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Janvier 2003
Transcender la croyance : une
voie de libération
Interview de Michael Misita,
auteur de "Se libérer des systèmes de croyances
(Jouvence)
Michael
Misita est un acteur et un conférencier américain
réputé, qui propose également des séminaires
sur le thème de la transformation personnelle. Il a
animé pendant 11 ans une émission de télévision,
diffusée en Californie, sur lexploration du potentiel
humain.
- Lidée quil faille
changer de système de croyances est devenue très
populaire ces dernières années : on est supposé
remplacer ses croyances négatives par des positives.
Dans votre livre, vous proposez plutôt de se libérer
de tout système de croyances. Pourquoi ?
Michael Misita : Il ne sagit pas de choisir
entre deux alternatives, comme on pourrait le croire. Les
deux approches ont leur pertinence. Sefforcer de penser
de façon plus positive est une première étape
dans le développement de sa conscience, cest
un processus dentraînement rigoureux destiné
à éliminer lindécision. La mentalité
ordinaire ne peut pas concevoir de renoncer à une idée
sans la remplacer par une autre, car elle craint le vide.
Voilà pourquoi celui qui veut commencer à changer
de système de croyances doit débuter au niveau
de conscience où il se trouve. On lui dit donc de remplacer
des croyances perçues comme négatives par dautres,
jugées positives. Cette réalisation est dordinaire
la première étape quun individu puisse
accomplir et qui ait un sens pour lui. Une fois ce premier
pas effectué, dans léveil de sa conscience,
le mental se sent menacé et se met à résister,
ce qui rend extrêmement difficile tout progrès
ultérieur. Cette phase est le " champ de bataille
" de la conscience : sans persévérance,
vous nallez pas plus loin.
Imaginez à quel point il est difficile
de renoncer à ses croyances, lorsquon na
pas encore pris conscience quune pensée plus
positive crée une vie plus heureuse et plus intense,
et quon na pas encore fait le moindre effort pour
modifier les fondements de sa façon de penser. Sefforcer
de penser de façon positive aide à devenir conscient
de la manière dont fonctionne le mental. Lindividu
finit par comprendre que " positif " et " négatif
" sont des qualificatifs relatifs qui changent constamment,
et il réalise combien il est limitatif de juger une
expérience en termes de " bon " ou de "
mauvais ". Mais il y a un monde de différence
entre sentendre dire par quelquun que ces termes
sont relatifs, et en faire soi-même lexpérience
directe.
La plupart des gens auxquels jai parlé
pensent que cest une bonne chose de se libérer
des pensées soi-disant mauvaises que lon peut
avoir ; mais lorsque je leur suggère de se libérer
aussi de leurs " bonnes " idées, ils se sentent
très mal à laise. Sils commencent
par passer dun point de vue négatif à
un plus positif, en développant un état de conscience
qui leur fait percevoir la vie plus positivement pendant un
temps, ils peuvent ensuite être prêts pour létape
suivante qui consiste à se libérer du positif,
puis à atteindre une liberté de croyances encore
plus grande.
Les deux raisons principales pour lesquelles
jinsiste tant sur la libération des systèmes
de croyances sont les suivantes : premièrement, lorsquon
a une idée de ce quest la réalité,
on ne peut pas percevoir véritablement ce quelle
est ; deuxièmement, lénergie dépensée
à être intensément attentif vous empêche
dobserver de façon impartiale. Donc, lorsque
je vous dis de vous libérer de vos systèmes
de croyances, ou de voir la réalité telle quelle
est, je vous incite à prendre conscience que votre
mental, vos croyances, vous induisent en erreur. Les croyances
ne vous permettent pas dêtre ici et maintenant,
elles vous privent de toute spontanéité, or
la spontanéité est létat de conscience
dans lequel réside la joie. Vous ne pouvez pas penser
positivement à quelque chose, lorsque toute votre énergie
sépuise à y penser négativement.
