si belles, disparaîtront un jour ou l'autre
!
Seule la conscience ne disparaît pas. Si ces peintres
prenaient conscience qu'il est possible de sortir de cette
obsession de faire une belle peinture, qu'il n'y a pas besoin
de souffrir pour créer...
L'art véritable pour moi, c'est un art objectif qui
est l'expression de notre être intérieur, de
notre joie de vivre et de créer... c'est mon but que
de transmettre cet enseignement dans les stages: créer
une situation ou l'on peut-être librement créatif,
comme des enfants, sans devenir des victimes ou des robots
!
MF : Alors cet été vous animez
un stage en France...
Meera : Oui ! Je suis très heureuse
d'aller la bas, parce que tous mes peintres préférés
sont liés à laFrance. La France est à
l'origine de la créativité en Europe. Je suis
allé à Arles voir la maison de Van Gogh, et
puis à Paris bien sûr
MF: Quel est le nom de ce stage?
Meera : En ce moment j'appelle mon stage "
Le chemin du créateur" (de l'anglais : the way
of the creator ).
MF : Pouvez-vous nous dire quelles sont
les personnes qui viennent à vos stages?
Meera : La grande majorité, ce sont des
personnes qui veulent comprendre pourquoi l'origine de leur
créativité a été endommagée;
et ils veulent vraiment retrouver leur créativité
personnelle - ensuite il y a environ 20% de gens qui veulent
être des artistes mais qui en ont ras le bol de la manière
dont la société enseigne l'art, parce qu'il
n'y a souvent pas de vie dans les enseignements classiques
et lorsque tu ne peux pas connecter la vie avec ce que tu
peins, la peinture devient morte.
Et si tu aimes cela alors il n'y a pas de problème...
mais pour beaucoup d'artistes c'est frustrant !
Et si inconsciemment tu sais, qu'une voix a
l'intérieur de toi te dit " Hé, tu as l'air
d'être heureux, de faire une peinture originale, mais
tu n'as pas de joie a l'intérieur de toi, tu ne fais
que répéter, parce que comme artiste tu dois
faire quelque chose dans la vie".
MF : Avez-vous quelques exemples d'artistes
dans le monde qui sont vraiment heureux ?
Meera : je pense que Paul Grey avait vraiment
un sens de la méditation. A chaque fois que je vois
ses peintures...il y a une certaine attention, tellement de
soins dans chaque détail, il y a une certaine tranquillité
aussi, c'est une vision nouvelle de la peinture. A chaque
fois que je regarde ses peintures mon mental ralentit, c'est
un signe !
MF : Vous avez parlé précédemment
d'art objectif, pouvez nous expliquer cette notion ?
Meera : L'art objectif est en opposition à
l'art subjectif. L'art objectif c'est l'art zen par exemple...
un art qui vous amène dans l'espace de méditation
mais avant tout un art crée dans l'espace de méditation
!
Alors que l'art subjectif, c'est un art qui exprime notre
personnalité, nos malaises, notre agonie, notre ego
et
il exprime la souffrance...
MF : Vous me rappelez le docteur indien
et auteur de nombreux ouvrages, Deepak Chopra, lorsqu'il dit
"chacun a sa place sur terre et nous devons tous trouvé
notre créativité, là où on est
naturellement le meilleur ". Il explique en quoi il y
a toujours un domaine qui est fait pour nous, ce n'est pas
forcément là où nous avons fait des études
ni là où nous avons un diplôme, c'est
là où nous sommes naturellement créatif...
Meera. : c'est vrai, c'est pour cela que je
ne crois pas en l'apprentissage graduel. Comment aller a l'intérieur
de soi, comment être présent, c'est ça
le véritable apprentissage. Ainsi dans nos stages de
peinture tout se superpose : apprendre sur les choses à
l'extérieur, et en même temps apprendre sur soi-
même, sur la profondeur de son être.
La créativité ne vient pas effectivement
de vos qualité techniques, mais de votre être
si
vous faîtes quelque chose qui vous correspond, vous
aimerez et vous serez bon mais si vous n'aimez pas, vous ne
serez jamais créatif, heureux, épanoui... peut-être
efficace, riche, mais pas satisfait intérieurement...
MF : Où travaillez- vous aujourd'hui
dans le monde ?
Meera : je suis basée en Europe car c'est
la ou j'ai vécu toute ma vie. En Suisse, en Hollande,
en Espagne la plupart de temps et un peu en Allemagne, et
je vais beaucoup en Scandinavie. J'aime beaucoup la Scandinavie,
là bas quelque chose n'est pas contaminé dans
l'être des gens et la nature y est très forte
!
MF : Vous n'allez plus au Japon?
Meera : Si, je vais une fois par an au Japon
en Avril en général, au moment de la fleuraison
des cerisiers, et je pense que dans le futur je vais créer
un centre ou une communauté au Japon, où la
méditation et la créativité peuvent aller
ensembles. C'est mon rêve
MF : Merci Meera de nous avoir accordé
cette interview
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