De manière analogue, vous ne pouvez pas être
un observateur impartial, si vous regardez à travers
le voile didées préconçues, quelles
soient positives ou négatives.
- Peut-on considérer la croyance comme
un moyen primitif de se protéger de la peur : peur
de linconnu, peur du tonnerre, des tempêtes, de
la mort, etc., que les hommes primitifs ne pouvaient expliquer
? En dautres termes, est-ce la croyance nest pas
une façon de masquer ses peurs fondamentales ?
M.M. : Nous essayons toujours de donner un sens
au monde qui nous entoure, de façon intellectuelle.
Mais cela nest plus nécessaire lorsquon
a moins peur et que lon na plus besoin que les
choses aient un sens. Lobservation toute simple et la
remise en question de pourquoi nous croyons ce que nous croyons,
nous montrent que la croyance nous coupe de la réalité.
Lobservation indique que, dans les circonstances appropriées
ou avec une motivation adéquate, presque nimporte
qui peut croire nimporte quoi, y compris des mensonges,
par besoin que telle chose soit vraie, ou de peur quelle
soit vraie. Mon livre dérange beaucoup de gens, surtout
ceux qui nen ont lu que le titre . Ils ont peur à
lidée de jeter un regard sobre sur la façon
dont ils se définissent eux-mêmes.
- Karl Popper dit que " Toute connaissance
est hypothétique ", ce qui veut dire que nos connaissances
ne sont que létat actuel de nos croyances, croyances
que de nouveaux faits ou découvertes changeront demain,
y compris dans les sciences dures. Il semble donc difficile
de se passer entièrement de croyances : ne peut-on
pas plutôt apprendre à jouer avec diverses croyances
et hypothèses, rester conscient que nos croyances sont
des croyances (et non des faits), cest-à-dire
des façons de voir le monde et de lui donner sens,
et conserver ainsi la capacité de les changer, de les
adapter ?
M.M. : Votre question est très proche
de ce que je me suis efforcé de transmettre au lecteur
dans mon livre. Lobjectif du livre nest pas de
navoir aucune croyance. Il est dencourager ceux
qui se sentent prêts à passer à un niveau
de conscience supérieur, où les croyances sont
reconnues comme des croyances, et non des faits.
Pour bien percevoir la différence qui les sépare,
il faut considérer le fait dêtre conscient
que les croyances sont des croyances, et celui de ne pas avoir
du tout de croyances, comme deux niveaux différents.
Il est impossible de relater ce que signifie navoir
pas de croyances, parce que ce nest pas un concept qui
doit être compris ; il faut le vivre. Les mots sont
inaptes à parler de cet état. Le mental est
trop plein dargumentations, et ce serait, pour moi,
une perte de temps. Jai cessé dessayer
de vouloir communiquer cette notion lorsque jécris
ou que je madresse à des gens.
- Dans certaines traditions chamaniques,
on fait tout dabord croire des histoires effrayantes
aux enfants, jusquà lâge de 7 ans,
âge auquel un rituel initiatique les fait confronter
brutalement leurs peurs et se libérer des illusions
de la croyance. Vous aussi, vous mentionnez dans votre livre
une expérience cathartique puissante, qui vous a conduit
à une expérience très forte de ce que
signifie être libre de toute croyance. Que peuvent faire
les gens pour vivre une telle expérience, pour connaître
une telle percée de conscience dans leur façon
de penser et de croire ? Comment aller au-delà de la
pratique de certains exercices et de la simple remise en question
de ses croyances ?
M.M. : " Voyez simplement les choses clairement
" : tel serait ma réponse à cette question.
Mais, bien sûr, on ne peut pas voir clairement lorsque
lesprit est obscurci par des croyances à propos
de ce que lon voit. Doù la nécessité
dune remise en question de ses croyances fondamentales.
Si lon remet en question ce que lon croit pendant
un certain temps, on na pas besoin de faire dexercices
particuliers. Observer ses croyances et les remettre en question
à mesure quelles surgissent nexige quun
minimum deffort ; on peut faire cela nimporte
où, nimporte quand. Je ne considère pas
cela comme un exercice.
Parfois on vit certaines expériences fortes, parfois
pas. Le danger quil y a à rechercher et à
souhaiter vivre ces expériences, ces percées
de conscience, est que si notre désir est trop fort,
il va créer lexpérience voulue, mais celle-ci
ne sera pas réelle : elle ne sera que lillusion
dune expérience réelle, spontanée.
- A la lecture de votre livre, jai
eu le sentiment que votre expérience sest affaiblie
au cours des semaines et mois qui lont suivie ; il semble
que vous ayez vécu un temps fort, puis que vous soyez
revenu à un état dêtre plus normal
(vous en parlez dailleurs à limparfait).
Comment décririez-vous votre état actuel, votre
attitude à légard de la vie ? Quelles
sont les différences entre avant et après cette
expérience de libération des croyances ?
M.M. : En réalité, lexpérience
ne sest pas affaiblie au fil du temps. Je me suis surtout
familiarisé avec ce nouvel état de conscience,
à mesure quil me devenait plus naturel. Lusage
de limparfait se réfère au point le plus
fort de lexpérience, qui résulte du fait
davoir été propulsé à un
nouveau niveau de réalité que je ne connaissais
pas avant. La réalité semble très intense
lorsquon voit clairement pour la première fois.
Pour ma part, je serais incapable de fonctionner au quotidien
si je me trouvais en permanence dans la forme la plus intense
de cet état, ou de nimporte quel autre état
dont jaie fait lexpérience ces dernières
années, bien que tous aient été formidables
au moment où je les ai vécus. Malgré
tout, je me rappelle du moindre détail de ces expériences.
Avant davoir vécu lexpérience que
je décris dans le livre, ma libération subite
de la croyance, je me rendais parfaitement compte que jaffectais
inconsciemment tout ce qui arrivait dans mon univers proche,
et je ressentais le poids de cette responsabilité.
Jai donc appris à réorganiser consciemment
mon univers pour le rendre conforme à la réalité
que je souhaitais vivre. Je ressentais aussi une vive impulsion
en moi de partager avec chacun ce que javais vécu,
en écrivant et en enseignant.
Aujourdhui, il y a en moi un calme général
qui nexistait pas avant.
Je suis en permanence conscient dune réalité
en moi qui habite cette personnalité appelée
" Michael ". Cette réalité, que je
ressens comme le " vrai " moi, observe davantage
et ninterfère pas avec le monde. Je sais que
jai le pouvoir dintervenir dans les affaires dautrui,
mais jen suis venu à comprendre que le pouvoir
que lon restreint est immensément puissant en
lui-même. Je me sens plus sage dans cette retenue de
mon pouvoir, car chaque pensée et chaque acte ont leurs
conséquences qui doivent être soigneusement pesées.
Je nessaie plus datteindre quoi
que ce soit, ni daccomplir de grandes choses, pas plus
que je nai le besoin de convaincre quiconque de quoi
que ce soit. Je vis plus que jamais dans la réalité
présente et jaccepte le monde tel quil
est. Je suis très conscient que le passé, le
présent et le futur sont contenus dans chaque instant
présent, raison pour laquelle le temps a peu de signification
pour moi. Il ny a rien à chercher, aucun but
à atteindre, et cependant je mène une vie très
active, très riche et gratifiante. Je suis aussi extrêmement
sensible au mouvement de lénergie vitale en moi
et autour de moi, et jaccepte la mort comme une donnée
simple et nécessaire de la vie ; je vois la valeur
de lobscurité comme celle de la lumière.
Et surtout, la vie na besoin daucune raison pour
exister. Sa raison dêtre est sans importance,
et je trouve que sa seule existence est miraculeuse.
- L " absence de croyances "
peut apparaître à certains comme une forme de
nihilisme. Beaucoup associent " croire " à
la joie, la foi, la motivation (mais aussi au fanatisme, à
lintolérance
), alors que " ne pas
croire " est associé au scepticisme, au pessimisme,
à un réalisme glacial. Pouvez-vous expliquer
comment labsence de croyances peut être une expérience
libératrice et non une triste résignation à
la réalité ?
Labsence de croyances vous donne une profonde
appréciation de la vie telle quelle est. Les
croyances sont des constructions mentales ; la foi est une
qualité dêtre. Beaucoup de disputes et
de confusions se produisent, faute de comprendre cette différence.
La croyance obstrue lesprit, et là où
il y a obstruction il ne peut y avoir de clarté. La
simplicité est la liberté. Ce que les gens cherchent
se trouve dans les fleurs et les rivières, dans la
lune et le regard dautrui. On le trouve partout. Si
vous ne parvenez pas à trouver ce que vous cherchez
dans les personnes et les expériences vivantes, vous
ne le trouverez pas non plus dans les soucoupes volantes,
ni dans les civilisations perdues, ni dans les écrits
ou les dires de quiconque dhumain ou de divin. Les gens
sagrippent à ces choses, faute dêtre
capables de trouver ce quils cherchent ici et maintenant.
Nous ne pouvons trouver ce que nous cherchons que dans la
vie. Mais il vous faut tout dabord vous défaire
de tout le fardeau éducatif, religieux et culturel
que la société vous a légué, effacer
lardoise, redevenir sauvage, redevenir innocent.
Daprès mon expérience, il
y a déjà abondance de joie et denthousiasme
dans ce monde, tant dans mes relations avec autrui que dans
celle que jai avec le monde qui mentoure. Il y
a aussi de lintolérance et du fanatisme, mais
mon monde est un monde complet. Je nessaie pas de le
rendre seulement bon et joli. Mon acceptation du monde et
de moi-même, tels que nous sommes, me libère.
Je peux vivre une vie ordinaire et extraordinaire : ordinaire
dans mes affaires et mes échanges quotidiens, et extraordinaire,
jimagine, dans la perception que jai de sa perfection.
De lextérieur, je suis simplement
Michael, une personne avec ses hauts et ses bas, ses joies
et ses peines ; mais à lintérieur nul
ne peut connaître la joie réelle que jai
à vivre cette vie. Jai des croyances, mais je
suis conscient quelles sont ce que produit mon mental
par moments. Je suis conscient de ne pas être mon mental,
et je suis conscient des raisons de mes croyances. Je ne me
discipline pas. Je permets à la réalité
de qui je suis de remonter à la surface, avec toujours
plus dacceptation, et cest très libérateur.
Ce nest certainement pas une triste résignation.
Ce genre de résignation nest quune phase
par laquelle passe celui qui a lhabitude de penser daprès
ce mode-là. Labandon est quelque chose de merveilleux
; cest une rencontre joyeuse et cependant effrayante,
car lorsque vous vous abandonnez à la vie, vous êtes
amoureux de la vie, et en aimant la vie, vous développez
un profond respect et une grande confiance en elle.
Les croyances exigent énormément
dénergie pour se maintenir. La réalité,
elle, est, simplement. Cest pourquoi toute lénergie
qui se libère quand on cesse de croire devient disponible
pour explorer ; et lexploration est toujours stimulante,
parce quelle est toujours nouvelle.
Propos recueillis et traduits
par Olivier Clerc
" Se libérer
des systèmes de croyances :
vers la plénitude de lêtre "
M. Misita, Ed. Jouvence.
Voici un livre " post-New Age " qui
montre comment aller au-delà des ses croyances, qui
sont toujours limitées, plutôt que de remplacer
les négatives par des positives, ou de troquer un paradigme
pour un autre. Dans un esprit proche de Krishnamurti, Michael
Misita propose de transcender la croyance pour accéder
à la plénitude de lêtre, sans idées
préconçues, en étant ouvert, disponible,
totalement présent dans linstant.
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